dimanche 27 décembre 2015

Mes vieux amis


Ma mère et ma sœur m'avaient dit que vous passeriez peut-être. Mais bon, un jour de Noël, vous auriez certainement autre chose à faire.
Et puis on a sonné et vous étiez là. Arrivant de la maison presque à côté. 20 mètres plus bas dans la rue. Celle de mon enfance. Ou plutôt de notre enfance.
On est tous tombés dans les bras les uns des autres. Frères et sœurs, amis d'autrefois, enfants devenus grands.
Honnêtement, avec tes cheveux poivre et sel, ta barbe., t'aurais-je reconnu si je t'avais croisé ailleurs qu'ici ? Je ne suis pas sûre. Combien d'années se sont écoulées depuis notre dernière rencontre ? Nous n'arrivons pas à nous mettre d'accord. Moi je dis 25, toi tu penches pour les 20. Peut-être qu'on s'est croisés une fois depuis, après tout, qu'importe. En tout cas c'est loin, c'est proche, tout ça à la fois. Et toi, ma belle, tu t'exclames - Comment elle va, ma vieille poule ?
Autant d'étreintes chaleureuses. Amicales. Authentiques.

mercredi 16 décembre 2015

Katrin Acou-Bouaziz

Le livre du bonheur

08h00. Elle va devoir tout recommencer dans le calme d’une maison vide, à peine réchauffée par les effluves de feu de bois de la veille. Elle sirote son café noir face aux arbres gelés. L’hiver l’agresse de loin, maussade. Elle prend son livre. Elle l’ouvre, certaine d’y trouver l’énergie, le sel des heures nouvelles.

12h00. Des rayons blancs réchauffent sa peau dans la file d’attente du marchand de légumes.

mardi 15 décembre 2015

Albane Casals Karady

La dédicace

« On n’instruisait pas les filles alors elle nous cachait dans une pièce sans fenêtre. Un jour elle apporta un livre. - Ce sera le seul, ou ils me tuent. Le livre se fit résistance. Nous l’épelions, sourires brûlants. Le livre hurlait la liberté, nous convoitions ses paysages. Déchiffrant l’univers, il nous affranchissait. Puis leurs lois se durcirent ; le livre nous trahirait. Nous arrachâmes ses pages pour nous les partager. Chacune apprit sa part et la fit disparaître.

Fabienne Boidot-Forget


Les lundis d'Amédée Grivert

Mima la Rousse avait 19 ans lorsqu’elle commença à vendre son corps. Elle exerçait son commerce dans une camionnette verte stationnée sur la route de Jargeau.
La première fois qu’elle avait reçu la visite d’Amédée Grivert, un lundi après-midi, il lui avait apporté un livre. Il s’était assis dans le fauteuil rose et avait dit :
- Lis…
Mima n’avait pas lu depuis l’école, elle ânonnait.
- Non, lis pour toi.
La moue boudeuse, elle avait d’abord fait semblant.

Chantal Rey

À LIVRE FERMÉ

"Allez, respire !". Zoé s’affairait en un vain massage cardiaque. Les ailes en croix, il gisait entre "Journal" et "corps".
Elle ne comprenait pas. Le plus dangereux c’est le milieu, surtout si c’est un gros livre. Or, ils étaient à la page de titre au moment de l’accident.
Maur voulait faire ça sur les fruits, ce qui avait choqué Zoé : "Pourquoi pas une partouze ?".

Marie Ladouce

La librairie biscornue

C’est ici : la librairie biscornue.
Anthony ouvre grand les yeux pour s’imprégner des détails. Il semble chercher quelque chose de précis. Il emprunte un tunnel dont les livres forment la voûte. À la sortie, il y a un jardin intérieur rempli de bruits d’oiseaux et de cascades. C’est la section « Nature ». Trois fenêtres et une sortie de secours. Il traverse la section jeunesse : un lieu ouaté dont les escaliers sont recouverts de moquette arc-en-ciel. De nombreux enfants grimpent sur les étagères pour attraper les livres.

Kateel Dedeyan

Le livre dans ma poche

A la hâte, je l’ai glissé dans ma veste. C’est un livre de poche, il avait donc tout à faire là.
Paris était sous le givre et j’allongeais mes pas pour arriver plus vite au chaud et au milieu du chapitre que j’avais abandonné à contrecœur.
Et puis, impatient de me replonger dans les mots suspendus, comme on retrouve un amour, j’ai dévalé les marches du métro et je me suis faufilé in extremis entre les portes qui sifflaient leur fermeture.
L’homme est y entré en même temps que moi.

Lucie Pierrat

Infidélité

- Il faut qu'on parle.
- Parler ? Je n'aime pas ce préambule. Tu as mis si longtemps à me revenir. As-tu perdu ta faim ? Allons, ce n'est pas grave, l'appétit vient en dévorant. Approche, pose tes mains sur mon dos, viens faire trembler chacune de mes fibres, chacun de mes nerfs. Tu sais bien que sans toi je n'existe pas.
- Les choses ont changé.
- Je vois. Tu as tourné la page ? Iseult trompe Marc,

Le prix de la micronouvelle RadioFrance


En octobre dernier, nous étions sept petites abeilles de Guerlain à participer à un curieux prix littéraire organisé par Radio France, celui de la micronouvelle.
Les contraintes : écrire une nouvelle, avec pouvoir évocateur et chute sur le thème « le livre dans ma vie », en 1000 signes maximum.