lundi 17 octobre 2016

Je t’embrasse. A bientôt


Souvent on croit que l'on aura le temps de faire certaines choses demain, de voir telle ou telle personne plus tard, une autre fois, à un autre moment parce que, là justement, on n’a pas le temps.

On a tort.

Parce que parfois il arrive qu'il soit trop tard. Parce que c’était hier que l'on aurait dû faire ce qu'on avait à faire. Parce qu’avant-hier il était encore temps. Et que là tout de suite maintenant aujourd’hui demain ou après-demain c’est fini, terminé et qu’on ne reviendra pas en arrière, avant. Et qu'il est trop tard.

J’écris ces mots pour toi, Marie, en pensant à toi. J’aurais tellement aimé te les dire. Mais je n’ai pas eu le temps. Je n’ai pas pris le temps.

La semaine dernière, je t’avais envoyé un petit message. « Est-ce que je peux venir te voir samedi, je serai chez maman à Taverny pour le week-end ». J’ai gardé ta réponse « Viens en début d’après-midi, après j'ai déjà du monde… »

Tu étais sortie de l’hôpital deux jours plus tôt et tu n’étais guère vaillante mais tu m'écrivais « je suis rentrée à la maison. Ouf ! »

Tu avais dit « début d’après-midi », je suis arrivée en fin. Ou plutôt, sans mauvais jeu de mots, « enfin » parce qu’il y avait un énorme bouchon sur la route, un truc pénible, imprévisible qui énerve et fatigue. C’est ce que je me suis dit en descendant de voiture. Je me suis sentie un peu fatiguée, toi tu attendais du monde, j’allais passer en coup de vent. C’était idiot, je pouvais peut-être te voir le lendemain si je parvenais à trouver un petit moment.

Demain c’était hier et, si tu savais, la journée a passé tellement vite, une belle réunion de famille dans le jardin ensoleillé, les cousins heureux de se retrouver, leurs éclats de rire et les premiers pas d’une petite nièce si jolie. Après il fallait rentrer, retrouver les bouchons, les enfants qui se levaient tôt lundi matin, le sac d’internat qui n’était pas fait. Alors j’ai pensé que je te verrais tranquillement aux vacances puisque j’allais revenir voir maman.

Je n’ai pas pensé plus loin que le bout de mon nez. Plus loin que cette journée. J’ai juste pensé que j’avais le temps. Je n’ai pas pensé que le tien était compté.

Ce matin, tu as tiré ta révérence, ma petite dame au chapeau, toujours élégante, toujours souriante, toujours si charmante, toi que j’aimais tellement.
Tu as retrouvé ta liberté certainement, plus de tuyau, plus de fil à la patte, plus d'entrave ; enfin je le souhaite. 

Depuis que j'ai appris la nouvelle de ton départ, je n’arrive pas à penser à autre chose qu’à toi, je relis ton message, ces derniers mots que j’ai reçus et qui se termine par un « je t’embrasse à bientôt ». 
Je suis tellement triste de ne pas avoir pris le temps de venir te dire au revoir, alors je t'écris. J'écris ces mots pour toi, Marie, et moi aussi je t'embrasse, mais il est bien tard.