mercredi 29 avril 2015

Aveu de faiblesse


J'admire souvent le courage de mes enfants. 
Ils n'en finissent pas de me surprendre et de m'étonner. 
Cet après-midi par exemple, mon fils s'est remis en selle. Il n'était pas remonté à cheval depuis plus de cinq ans après le traumatisme (physique et moral) d'une grave chute survenue dans un club hippique  pourri.


Mais sa petite sœur ayant, elle, très envie d'une balade à cheval sur la plage, pour lui faire plaisir et l'accompagner dans une activité commune, il a finalement accédé à la demande générale de retenter l'expérience. Et qu'on soit bien d'accord, en aucun cas, je ne l'ai forcé.
Bien au contraire. Tout le temps du déjeuner, j'ai senti mes ses tensions. Au point de lui répéter, quitte à l'agacer, qu'il avait le droit de renoncer, que personne ne lui en voudrait, qu'on pouvait aisément comprendre, bla bla bla bla. Finalement c'était sans doute moi que j'essayais de convaincre. Non je n'avais pas peur, pas du tout. A chacune de mes tentatives, il me renvoyait dans mes buts. J'aurais dû me douter que même au pied du mur et la trouille au ventre il ne saurait renoncer.
Je les ai accompagnés au club hippique, sorte d'usine pour cavaliers de passage déguisés en marins pêcheurs, aux prix scandaleusement élevés compte tenu de la qualité de la prestation mais bon ce sont les vacances… Comme j'essayais, discrètement, de coincer la monitrice pour l'alerter des appréhensions de sa mère mon grand chéri, j'ai saisi dans le regard noir que me lançait mon adolescent un truc du genre excédé "arrête maman, laisse-moi me débrouiller seul, c'est bon "… alors que je sentais bien que ce n'était pas bon du tout pour moi lui.
Je me suis donc éloignée bien malgré moi et j'ai observé à distance sa mine un peu crispée, sa raideur, ses hésitations fébriles enjouée et puis je l'ai vu avec une angoisse viscérale qui s'apparentait presque à de la terreur se mettre à cheval.
Je retenais mon souffle mais rien qu'à la façon dont il a saisi les rennes, j'ai tout de suite compris qu'il n'avait rien oublié de tous ces mercredis passés à tourner dans des carrières poussiéreuses sous les harangues de monitrices-teurs hystériques qui auraient dû réussir à dégoûter n'importe qui sauf lui quoiqu'il en dise aujourd'hui… Et que tout ce que j'avais pu investir ne s'était pas désintégré totalement dans la stratosphère.
Oui j'ai bien été obligée d'admettre qu'il avait raison et pouvait se débrouiller sans moi.
Et puis je les ai vus s'éloigner. Le frère et la sœur, chacun sur un vieux canasson,  et autant dire que j'avais le cœur serré joyeux à l'idée de la belle balade qu'ils allaient faire, en me demandant dans quel état ils allaient revenir.

J'avais une bonne heure devant moi à attendre leur retour.  Tout le temps incroyablement long, c'est fou comme parfois une heure peut paraître interminable où je me suis promenée dans les rues piétonnes de la ville, guettant ce qui pouvait s'apparenter à la lueur d'un gyrophare et  l'oreille tendue au moindre pin-pon d'ambulance, je me suis quand même torturé demandé si après l'accident qu'il avait vécu j'aurais eu le courage qu'il a eu aujourd'hui.

Oui ?  Non ?
J'aimerais répondre positivement et passer pour une héroïne aux yeux de mes nombreux lecteurs du soir mais au risque d'en décevoir plus d'un, j'avoue qu'en effet je n'aurais jamais pu faire ce que mon grand a fait aujourd'hui.
Déjà parce que je n'ai pas son courage. Et que - surtout - j'ai toujours eu une peur panique des chevaux.



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