samedi 30 novembre 2013

Maman, j'ai un truc à te dire...

Comment l’as-tu rencontré ? m’avait demandé ma mère il y a quelque temps.

Je n’avais pas osé lui répondre.
Comment dit-on ces choses-là à sa mère ? Une mère bien sous tout rapport. Je sentais que j’allais encore la bousculer. Alors je m’étais défilée une première fois.
- Maman… il faut que je t’avoue…
Non ce n’était pas évident.
- Vous avez l’air si bien ensemble.  Il semble beaucoup t’aimer…
- Chez des amis…
Cela pouvait faire illusion. Elle était suffisamment discrète pour en rester là. Mais c’était sans compter sur les questions de mes chéris.
- Mais c’était chez qui ?
- Quand ?
- Où ?
Une avalanche de points d'interrogation fusait : comment l'esquiver ? A force cela devenait stupide. Je m'étais embringuée dans une impasse. 
- On les connaît ces amis ? 
- Forcément qu'on doit les connaître… 
Ma mère, elle, n'avait pas insisté. 
- C'était une semaine où on était chez papa ? 
Si je ne pouvais pas leur avouer à eux - ils avaient le bénéfice de l'âge et puis ils étaient mes enfants -, ma mère quand même, avec tout ce que nous avions partagé, elle était capable de l'entendre. 
Et plus le temps passait, plus je pensais qu'elle comprendrait. D'autant qu'il n'y avait rien d'honteux. Non vraiment rien. C'était une belle histoire et il n'y avait rien d'honteux à être heureux. 
Evidemment, le truc, c'est que ça faisait encore sourire. Même si c'était entré dans les mœurs et qu'autour de moi, j'en connaissais quelques-uns, des couples qui s'étaient formés comme "ça" et finalement, "ça" avait eu l'air de bien marcher pour eux. 
C'était rassurant pour tout le monde. Et  franchement, pour une mère, être rassurée c'est ce qui compte le plus, non ?
Alors le pourquoi du comment, le "ça", pas la peine de se mettre la rate au court-bouillon. Finalement c'était évident. J'en étais à attendre qu'elle me repose sa question. 
- Comment l'as-tu rencontré ? 
Cette fois, je lui répondrais. 
- Maman, j'ai un truc à te dire… 
Peut-être même que "ça" la ferait sourire. De toute façon, ma mère est formidable. 
Oui je lui répondrais. Sans rougir. Sans frémir. Parce que c'était incroyable comme histoire et que je n'en revenais toujours pas. 
- … on s'est rencontré sur Meetic. Il habitait à 14 km de chez moi et je ne le savais pas...

vendredi 29 novembre 2013

En voiture...

J'adore partager les surprises de ma vie… 

Au Golden Blog Awards, je me suis fait piquer la place d'Espoir. Sur le moment j'ai trouvé ça un peu saumâtre mais comme je suis une grande fille toute simple et surtout très humble, une fois ma déception ravalée, les émotions retombées et les jours ayant passé, je ne peux que faire profil bas et vous recommander d'aller immédiatement jeter un œil sur le blog de mon concurrent. 
Vous y trouverez une jolie collection de textes (très) bien écrits, certains profonds, d'autres très jolis, parfois un peu tristes, vraiment drôles aussi.  Des pépites littéraires qui se dégustent à toute heure de la vie. A mon avis, pour aussi bien en parler, son auteur - il s'appelle Franck Pelé - doit beaucoup aimer les femmes. 
J'ai un peu peur que vous deveniez accro aux aventures de Simone, la femme de Raoul, et que vous délaissiez mon Scénario Anticrise… Mais je prends le risque. 

Ah oui, ça s'appelle En voiture Simone. 
http://envoituresimone71.blogspot.fr



jeudi 28 novembre 2013

La vie des autres (1)

Certaines vies me semblent parfois peu enviables. 

