mercredi 29 janvier 2014

14 000

C'est incroyable et je n'en reviens toujours pas.
Cette nuit, Scénario anticrise franchira le cap des 14 000 lecteurs, ça fait beaucoup : 14 000 mystérieux visiteurs qui viennent ici pour moi.
Il y a quelque chose de troublant à vous imaginer en train de lire ces petits instantanés de vie que je transcris sur ce site.
Quelque chose d'émouvant aussi.

Je ne sais pas trop comment le transcrire mais vous me permettez de réaliser un de mes rêves les plus fous : celui d'écrire un peu chaque jour.
Alors à tous, que je vous (re)connaisse ou pas, je vous le redis : Merci.

mardi 28 janvier 2014

Mise en boîtes

Il y a un truc très agaçant dans la cuisine, c'est le placard des boîtes en plastique…

Je ne sais pas pourquoi mais c'est un véritable casse-tête.
Déjà, il y a beau avoir cinquante couvercles, bleu, vert, blanc, mauve, rose, transparent, opaque, rainuré, marqué, avec ou sans ailettes, rond, carré, rectangulaire, ovale, cassé, abîmé, impeccable, déformé, il n'y a jamais le bon, celui qui tient, qui ne fuit pas, qui s'adapte pile-poil à la boîte.
Ensuite, il y a les boîtes, cinquante moins celles qui ont fondu au lave-vaisselle, qui n'ont pas résisté au micro-onde, qui ne sont jamais revenues ou qui ont tout simplement disparu, enterrées au fond du congélateur, oubliées chez les amis après un dîner, plus celles que j'ai omis de rendre ou qui sont arrivées chez moi par mégarde avec ou sans leur couvercle parfois.
Enfin il y a la porte du placard où je range, j'enfouis, j'entasse les boîtes, cette porte qui ferme mal et qui me donne du mal puisqu'à chaque fois que je l'ouvre, tout s'écroule, se répand, se fracasse comme un château de… boîtes, de couvercles, bleu, vert, blanc, mauve, rose, transparent, opaque, rainuré, marqué, avec ou sans ailettes, rond, carré, rectangulaire, ovale, cassé, abîmé, impeccable, déformé, à moi, pas à moi.

Pur plastique dans tous les cas.

dimanche 26 janvier 2014

Moi et moi

L'autre jour ma banquière me dit :
- Vous avez l'air en forme, vous êtes très jolie…
Cela m'a fait sourire, ce qui lui a fait dire que j'étais vraiment belle.
En repartant à pieds, dans la rue, je me suis mise à penser.
Avant je n'étais belle que lorsque les autres me trouvaient belle. Leurs regards étaient comme mon miroir. Je me voyais à travers leurs yeux. De moi même, je n'aurais jamais pensé que je pouvais être belle. Les autres étaient belles, ma petite sœur, mes amies, mes cousines, mes copines, celles que je croisais et sur lesquelles on se retournait.
Maintenant, je ne me regarde plus dans les miroirs des autres.
Je me regarde, moi, et je me vois, moi.
Je suis comme je suis.
Je m'accepte enfin.



jeudi 23 janvier 2014

Soliloque

Les journées raccourcissent même si les jours rallongent.

- J’ai bossé hier soir jusqu’à 2 h du matin…
- Comme ça tu te maintiens à niveau…
- Oui mais j’aimerais sans doute en faire un peu moins et dormir un peu plus.
- Non tu n’aimerais pas…
- Quand même un peu, je t’assure…
- Tu aimes ça.
- Oui mais le temps défile et j'ai l'impression qu'il ne me laisse plus le temps de rien.
- Quand tu n'as plus de projet, tu meurs à petit feu…
- Oui mais là je suis morte de fatigue.
- Tu dormiras mieux un autre jour.
- Sauf que pour dormir, rien ne vaut la nuit.
- Il ne faut pas avoir ce genre de principe.
- Qu'est-ce que tu préconises : dormir debout peut-être ?
- Tu peux aussi dormir tout éveillé et personne n'y verra que du feu…
- Il n'empêche : pour l'heure le temps s'écoule et ma nuit rétrécit.
- Ecoute, tu fais ce que tu aimes et tu aimes ce que tu fais… c'est déjà beaucoup
- Oui tu as raison mais là, je tire ma révérence et m'en vais me faire dormir. Quoi que tu en dises, il y a un temps pour tout.

