jeudi 30 avril 2015

Je porte ma jupe comme je veux


Chers tous les citoyens de ce fichu monde,
Foutez-moi la paix.
Je porte ma jupe comme je veux.
Courte, longue, noire, blanche ou violette à pois caca d'oie si j'aime ça. En satin, taffetas, tweed, jean, vichy ou en liberty kaki.

mercredi 29 avril 2015

Aveu de faiblesse


J'admire souvent le courage de mes enfants. 
Ils n'en finissent pas de me surprendre et de m'étonner. 
Cet après-midi par exemple, mon fils s'est remis en selle. Il n'était pas remonté à cheval depuis plus de cinq ans après le traumatisme (physique et moral) d'une grave chute survenue dans un club hippique  pourri.

lundi 27 avril 2015

Face à la mer


Nous sommes arrivés hier.
Quand nous venions ici, que les enfants étaient petits, que j'étais encore mariée, que ma vie n'avait pas été entièrement bouleversée, chacune de nos arrivées se déroulait selon un scénario quasi immuable.
Je garais la voiture, j'ouvrais la portière et je sentais s'engouffrer en moi une grande bouffée d'air marin.
Je me sentais aspirée par l'ivresse iodée et plus rien n'existait d'autre que cet univers aquatique qui se déroulait à perte de vue.

mardi 21 avril 2015

Baiser volé

Charlotte s'est installée en terrasse, seule. Elle a attendu un petit moment : viendra-t-il ce soir ? Elle porte une jolie robe bleue à pois blancs. Se rend-elle compte à quel point elle est belle et gracieuse. Sa mélancolie du moment se marie parfaitement avec cette robe un peu sage où seuls dénotent l'éclat de sa peau bronzée et veloutée.
Le serveur pose devant elle une coupe de champagne.
Elle attrape la manche du serveur.
- … mais je ne vous ai rien commandé à boire ?
- Offert par le monsieur là-bas…
L'homme incline la tête, lui sourit et souffle un baiser sur sa main où brille un anneau d'argent tout simple. Le baiser s'envole et vient se poser sur la colonne de bulles pétillantes et dorées. Charlotte lève sa coupe, trempe ses lèvres : le baiser est délicieusement frais et léger.
Charlotte déguste la première gorgée de champagne tandis que l'homme quitte le bar.



Au cours de mes pérégrinations sur la blogosphère, j'ai croisé le chemin d'Aileza, une blogueuse cosmique toujours de bonne humeur qui a l'excellente idée d'organiser des apéros tout aussi cosmiques qu'elle. Pour participer : écrire un texte court (15 lignes maximum) quel qu'il soit. La contrainte de cette première série d'apéros : utiliser le verbe boire.  

Alors profitez-en, c'est ma tournée !


lundi 20 avril 2015

Mare nostrum

© Mer et Marine
Je scrute cette photo.
Ma mémoire enclenche dans mon cerveau bien pensant une comptine enfantine.
Pincemi et Pincemoi sont sur un bateau
Je regarde cette grappe humaine arrimée sur le pont d'un bateau trop étroit.
Pincemi tombe à l’eau…
Je me demande combien parmi eux sont encore vivants aujourd’hui.
Qui est-ce qui reste ?
Combien de mères avec leurs bébés ? Combien d’hommes ?
Pincemoi
Combien d’orphelins ?
Pincemi et Pincemoi sont sur un bateau
Combien ont-ils payé le passeur ?
Pincemi tombe à l’eau
Savent-ils nager ?
Qui est-ce qui l’a poussé ?
Je regarde le monde se noyer.
Pincemoi
Je ne rêve pas.

dimanche 19 avril 2015

Rayon de soleil


Ce matin, un rayon de soleil coquin pénètre comme un voleur dans la chambre… Il balaye le plafond avant de venir me faire de l'œil.
Comme il m'observe, je m'intéresse à lui, moi aussi.
Il y a dedans tout un monde en suspension. Une myriade de particules qui flottent dans l'air.
Au début, je pense à de la poussière. Et puis en y regardant  de plus près, j'aperçois des paillettes dorées, des micropépites précieuses et… j'y vois un ciel bleu comme l'azur. Un jardin où les fleurs commencent à pointer leur nez. Deux tasses de petit-déjeuner. Les parfums tout neufs des lilas et des premières glycines. Le vent sur mon visage alors que je marche à travers les champs mon vieux chien à mes côtés. Des papillons jaunes comme des citrons sur les arbustes du chemin. Un déjeuner en amoureux au soleil de printemps. Des promesses qui chantent de tous les côtés. Les oiseaux qui gazouillent. Le bourdonnement des abeilles. Le chat qui joue au milieu des herbes folles. Des éclats de rire. Des … Et tant et tant. Et encore plus.