Par exemple, mon voisin d'en face vit comme enfermé. Volets fermés ou entrebâillés : je n'ai dû voir ses fenêtres ouvertes qu'une fois, le jour où il a emménagé. Je ne peux pas les rater, elles sont situées juste en face de celles de ma chambre et de ma salle de bains.
Alors j'imagine certaines choses. 
Cet homme passe son temps enfermé dans un petit deux pièces sombre et noir.
Il vit seul. Peut-être délaissé à force de ne pas avoir su aimer.
Il survit à coup de nourriture sous-vide qu'il avale devant de petits téléfilms.
Aucune touche personnelle autour de lui. Aucune photo. Le dénuement affectif.
Derrière ses volets, il guette, il épie. Les passantes. Les voix des unes et des autres. Il est à l'affût de  celle qui fera un faux pas, qui trébuchera et qu'il pourra alpaguer.
Quand il n'est pas derrière ses volets, il est assis devant son ordinateur. Il traque, observe, cherche, fouine. Le regard fixé sur un écran, il lit la vie des autres en poursuivant des chimères perdues.
Lorsqu'il sort de sa tanière, il évite les rencontres, il fuit les regards. Les sympathies. L'humanité.
Nul ne le connaît parce qu'il est invisible.

Mon voisin d'en face vit enfermé : il n'existe pour personne. Même pas pour moi.

mardi 26 novembre 2013

Lasagnes

Il paraît que mes lasagnes sont excellentes.

Mes lasagnes sont bonnes, savoureuses, moelleuses, parfumées. Elles sont belles à regarder. Derrière la porte du four. Fumantes sur la table. Un régal pour les yeux. Odorantes quand elles cuisent. Intéressantes à humer. Un délice pour le nez. Elles ouvrent l'appétit. Inspirent les papilles. Déclenchent la salive. Une véritable tentation. Un supplice pour la ligne. 
Personne n'y résiste : mes chéris, mon amoureux, mes amis, ma maman, mes neveux, ma nièce, ma petite sœur i tutti quanti... 

Là où mes lasagnes passent, le plat finit toujours vide. 

Et même moi, je confirme, je l'écris, je revendique et ce n'est pas peu dire : mes lasagnes sont excellentes. 

dimanche 24 novembre 2013

Quelque chose

Hier matin, j'ouvre ma boîte aux lettres…

Parfois rien ne peut faire plus plaisir que de recevoir quelque chose par la poste…
quelque chose qui ne ressemble pas à une feuille d'impôt ;
quelque chose qui ne soit pas une collection de catalogues remplis de choses inabordables ;
quelque chose qui ne soit pas le mot de la postière venue vendre ses calendriers ;
quelque chose qui ne soit pas un courrier pour le voisin d'à côté ;
quelque chose qui ne vienne pas annoncer une mauvaise nouvelle ;
quelque chose sur lequel mon nom a été écrit à la main ;
quelque chose qui n'est pas lourd mais qui n'est pas léger ;
quelque chose qui n'est pas une publicité ;
quelque chose qui est bien emballé ;
quelque chose qui m'est personnellement destiné…

Et si ce quelque chose est un livre que quelqu'une a aimé et commandé spécialement pour moi, alors je me dis que, vraiment rien ne pouvait me faire plus plaisir ce samedi matin que de recevoir quelque chose par la poste.


samedi 23 novembre 2013

STOP

Hier soir, sur la route, je suis témoin d'un accident… 

Cela me projette quatre années en arrière. 
J'étais avec mes enfants et nous revenions du marché où nous avions acheté, entre autres, une caisse d'abricots. Je venais de m'arrêter à un stop et lorsque j'avais redémarré, je n'avais pas vu qu'un piéton arrivait de la gauche. 
J'avais la tête ailleurs. 
L'avant de ma voiture avait heurté la femme. 
Je n'ai jamais oublié le bruit sourd de son corps tapant contre la carrosserie du capot ni cette impression terrible de voir une scène se dérouler comme au ralenti. 
La femme était tombée devant la voiture et j'avais juste eu le temps d'apercevoir son visage.
Après j'avais coupé le contact, demandé à mes enfants de garder leur ceinture attachée et j'étais sortie du véhicule, c'était la panique. 
Elle était allongée sur le pavé. Des passants s'étaient déjà attroupés. Une commerçante était sortie et je l'avais entendu me dire qu'elle avait appelé les pompiers. Quand ils étaient arrivés, ils étaient accompagnés par la gendarmerie et la femme était toujours allongée
Ils l'avaient chargée sur un brancard pendant qu'un homme en uniforme bleu me mettait discrètement à l'écart pour me poser quelques questions et me faire souffler dans un éthylotest. 
J'avais sursauté lorsque les portes du camion de pompier avaient claqué et qu'il avait démarré, j'avais demandé au gendarme dans quel hôpital on conduisait la femme. 
Le gendarme m'avait fait signer une déposition avant de me conseiller de rentrer chez moi. J'étais remontée dans ma voiture et j'avais démarré. 
Je me rappelle avoir tremblé en passant les vitesses. J'aurais voulu repartir à pied. Les enfants n'arrêtaient pas de me poser des questions, si la femme était blessée, si elle souffrait, si on allait l'opérer, si elle saignait… 
Aucun des deux ne m'avais demandé si elle allait mourir.
Moi je m'étais demandé si elle pourrait remarcher. Si elle serait handicapée toute sa vie. Si ma vie à moi aussi allait basculer. Ce qui allait se passer. Ce que j'allais devenir. Si je l'avais tuée. 
J'avais déposé les enfants à la maison. Préparé rapidement un déjeuner. J'avais sorti la caisse d'abricots du coffre. Tout ce que je faisais me semblait désordonné.
J'avais essayé d'appeler l'hôpital. Une fois. Dix fois. Je n'arrivais pas à avoir le service. 
J'avais finalement repris ma voiture et j'étais repartie. 
Dans ma tête défilaient tout un tas de choses insensées. Ce que je n'avais pas eu le temps de faire avant ce fameux stop. Une lessive que je n'avais pas étendue. Le jour de la naissance de mes enfants. Ce que nous avions mangé au repas de la veille. Les vacances qui allaient arriver. La réunion à laquelle je ne pourrais pas assister. Les abricots au sirop que j'avais promis à ma fille. 
Quand j'étais arrivée à l'hôpital, une infirmière m'avait simplement dit que la dame venait de rentrer chez elle. 
J'avais ressenti un grand vide. Un immense vertige. Le précipice était là. J'étais juste au bord et il ne s'était rien passé. Ou presque. 
Parce que, je ne le savais pas encore, le point de rupture était pourtant bien là, à ce stop où ma vie venait de basculer.  

