jeudi 23 octobre 2014

Over the rainbow



Arc-en-ciel d'automne.
C'était hier… 

Mon grand s'est invité à déjeuner. Il est venu à pied comme il a pris l’habitude de le faire ces derniers temps. Parcourir les six kilomètres qui séparent les deux maisons de ses parents ne l’effraie pas. Il aime ces longues marches solitaires. Je le soupçonne d'y faire le plein de rêves, je le comprends, je lui ressemble.
Après notre repas en tête-à-tête, il est resté un peu avec moi tandis que je travaillais. Mon silence non plus ne l’effraie pas, il me comprend, il me ressemble.
Je l'ai raccompagné ensuite dans ce village qui était le mien, avant. Au retour, je me suis arrêtée près du lavoir.
A cette époque, les feuilles des peupliers brillent comme des pièces d'or et la vigne vierge qui court le long de la clôture explose dans un arc-en-ciel d'automne.

On dit qu'au pied des arc-en-ciels se cachent des trésors.



C'est à cet endroit que je l'ai aperçue. S'est-elle seulement rendue compte que je l'observais, flânant sur le bord de la rivière avec ses enfants.
Elle a éclaté de rire, les gamins s'éclaboussaient en plongeant des petits bâtons dans l'eau.
Un peu plus loin on peut pêcher des grenouilles. Il suffit d'un bout de tissu rouge pour les attraper.
Elle avait l’air sereine, les joues rougies par le bon air. Le bas de son jean était boueux mais qu'importe, c'était le jean des balades en forêt. Normal, on était mercredi.
Elle a ramassé quelques feuilles écarlates.
J'ai pensé à la teinte marron sale qu'elles prennent quand, pour les sécher, on les enferme entre les pages d'un dictionnaire et qu'on les oublie.
J'ai eu envie de pleurer.

J'ai pensé à ce qu'elle allait faire à dîner le soir. Au gâteau qui devait cuire dans le four. A l'odeur des pommes dans le cellier. Au linge qui séchait encore dehors sur le fil et qu'elle allait devoir rentrer. L'humidité vient vite avec la fin de journée.
L'heure était venue de rentrer, je les ai regardés s'éloigner.

Je suis restée seule. La vigne vierge explosait dans un arc-en-ciel d'automne. D'ici quelques jours, les feuilles seront à terre. Un tapis qui craque quand on le piétine. Elles auront tout recouvert.

Personne ne saura qu'à cet endroit j'ai enterré mon trésor.   

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