C'est fou comme il peut y avoir de grands et petits bonheurs dans un rayon de soleil du matin.

jeudi 16 avril 2015

La mise au placard - Le perforateur


Personne ne doit ignorer que derrière les portes de certains placards vivent des hommes et des femmes. Cette série documentaire est très librement inspirée de leur expérience. 


Episode 7

Le perforateur

Il n’arrive pas à sortir de sa voiture. Cela fait dix minutes au moins qu’il se dit qu’il va y aller.
Il a vu toute la clique des Carré, Mouchin et Blondeau débarquer au même moment.
- A croire qu’ils couchent ensemble pour être à ce point synchrones…
Rien qu’à l’idée de traverser le parking puis le couloir, il sent les crampes s’agripper à ses mollets.
Il a l’impression qu’il n’arrivera jamais à mettre un pied devant l’autre.
Il entend en bruit de fond la radio qui, malheureusement, ne parvient pas à atténuer celui des battements de son cœur. Ça tape là-dedans, un sacré chantier qu’il ne maîtrise plus. Il a été voir son médecin.
- … crampes, impatiences, syndrome tachycarde … symptomatiques de l’état dépressif…
Il lui a prescrit des anxiolytiques.
- … mais vous devriez consulter un psychothérapeute… je vais vous donner les coordonnées …
Il fixe une branche d’arbre qui lutte contre le vent fort. Dérisoire. Elle sera certainement emportée. Cassée. Comme lui.
Depuis quinze jours, il a cette carte de visite du Dr. Merckz, psychothérapeute – psychopathologies du travail - dans sa poche.

Il pianote sur le volant.
- … un gigot acheté, le deuxième offert… super promotion week-end de Pâques…
L’agneau sacrifié pour la bonne cause. Il faut qu’il y aille, ils ne lui feront aucun cadeau. Ils contrôlent tout. Ils savent tout, son heure d’arrivée, de départ. Sa pause-café. Même le temps qu’il passe aux toilettes et ce qu’il y fait.
Il doit être irréprochable.
Il ne touche plus jamais à l’ordinateur qu’on lui a laissé. Il s’attend tous les jours à le voir disparaître, ce serait bien dans leur logique. Mais non, il est toujours là à le narguer.
Il doit faire partie du plan. Ils pensent qu’il va craquer et l’utiliser.
Il doit être supérieur à eux. Penser avant eux. Anticiper.

Il s’extrait avec peine. C’est quand il pose le pied par terre qu’il la voit. Comment s’appelle-t-elle déjà ? Un jour, en réunion, impressionné, il l'avait comparé à Wonderwoman. 
Maintenant elle est presque à quatre pattes, heureusement Carré, Mouchin et Blondeau ont disparu du périmètre. Ça leur évitera de se déchaîner en commentaires bien gras et lourds ("La chienne est en position… dans les starting blocks … ah ah ah ah !").

Il marque un temps d’arrêt. Il se revoit hier matin, il a cru avoir oublié son portable chez lui.
La journée avait été pire que tout.
Il avait bien fallu passer le temps. La fille des feuillets n’était pas revenue le voir. L’ordinateur était sous surveillance.
Il s’était toujours demandé combien de cercles on pouvait tirer d’un feuillet A4. Il avait perforé un feuillet entier, récupérant chaque confetti du bout du doigt et les rangeant par pile de 10. Des cercles de 0,63 mm de diamètre. 76 piles et 6 unités pour être exact. C’était peu finalement par rapport à la minutie du travail. Il avait ensuite recommencé l’opération mais en perforant en format paysage, plus difficile à rationaliser et beaucoup moins productif. Puis avec une feuille A3. C’était indéniable on obtenait le meilleur ratio avec le A4 portrait.
Il avait soigneusement consigné chaque étape de son travail dans un petit cahier vert. Il ne devait perdre ni la main ni son esprit logique.