Après... plus rien n'a jamais été comme avant. 





vendredi 22 novembre 2013

Silence…

Ils s'étaient tus mais soudain… 

C'est comme un sifflement que j'entendrai dans le lointain, un murmure qui s'amplifie, un bourdonnement diffus. 
Petit à petit, ils prennent place, s'immiscent, se précisent. 
Ils s'accordent pour former des phrases. 
Ils s'expriment. Bavardent. Jacassent. 
Ils formulent une idée sur tout. Presque trop bruyants. 
Cacophonie assourdissante après le grand silence. 

Les mots reviennent. Ils sont là. 

jeudi 14 novembre 2013

Droit à l'image


Pas facile de mettre des mots sur tant d'émotions… Alors place à l'image de la soirée.

Scénario Anticrise 

sur un écran géant !

Un véritable encouragement à poursuivre plus loin cette drôle d'aventure qui m'aura menée hors des sentiers battus … grâce à vous tous qui m'y avez encouragée. 

mardi 12 novembre 2013

Le poulet, le riz et la petite souris

Je rentre du travail tout à l'heure…

Bizarrement une odeur de poulet flotte dans l'entrée.
- Coucou les chéris c'est moi… 
L'odeur de poulet est plus forte encore dans la cuisine.
- C'est bizarre ça sent le poulet…
Je sens les regards qui se dérobent. 
- T'as passé une bonne journée ?
Franchement ça sent le poulet qui vient de cuire alors que je l'ai cuit hier soir en prévision du repas de ce soir. 
- Tu m'emmènes acheter des baskets ? 
Une fourchette traîne dans l'évier : elle n'y était pas ce matin. 
- Vous avez vidé le lave-vaisselle ? 
J'ouvre le réfrigérateur (il est beau d'ailleurs), le tupperware de poulet est là, posé sur la deuxième claie. 
- Tu peux m'emmener à l'orchestre ?  
Pile à l'endroit où il se trouvait ce matin. 
- Vous avez mangé du poulet au goûter ? 
Mais bizarrement il est tiède : c'est étrange de trouver dans un réfrigérateur un tupperware encore tiède alors qu'il y est depuis la veille au soir. 
- Qui a mangé du poulet ? 
Je sens désormais planer une odeur de… mystère autour de moi. 
- … ce n'est pas moi ! 
Cela sonne comme le cri du cœur ou plutôt comme celui de l'estomac. 
- … c'est forcément quelqu'un ! 
Je n'ai encore accusé personne mais j'ai quand même une petite idée. La semaine passée, c'est une barquette de riz qui y est passée à l'heure du goûter de la petite souris. 
- … pourquoi tu crois toujours que c'est moi ? 
Avant de détaler en claquant les talons. Et la porte en haut de l'escalier.


