mardi 26 avril 2016

Reflet


Elle est comme un reflet de ma vie.  
De l'ombre, de la lumière, à l'envers à l'endroit, on ne sait pas toujours le sens. Du bleu, du gris, des zones très claires, d'autres carrément sombres.
Une belle trouée d'espoir comme le ciel bleu avant l'averse. Et soudain l'horizon qui s'obscurcit, les giboulées qui sèment le froid.
Elle est emplie de mes espérances comme ces branches qui se déploient, ou ce fouillis grouillant de vie enchevêtré au pied des arbres.
Elle a la couleur d'un éclat de rire, à moins que ce ne soit celle des larmes.

Cette photo est comme le reflet de ma vie. Mon reflet à moi aussi.

mercredi 20 avril 2016

Du vent dans les cheveux

Une actualité étrange, des étudiants de Sciences Po Paris qui organisent aujourd'hui un Hijab Day... Du coup, j'ai eu envie de remettre à la une ce billet écrit pour ma fille il y a deux ans déjà. 


Je regarde cette photo de ma fille*.

Je pense à sa liberté d'enfant de 11 ans.
A sa joie de vivre.

Je regarde le vent s'engouffrer dans ses cheveux.
Je sens le plaisir qu'elle y prend.

Je pense à sa liberté.

Je pense à la femme qu'elle va devenir.

Et puis je regarde ces photos de femmes qui défilent sur mon facebook. Ces Iraniennes qui défient le monde en levant leur voile**.

Je pense à ces sourires qu'elles affichent. A ces instantanés de liberté qu'elles volent et qu'elles ont baptisés furtive.

Je regarde cette photo de ma fille et je me dis qu'elle pourrait être l'une d'entre elles.

Je pense à ce qu'elles vont devenir.

Je regarde la vidéo de ces petite Nigérianes kidnappées. Je vois les grandes robes grises et les voiles noires que les hommes leur ont imposés. Leur air résigné.

J'imagine le vent dans leurs cheveux. Le vent de leur liberté.

Je regarde cette photo de ma fille et je me dis qu'elle pourrait être parmi elles.

Alors j'écris ce texte pour elle.
Pour elles.

*reproduite avec son autorisation
** https://www.facebook.com/StealthyFreedom?fref=photo

dimanche 3 avril 2016

Dix au moins


Cette semaine ... 

Au détour d'un tiroir, j'ai retrouvé une photo de mes enfants quand ils étaient petits.
Cette période m'est apparue tellement lointaine, j'ai repensé à l'époque où ce cliché avait été pris lorsque je n'imaginais pas qu'ils allaient un jour devenir grands.
J'ai compté sur mes doigts combien d'années avaient passé. Une deux trois... Dix au moins.
J'ai eu envie de les prendre à bras le corps comme je faisais alors. Les respirer. M'enfouir dans leur parfum de petits. Et aussi, surtout, sentir leur main s'accrocher à moi même quand je les suppliais de me lâcher.

Je suis allée à la librairie et j'ai rencontré un écrivain*. Un vrai qui écrit des livres et qui en vit. J'ai eu envie de lui parler de tous ceux que je rêve d'écrire et que je n'écris pas, de toutes ces histoires que je me raconte dans ma tête et qui n'en sortent jamais. J'ai compté sur mes doigts. Une deux trois... Dix au moins.
Je ne l'ai pas fait. Je me suis sentie un peu bête alors j'ai acheté son livre et je lui ai demandé de me le signer. J'ai attendu de rentrer chez moi pour lire sa dédicace... Il avait écrit :  "histoire (entre autres) d'un garçon qui lit beaucoup et finit par se mettre à écrire"... Je me suis sentie moins bête tout à coup parce qu'un vrai écrivain avait réussi à lire en moi. Il me fallait au moins ça.

J'ai pensé tout le temps que le temps passait très (trop) vite. Que je ne me donnais jamais le temps de prendre le temps. Que je faisais toujours tout un tas de choses pour des autres que moi**. Qu'en oubliant de faire tout ce que je m'étais promis de faire je finissais par m'oublier moi-même.
J'ai compté sur mes doigts tous les projets que je portais en moi. Un deux trois... Dix au moins.
Qu'est-ce que j'attendais ? Que le temps se soit fait la malle, qu'il soit trop tard. Alors je me suis dit qu'il était temps de sauter le pas. De foncer. D'y aller. Et j'ai senti monter en moi une énergie que je ne soupçonnais pas.
Jamais je n'ai ressenti cela et j'espère que cela me portera, m'emportera pour un deux trois... dix au moins !
"Les histoires sont  faites pour nous mener en bateau et c'est pour naviguer qu'on embarque, sans toujours savoir où on va...*"
*Martin Winckler, Abraham et fils, P.O.L., 2016
**Une de mes cousines m'a d'ailleurs dit que si je dépensais autant d'énergie pour moi que j'en dépensais pour les autres, alors, alors ...