Le soir, à 17 h 08, en remontant dans sa voiture, il avait retrouvé son portable : il avait glissé entre le siège et le frein à mains. C’est peut-être ça qu’elle cherche… et qu’elle ne trouve pas. Elle a fini par s’asseoir sur le siège conducteur. Elle a posé ses mains sur le volant et vient d’y enfouir sa tête.
Il ne voit que ça. Le tressautement saccadé des épaules. Comme si elle…
Non ce n’est pas possible, pas elle !
Elle pleure. 

Wonderwoman pleure sur le volant de sa petite voiture … Ce serait donc que …  alors elle aussi … elle  aurait eu l'heur de ne plus plaire ? Il ne serait donc plus seul… 

Mais bon sang que se passe-t-il dans cette boîte de merde ?
(à suivre)


mercredi 15 avril 2015

Un livre

Hier soir… 

Je suis là, je relis le mail dans ses moindres mots. Ligne à ligne.
C'est écrit demain matin. Où ? Comment ? Par qui ?
Je voudrais bien en savoir plus mais le message est assez laconique et ne donne guère de précisions. Ou en tout cas pas celles-là.
Alors j'ouvre les pièces jointes, je les explore, je scrute.
J'apprécie la police. Le format. La lettrine sur 4 lignes. Les marges qui dégagent le texte. C'est élégant et sobre. Comme j'aime. Ça tombe bien.
Je compte. Page 29 à 38. 9 pages. Finalement c'est peu et pas forcément de quoi en faire tout un plat. Ou, en fonction de l'appétit, un fromage.
Je ne peux pas m'en empêcher. Je relis ces 9 pages. J'aime ce texte. Ce n'est pas modeste, je sais. Mais je l'aime. J'aime l'avoir écrit et j'en suis fière.
Lui et moi nous faisons partie des lauréats du concours les Abeilles de Guerlain. Lui et moi nous allons nous retrouver dans un livre. Un vrai livre édité par un vrai éditeur. Lui et moi nous avons gagné notre pari. Mais ce matin, il m'a laissée seule. Il m'a abandonnée et il est parti à l'impression sans moi.
Alors ce soir, c'est plus fort que moi : je pense à ces 9 pages qui portent mon nom, qui portent mes mots, qui portent mon histoire et qui ne m'appartiennent plus.
Je pense à ce livre dont je fais partie.
Un livre.

Pour découvrir les lauréats du concours, c'est ici.
Mémoire olfactive. Recueil collectif de 15 nouvelles. Préface d'Erik Orsenna, de l'Académie française. Le Cherche-Midi Editeur. Disponible à partir du 15 mai 2015 en librairie et dans les boutiques Guerlain. 


lundi 13 avril 2015

Maltraitance


Parfois je me déteste vraiment.


Je suis en train de peser des citrons sur la balance du supermarché lorsque j’entends un ch'clac sec et cinglant qui, déjà à l’oreille, me heurte et me blesse. Je fais volte-face et je les vois : mère, fille, belle-mère, belle-fille, je ne sais pas trop, mais je distingue sur la petite joue blanche une empreinte rouge marbrée, celle du ch’clac.
J’ai mal.
Au-dessus de la marque rouge, mon regard croise celui d’une enfant. Elle est certainement plus jeune que ma petite à moi, plus jeune mais déjà tellement plus grande.
Les yeux me fixent. Ils me crient qu’ils savent que j’ai tout vu. Ils me supplient de ne rien dire.
Il y a si peu d’enfance en eux.