Et ce soir au dîner entre deux morceaux de poulet…
- Le self c'est affreux… 
Je tombe de haut. 
Mon grand explique :
- En fait en 6e tu trouves ça hyper bon…
Pour le coup ils sont solidaires et la petite souris renchérit :
- En fait tu trouves ça hyper bon pendant quinze jours… 
Je pensais que c'était délicieux. 
- C'est amusant et puis tu manges comme tu veux… 
- Personne pour te forcer…
- A midi les haricots ils étaient filandreux…
- … la brochette de dinde pouah ! 
- Tu vas t'y habituer, tu verras...
- … t'as mangé la salade avec le truc qui ressemblait à des haricots rouges…
- … le jeudi en général c'est meilleur… 
- … mais non c'était pas des haricots rouges…
- … c'était quoi alors ?
Je n'arrive plus à les arrêter : l'un pousse l'autre. 
- … la banane, elle, était vraiment bonne… 
Je pense au chèque que je viens de faire pour la cantine : 188 € x 2 = …

Ça fait cher le kilo de banane.






lundi 11 novembre 2013

Emily


Elle s'appelait Emily… 

Elle avait parcouru des kilomètres à pied, son mari à ses côtés. Ils avaient traversé des terres dévastées. Des villages ravagés. Une camionnette s'était arrêtée et les avait ramassés. 
On les avait déposés dans une école transformée en centre de secours. 
Le travail était déjà très avancé. 
Elle avait accouché sur une table d'école en bois.
Elle avait perdu beaucoup de sang. Elle aurait eu besoin d'antibiotiques pour éviter la septicémie. Mais il n'y avait plus rien pour la soigner.

Emily venait de mettre au monde son premier enfant. 
Une petite fille.  

dimanche 10 novembre 2013

Coup de gueule

Je suis désormais obligée de modérer les commentaires que vous me laissez…

Tout ça parce qu'une personne a décidé d'émailler mes chroniques de commentaires fielleux. 
Le harcèlement est un délit. Il est puni par la loi. 

Je souhaite continuer à écrire en toute liberté. 






Typhon

Ce matin, à l'heure du petit-déjeuner…

Ailleurs le vent souffle. Ici il fait chaud. Nous sommes à l'abri. 
L'image d'une femme philippine à la télévision. 
Autour d'elle les décombres. Les corps qui s'entassent. 
Malgré tout, elle est belle. 
La caméra la fixe. Ses yeux crèvent l'écran. Noirs. Brillants. 
Le journaliste lui parle de l'avenir.  
Elle dit : 
- … je ne parviens plus à réfléchir… nous ne savons pas ce que sera demain. La seule chose que nous pouvons faire c'est survivre à cette journée.

J'aimerais être capable de détourner mon regard. 

samedi 9 novembre 2013

Déménagement…

Ma cousine fait ses cartons : elle déménage pour emménager. 

Moi je commence à avoir une petite habitude de ces choses-là. J'ai quitté la maison de mes parents en 1985, je crois. Je récapitule  et comme une enfant, je compte sur les dix doigts de mes deux mains. 

1.
Rue du Docteur Heulin, au numéro 35. Quatrième étage droite sans ascenseur. 2 pièces, 35 mètres carrés. Apprentissage de la colocation avec Nat. 

2. 
Rue Jean Ferrandi, numéro 5, au fond de la cour. Environ 60 mètres carrés. C'est un atelier. De grandes verrières. Des murs blancs et du carrelage gris et noir. La grande classe. Toujours avec Nat : la fête, l'étourdissement, la liberté. Epoque merveilleuse. 

3. 
Rue Marmontel,  numéro 16 bis, rez-de-chaussée d'une petite maison sur cour. Studio, 40 mètres carrés entièrement rafistolés mais quel charme. Mon tout premier chez moi rien qu'à moi. 

4. 
Rue Blomet, numéro 99. Deuxième étage toujours sans ascenseur. 52 mètres carrés et trois pièces, dont une seule sur la cour. Des pigeons sur tous les balcons et parfois dans la maison. Les bus qui accélèrent sous les fenêtres. Je n'ai jamais aimé cet appartement. Années difficiles. 

5. 
Rue Lesage, numéro 5 si mes souvenirs sont bons. Premier étage. Deux pièces humides et sombres, je n'y reste qu'une année. Celle de la transition. 