mardi 21 janvier 2014

Un air triste

Je la croise à peu près tous les soirs à la même heure…

Elle marche la tête basse, les yeux rivés au sol, comme pour mieux éviter le regard.
Elle a le teint un peu terne. Des cheveux poivre et sel qui pourraient être jolis. Toujours le même style de pantalon qu'elle porte trop court sur des souliers aux grosses semelles de crêpe. Des pulls qui la camouflent. Elle doit être assez ronde.
Elle ne me sourit jamais.
Quand je lui dis bonsoir, elle répond machinalement. Sa bouche est pincée, sur de toutes petites lèvres serrées.
Elle a l'air en colère.
Triste aussi.
Je suis sûre qu'elle peut être belle.
J'ai envie de lui parler.
- Excuse-moi, je te connais à peine…
Est-ce qu'elle me répondra ?
- … la journée est finie et tu n'as pas l'air heureuse de rentrer chez toi ...
Peut-être qu'elle habite une maison grise qu'elle a achetée sur un coup de tête.
- … y a-t-il quelqu'un qui t'attend ?
Peut-être qu'elle vit seule depuis que son ami l'a quittée pour une de ses copines.
- … pourquoi fais-tu cette tête ?
Peut-être est-elle pressée, elle a rendez-vous chez le dentiste.
J'ai envie de savoir.
- Pourquoi tu ne me souris jamais ?
Peut-être qu'elle a les lèvres gercées et qu'elle a oublié son baume chez son amant.
- Est-ce que tu pleures parfois ?
 Peut-être est-elle juste agacée, il faut qu'elle passe au supermarché acheter de la lessive.
- Tu as un amoureux ?
Peut-être que son enfant a encore raté le car et qu'il faut aller le chercher à la gare.
Et si je lui demande
- Pourquoi as-tu l'air si triste ?
Est-ce qu'elle me répondra ?
Allez cette fois j'y vais.
- Bonsoir…
Je cours derrière elle.
- … dis-moi… pourquoi as-tu l'air si triste ?
Elle s'arrête.
- De quoi je me mêle ?
Je rêve ou elle me vient de me sourire.
- Tu n'as vraiment rien d'autre à faire ?
- … j'aimerais juste parler un moment avec toi… je sais on se connaît à peine… mais…
- … Ecoute c'est gentil de ta part mais la journée est finie et maintenant je suis pressée de rentrer à la maison retrouver mon mari et mes enfants !

Je repasserai avec mes questions à la noix.










- …

mardi 14 janvier 2014

Réduction

Il y a des petites formules qui me hérissent…

Ma petite Fabienne, est-ce que tu vous pourrais pourriez... nous faire un petit café ? taper ce petit devis ? appeler ce petit client ?
Ma petite Fabienne, avez vous as tu pensé à... aller chercher une petite caisse de papier ? recommander des petites enveloppes ? ranger cette petite pile de dossiers ?
Ma petite Fabienne, ça vous te prendra un petit quart d'heure… mais il faudrait faire un petit rangement ? Et n'oubliez pas la petite réunion dans la petite salle…
Il y a aussi la petite dame qui fait le ménage dans les petits coins, la petite jeune fille qui garde les petits monstres, la petite lessive un jour de grand vent, les petits-suisses au petit déjeuner, la petite mamie qui attend son petit monde et la petite amie de son petit-fils, la petite voiture qui a tout d'une grande, la petite cigarette du petit matin, les petites histoires et les petits ragots, un petit en-cas sur la petite place, la petite vie qu'on regarde par le petit bout de la lorgnette … comme si elle était en réduction  !