Soudain je la reconnais. Elle et moi nous sommes croisées par un dimanche pluvieux. Mes enfants étaient chez leur père et j’en avais profité pour aller au cinéma voir Les vents contraires, de Jalil Lespert avec Benoît Magimel.
Elle se tenait juste devant moi dans une file d’attente très clairsemée. Une petite fille, 6-7 ans peut-être.
Je m’étais étonnée un peu de la voir attendre pour ce film. Je doutais qu’il soit « pour elle », j’avais lu le roman d’Olivier Adam qui avait inspiré le scénario et un instant, je m’étais demandé laquelle de nous deux s’était trompée de séance.
Elle se dandinait d’un pied sur l’autre, un peu agaçante à s’agiter ainsi. Elle épiait à droite à gauche, se retournait sans cesse vers la porte.
Qui attendait-elle ? Son père, sa mère, son frère, sa sœur, ses grands-parents ? Personne n’était venu la rejoindre et le caissier du cinéma avait eu, lui aussi, un air intrigué face à cette petite fille solitaire qui lui demandait une place…
Dans la salle aux trois quarts vides elle s’était installée au premier rang. De mon fauteuil dans la rangée du milieu, je l’avais épiée à mon tour tout le temps du film. C’était une histoire très triste et dure d’une femme, maman, qui disparaissait, et d’un homme, papa, qui la recherchait avant de tenter de refaire sa vie avec ses enfants.
Alors que je pleurais comme une fontaine, je m'étais demandé ce qu’elle ressentait. Si elle était blessée par cette histoire. Si cela allait l'empêcher de dormir le soir. Je m’étais aussi interrogée sur les raisons de sa présence au cinéma ce jour-là. Ce qu’elle fuyait. Si le cinéma était un refuge, sa cabane dans les arbres...
Après je m’en étais voulu : j’aurais dû la rattraper, essayer de lui parler. Mais elle avait quitté la salle avant moi et je ne l’avais pas vue partir.
En rentrant, bien au chaud chez moi, je m’étais inventée des histoires, des scénarios. Mon imagination avait brodé un temps, puis j’avais retrouvé mes enfants et tout à notre bonheur, la petite fille avait rejoint la case des souvenirs.

Et voilà que soudain, au rayon fruits et légumes, entre une balance et une étiquette autocollante, elle ressurgit aujourd’hui. Elle est un peu plus grande, guère plus. Et avec sa joue rouge, la main leste de la femme qui l’accompagne, le chclac, moi, je replonge dans mes hésitations, ma lâcheté, mon indécision.

Je ne sais absolument pas quoi faire.
Alors je colle l’étiquette de mes citrons sur le sachet en plastique et je la regarde disparaître une nouvelle fois.

Dans ces cas-là, je me déteste vraiment.
Cet épisode est dédié tout particulièrement à une de mes amies très chère qui en comprendra forcément la raison… et qui peut-être me dira quelle attitude j'aurais dû avoir à ces deux occasions.

Si j'avais su


Si j'avais su.
Je me serais évidemment lavé les cheveux et fait un brushing le matin même.
J'aurais soigné davantage ma tenue et certainement choisi un autre haut que ce T-shirt rouge.
Je n'aurais pas mis ces baskets non plus, peut-être même que je me serais offert une nouvelle paire de chaussures. Je me serais maquillée un peu.
Je n'aurais pas hurlé sur mon grand parce qu'il allait nous mettre en retard et que franchement il se moquait de moi.
Je n'aurais pas compati à ces stupides problèmes de boulot servis dans le détail par mon amoureux, en imaginant le pire et en m'inquiétant pour son avenir.  Je ne me serai pas étonnée qu'il change subitement le code de sa tablette sous un prétexte fallacieux et je ne lui aurais pas prêté une aventure improbable avec une de mes grandes amies.
Je n'aurais pas eu ces scrupules à accepter l'invitation de ma mère pour fêter l'anniversaire de mon grand alors que celui-ci ne tombait que quinze jours plus tard mais que j'avais l'impression que peut-être elle m'en voulait de ne pas être venue pour le week-end de Pâques parce que j'attendais la visite de ma cousine qui s'était carrément invitée chez moi.
Je ne me serais pas étonnée non plus que ma sœur ne m'ait pas passé pas le moindre coup de fil depuis une petite dizaine de jours en me torturant parce que j'avais peut-être dit quelque chose qui l'avait blessée mais que je ne me souvenais absolument pas quoi.
Je n'aurais pas gobé ces bobards de chapeaux de paille qu'il fallait impérativement emporter, d'après mes enfants, pour se protéger du soleil alors qu'il pleuvait justement ce matin-là et un peu aussi parce que c'était tendance depuis que Pharrell Williams en avait fait une mode.
Je n'aurais certainement pas embarqué dans mon périple ces deux minuscules crottins de Chavignol et ce ridicule reste de crumble aux pommes en me disant qu'on pourrait toujours les terminer le soir au dîner puisqu'on ne serait que quatre.