6. 
Rue du 22-Septembre, numéro 99. Deuxième étage avec ascenseur. Un ascenseur avec deux portes battantes et un rideau coulissant dans lequel on se coince parfois les doigts. 82 mètres carrés refaits à neuf et quatre vraies pièces. La lumière. Années heureuses. Grands et petits bonheurs. Naissance des enfants et apprentissage de la vie de famille. Véritable révolution. 

7. 
La maison, à la campagne, dans un village. Nouvelle existence. Tellement différente : à nouveau le changement. Il faut tout réapprendre. Le temps qui happe. Les trajets en voiture tout le temps, pour tout, pour rien. Les plaisirs aussi, le silence, le calme. Les balades quand on veut. La nature à portée des yeux. Les enfants qui grandissent et la vie qui passe. 

8. 
Deuxième maison, située juste en face. Plus petite celle-là. Les enfants une semaine sur deux. Et même si je l'aime bien avec son figuier, son cerisier et son essaim d'abeille qui habite dans le grenier, je la quitte volontiers.  

9. 
Aujourd'hui. Maison de ville. A la fois sur rue - une rue qui monte et qui descend - et sur cour - immense, on y joue au basket, on y bronze, on y dîne, on y plante… Quelques bizarreries quand même et un air de guingois. Mais j'aime ce qui ne sera jamais droit. Je m'y sens bien. Nous nous y sentons bien...

10. 
Demain. Demain ? Demain ! Demain… Demain. Demain ? Demain ! Demain… Demain. Demain ? Demain ! Demain… Demain. Demain ? Demain ! Demain… 


Tout à rêver. Tout à imaginer… 

jeudi 7 novembre 2013

Le silence est d'or…

Je reçois ce mail… 

Bonjour …...
Votre silence a été entendu. 
Je me demande bien quand je suis parvenue à me taire et surtout, qui donc pouvait être là à ce moment précis ? 
Vous êtes importante pour nous. 
Ce pourrait être ma banquière mais ce n'est certainement pas elle puisque je viens de lui écrire pour lui proposer d'être mon mécène. D'ailleurs à ce sujet peut-être ai-je été trop bavarde ? Je me demande après tout… 
Pour qui me suis-je tue et pour qui suis-je importante ? Avouez que c'est énigmatique. 
Et pour vous prouvez votre importance pour nous…
J'approcherais enfin du but : un éditeur peut-être ? Un généreux donateur ? Une entreprise philanthropique ? Un investisseur ? Un fonds de pension sud-coréen ? Un vieil ami richissime surgi du passé en quête d'un tout jeune talent à encourager ?  
… laissez-nous vous offrir… 
J'ai le cœur battant à force d'espoir. D'ici que l'on me retrouve amnésique, errant dans la ville en chemise de nuit (laquelle choisir d'ailleurs ?). Cela arrive à des gens très bien, parfois après un très gros choc. Ils ne savent plus qui ils sont. 
… une remise de 5 € sur votre prochaine commande
Une remise de 5 €, c'est donc ça le prix de mon silence et de mon importance...
… Nous espérons bientôt vous revoir au drive… 
C'est ce qui s'appelle me clouer le bec. A mon avis on peut entendre mon silence des kilomètres à la ronde. Jusqu'au drive, tiens : il mériterait que je l'ignore, que je fasse comme s'il n'existait pas… L'indifférence, le mépris.
En même temps, c'est vrai que je n'ai plus d'eau, de lait, d'essuie-tout, de papier toilette. Le baril de lessive est presque terminé. Idem pour le lave-vaisselle… La liste s'allonge. Et c'est du lourd ! 
5 € ? ce sera toujours ça de pris … Quelle importance après tout ? 



mercredi 6 novembre 2013

Changements

- Tu ne te rends pas compte combien tu as changé...

C'est ce que me dit ma copine à la machine à café tout à l'heure. Il faut dire que je l'ai chargée d'une mission spéciale : elle met en pages les quatre premières années de mon Scénario anticrise. Et ça commence à en faire.
- On te sent... différente...
Quatre ans déjà que je l'écris ce scénario. Il m'en a coûté du temps. De l'énergie. Ces rendez-vous pas forcément quotidiens, pas forcément réguliers, avec ses petites interruptions de programmes.
Est-ce que je me doutais quand j'ai commencé ce vendredi 9 janvier 2009 que je mettais le doigt dans un engrenage.
- Même la façon dont tu écris a changé...
Le style du tout premier épisode est un peu précieux, presque maladroit à force de vouloir être poétique.
- Tu ne ressembles plus à celle qui n'osait pas dire "je" et se cachait derrière le "tu"...  
Oui c'est vrai, j'avais du mal à avouer que c'était moi qui écrivais. Comme si j'avais honte de mes coups de gueule, mes larmes, mes bouffées d'émotion, mes éclats de rire, mes sourires. Ou alors honte de moi tout court. 
- C'est vraiment troublant. 
Je voulais que chacun de mes textes soient parfaits. Comme ma vie d'alors. 
- … voire hallucinant... 
Elle n'a pas tort, ma copine... Celle qui écrivait ce vendredi 9 janvier 2009 n'existe plus que sur le papier. Son existence a été submergée par les changements. 

