lundi 4 juillet 2016

Confidence


J'aime qu'en anglais le mot confidence signifie confiance.

Je n'écris plus ici que sporadiquement. Depuis quelque temps j'ai délaissé les lieux pour des destinations différentes.
Le désir que j'ai à écrire s'est déplacé, il s'est éloigné de ces petits billets qui venaient alimenter mon scénario anticrise. Non que je ne n'aime plus mon blog mais j'ai eu envie d'un autre univers.
Je suis partie en voyage.
J'écris de plus en plus, différemment, des nouvelles toujours et souvent, un roman qui s'ébauche au fil des jours.

J'ai connu l'époque où j'étais incapable de me faire lire, tout ce que j'écrivais me semblait bon à jeter. Je me lisais, me relisais, je détruisais.
Un jour, j'ai gagné le prix Gérard de Nerval pour une nouvelle Pierre de lune. C'était en 1992 et lors de la remise du prix, je me souviens qu'Anne Wiazemsky, membre du jury présidé par Irène Frain, était venue me dire qu'elle avait défendu mon texte. Je ne la connaissais pas, je l'ai trouvée gentille de me parler ainsi. Pas un moment je n'ai pensé qu'elle puisse tout simplement être sincère et avoir aimé ce que j'avais écrit...
{Pour l'anecdote, j'ai découvert après qu'elle était la petite-fille de François Mauriac, l'égérie de Jean-Luc Godard. Au moment de notre rencontre, elle n'avait pas encore écrit ses merveilleux Une poignée de gens, Hymnes à l'amour, Mon enfant de Berlin... }
Lorsque je relis ma Pierre de lune aujourd'hui, je n'ai aucune indulgence, je la trouve pleine de défauts et je ne comprends toujours pas qu'elle puisse avoir été distinguée.

J'ai arrêté d'écrire "pour de vrai" pendant de longues années, une sorte d'interruption volontaire d'écriture que je me suis imposée comme une punition,  comme si je me sentais indigne de la reconnaissance qu'on avait pu me porter. Analyse qui vaut ce qu'elle vaut, un peu tordue mais je ne crois pas être si loin de la réalité.
Je me suis réfugiée dans les "je n'ai pas le temps d'écrire", trop occupée à trouver autre chose à faire. Fuite en avant. Plus tard j'ai appris que l'on a toujours le temps d'écrire : malgré des vies débordantes, si on le veut, on le trouve.

Un jour de janvier, je suis revenue à l'écriture avec le scénario anticrise. J'ai envoyé mon premier texte à mes amis par mail. Et de fil en aiguille, d'épisode en épisode, j'ai créé le blog. Le jour où j'ai franchi le pas a été vertigineux, sortir de ma zone de confort, me lancer dans l'inconnu. Sincèrement  tenir ce blog m'a aidée, accompagnée sur le chemin de la rédemption. Etre lue, partagée, commentée (pas assez à mon goût), peu à peu, l'écriture m'est revenue, et avec elle tant de plaisir et d'émotion.

Hier matin j'étais à la librairie de Pithiviers pour signer Court toujours, le recueil de nouvelles édité par les éditions du Vistemboir, où figure Jardin d'hiver, un texte qui m'a valu le statut de lauréate du concours organisé par le Centre régional des Lettres (j'en ai déjà parlé ici). C'était la deuxième fois que je me trouvais à cette place, derrière la petite table sur laquelle figurait une pile de livres (l'an passé j'y présentais ma Pension les Glycines)
L'après-midi, alors que je racontais à mon grand comment s'était déroulée cette signature, qui était venu, ce qui m'avait été dit, il m'a souri (oh que j'aime ce sourire) avant de prononcer sur le ton de la confidence cette simple phrase, presque banale, mais qui, à elle toute seule, constitue un véritable viatique :  - J'ai confiance en toi.

S'il le dit, alors moi aussi je peux lui faire confiance et avoir confiance en moi.