Si j'avais su…
J'aurais fait attention au moindre détail. J'aurais certainement été plus jolie sur les photos. J'aurais compris que si mon grand était en retard c'était pour m'éviter d'être en avance. Je n'aurais pas couru dans tous les sens en pestant pour lui acheter son cadeau puisque justement son anniversaire tombait quinze jours plus tard. J'aurais relu les messages de mon amoureux dans le détail et j'aurais fait le lien avec les cafouillages de ma grande amie. J'aurais compris que si ma sœur ne m'avait pas appelée c'est parce qu'elle avait peur de gaffer, que ma mère était de mèche avec ma cousine et que finalement ça arrangeait carrément tout le monde que je sois restée chez moi le week-end d'avant.
Si j'avais su qu'en arrivant en retard dans le jardin de ma maison d'enfance plus de quarante personnes que j'aime m'attendaient depuis trois quarts d'heure derrière le portail.
Si j'avais su qu'ils étaient venus là exprès pour moi, rien que pour moi et un peu beaucoup pour mes 50 printemps tout beaux tout neufs.
Si j'avais su tout ça avant… la surprise n'aurait pas été aussi grande ni aussi belle, l'émotion aussi forte. Le bonheur aussi radieux malgré le froid gris, les nuages et les averses.
Si j'avais su, je bouquinerais tranquillement ce soir au lieu de tenter d'écrire et de réécrire, d'effacer et de recommencer parce que j'ai quand même envie que mon billet de ce soir soit à la hauteur de cette journée qui m'a été offerte hier.

Si vous saviez…  j'en rêve encore !

mardi 7 avril 2015

Il a fait beau...



A la météo, ils l’avaient dit : il allait faire beau.

- Tu crois vraiment ce qu'ils racontent ?
- Parfois ils disent noir et il fait blanc… 
- De toute façon ils se trompent tout le temps ! 
Mais le ciel est resté bleu, le soleil s'est invité et ma petite maison a résonné de bruits, d’éclats de rires, de chansons, de musiques qu’on partage. 
- Non franchement tu ne crois pas qu'on va écouter ce truc-là quand même  ? 
- Et ça c'est plutôt pas mal… 
-… c'est vieux !
- … ben un truc plus jeune quoi  ! 
Elle a été remplie de désordre, de baskets jetées au hasards des balades. 
- Enfin vous ne pouvez pas ranger vos chaussures ? 
- … je me suis pris les pieds dedans…
- Pourquoi je n'ai plus qu'un chausson ? 
Il y a eu plein de verres qui traînent sur la table, les assiettes du petit déjeuner, les couverts à mettre. 
- Non, le violet c'était le mien… 
- Je peux prendre du jus d'orange ?
- Attend je vais le mettre au lave-vaisselle…
Il y a eu aussi un trafic d’oreillers. De matelas qu’on déplie. Le canapé qu'on débarrasse pour dormir. Des portes qui claquent, des fenêtres grandes ouvertes. Et le chien qui en profite pour rentrer et sortir. Le chat qui ne sait plus où ronronner. 
- Quelqu'un peut ouvrir au chien… 
- Y a le chat qui miaule ! 
- On ne donne pas les croûtes de fromage au chien !
Et puis des parfums de gâteaux qui cuisent, des casseroles qui chauffent, un plateau de fromages qu'on dévore. L'odeur du pain grillé au petit déjeuner. Le plat du poulet à saucer. 
- Vous avez faim, vous ? 
- Qui a fini le beurre ? 
- J'ai refait du thé… 
- J'prendrai bien un petit café. 
Des confidences aussi, des petites histoires échangées. Du temps pour papoter. Quelques chamailleries évidemment et le bruit des pieds qui tapent dans l'escalier. 
- Je voulais regarder The Voice… 
- J'peux avoir ta tablette ? 
- Mais j'étais en train de jouer à la console… 
Encore des éclats de rire. Sans oublier le déjeuner au soleil dans la cour. Les plantes à rempoter. Des petites fleurs mauves qui pointent leur nez dans une jardinière.  
La chaleur. La tendresse. La complicité. 

Alors quand le soir est arrivé, que le calme est revenu, j'ai trouvé ma maison un peu trop grande. Retrouvé le chausson perdu sous le canapé. Mangé un dernier bout de fromage. Caressé le chat qui commençait à s'ennuyer et sifflé le chien qui ronflait sur son tapis. 

J'ai écouté le silence s'installer. 

A la météo, ils ne se sont pas trompés : ça a été vraiment un beau week-end.