C'est totalement hallucinant. 




mardi 5 novembre 2013

Ma mère avait raison...

Il faut toujours écouter sa maman…


Elle nous l’a suffisamment répété quand nous étions enfants, mes frères et sœur et moi.
Elle l’a juré : « Plus jamais, jamais, jamais… » A son mari, à ses enfants, à la terre entière si elle avait pu.
Elle l’a écrit dans le joli livre de souvenirs que nous avons réalisé, elle et moi*.
Elle a tenu bon. Elle n’a jamais cédé. A aucune pression.

Je ne peux pas prétendre ne pas avoir été prévenue. 
Je savais.
Pourtant l’autre jour, j’ai craqué.
Acte prohibé. Défendu. 
J'ai outrepassé et j'en ai acheté. 

J’aurais dû l’écouter.
Ma mère avait raison.

Les rutabagas, ce n’est pas bon.

* Le cahier bleu, p. 53, collection « Le Passé recomposé », Edition La F@b, Pithiviers, 2013.
Un peu de publicité personnelle ne nuit jamais…

lundi 4 novembre 2013

Petite Souris

Une petite sœur aime à dire qu'elle n'aime pas son grand frère... 

A ouvrir d'urgence... 
[Sur l'enveloppe est inscrit le nom et le prénom de mon grand garçon, mon adresse]
Deuxième chambre du fond, à côté du grenier.

Cher .... [c'est le prénom de mon fils]

C'est la Petite Souris qui te parle. Pour une foi* que je reprend du service et que une dent tombe, tes proches auraient du faire la fête pendant un bon moment 
[Mon grand a hérité de sa mère, c'est-à-dire des dents qui ne tombent, de préférence, que sous la tenaille du chirurgien-dentiste]...
Alors soit heureux et profite pleinement...
Signée la petite Souris... 
[Guirlande de cœurs bleu turquoise, cœur, cœur et encore cœur et petit signe indiquant qu'il faut tourner la page]
Si jamais tu n'es pas convaincu, que tu veux changer de forfait ou nous faire part de désagréments, envoi une lettre de réclamation chez : 
Entreprise : la Petite Souris
Adresse : [mon adresse]
Ou appelle au : [mon numéro de téléphone]
[Dans l'enveloppe, deux euros en pièces de 20, 10 et 5 centimes. Un petit ticket sur lequel est inscrit] 
Voilà un petit plus pour toi... (calcule)

Une petite sœur n'aime pas son grand frère mais tout de même... 

* Orthographe respectée à la lettre, accent et mot près...


dimanche 3 novembre 2013

Amour (toujours) etc.

Quand j'étais petite, j'étais persuadée d'être une princesse...

Et j'attendais mon prince charmant*, je l'aimerais toujours pour toute notre vie. Lui aussi m'aimerait. Nous serions heureux. Etc.
Après j'ai rencontré des princes qui n'étaient pas charmants, des hommes charmants qui n'étaient pas des princes. Et des hommes qui n'étaient que des hommes. Etc. 
Je suis tombée amoureuse. Une fois. Puis deux. Ou trois. Etc.
C'était souvent une belle histoire qui commençait bien** et qui finissait aussi. Parfois bien. Ou moins bien. On se quittait ami. Ou ennemi. Etc. 
J'ai persévéré. Recommencé. Réitéré. Etc.
Quelque fois j'ai pleuré***. J'ai fait mal aussi. Je m'en suis toujours sortie. Jamais indemne. Avec des bleus, des remords, des bobos, des blessures d'amour. Propre. Sale. Etc. 
Aujourd'hui, j'ai grandi. Changé. Mûri. Réfléchi. Vieilli aussi. Etc. 
Mais c'est plus fort que moi : j'y crois toujours. 


* Je sais j'en ai déjà parlé mais bon c'est un sujet important.
** Ah ! Les débuts des histoires d'amour...
*** Plusieurs fois pour être honnête.