Moi j'aime les grands projets, les grandes pièces, les grandes fêtes, les grands mots, les grands amis, la grande musique, les grands amours, les grands garçons, les grandes villes, les grands horizons, la grande vie quoi !



jeudi 9 janvier 2014

Roule ma poule

Il y a deux sortes de voiture…

Il y a la propre. Celle qui passe au lavomatic ou au karcher de l'Eléphant bleu tous les samedis. Celle avec une peau de chamois dans le coffre. Celle qui ne manque jamais de lave-glace. Celle qui respire le propre à longueur d'année. Celle dans laquelle rien ne traine. Celle dont la boîte à gant est nickel. Celle avec des patins à la porte et des tapis propres comme un sou neuf.
Et puis il y a l'autre. Celle contre laquelle il ne faut surtout pas s'appuyer. Celle où kleenex et papiers jonchent les moquettes. Celle avec des miettes entre les sièges et du sable de la plage toute l'année. Celle dont les balais d'essuie-glaces n'ont jamais été changés. Celle où la buée est une calamité. Celle où les enfants oublient toujours d'essuyer leurs pieds avant de monter. Celle qui sert à aller aux champignons ou à déménager. Celle qui transporte des animaux à poil blanc.

Je vous laisse deviner quelle est la mienne...



mercredi 8 janvier 2014

La couleur de mes sentiments

Pour répondre à vos messages d'hier…  

La tristesse est un sentiment comme les autres. Elle fait partie de la vie, comme la gaieté, l'insouciance, la légèreté, la colère, l'amour, la haine et toute une cohorte de substantifs - bizarrement - souvent féminins.
Parfois je suis triste, mélancolique, nostalgique parce que, comme tout le monde, me revient en mémoire un épisode plus douloureux de cette grande route sinueuse qu'est la vie.
Parfois je suis joyeuse, sereine parce que, comme tout le monde, ce que je vis ou ai vécu est particulièrement heureux. Et que le chemin s'avère être truffé de surprises, de pépites… petits et grands moments de bonheur que je glane à pleines mains.
Il ne se passe pas un jour, un instant, une seconde sans que je ressente quelque chose. Du bien, du moins bien, du pas bien, du très bien.
Oui c'est vrai, parfois je suis triste et je l'écris, parfois je suis joyeuse et je l'écris aussi. Et lorsque je n'écris pas, ce n'est pas que je ressens rien mais juste que je pense à ce que je vais écrire.

Rien dans la vie ne me laisse indifférente. Parce que je suis vivante tout simplement.


mardi 7 janvier 2014

Un mardi comme aujourd'hui

Je n'ai jamais oublié ce jour-là…

Mardi 7 janvier 1997. J'ai bon moral et une belle énergie. Je porte une petite tunique marron un peu ajustée ponctuée de pointillés rouge, orange et jaune. Mon pantalon est marron lui aussi et j'aime bien la ligne qu'il me fait surtout avec mes boots à petit talon. Avant de sortir, je me regarde dans le miroir de l'entrée, l'ensemble me convient et j'enfile ma veste beige.
Je descends mes trois étages et marche d'un bon pas vers la station Vaugirard. Lorsque le métro arrive, je viens de sortir mon livre, Rien que du ciel bleu de Thomas McGuane. Le wagon est tranquille et je peux même m'asseoir. J'arrive au Pont de Levallois-Perret sans même me rendre compte que j'ai changé à Saint-Lazare.
Le temps est maussade, gris et froid, et je regrette de ne pas avoir pris une écharpe.
J'entre dans le hall de mon entreprise, je travaille chez Hachette Filippacchi, et je salue le gardien qui me répond :
- Bonjour beauté. Cela a l'air d'aller aujourd'hui !
Avant de prendre l'ascenseur, je lui dis juste :
- Je crois bien qu'il va neiger…
Je viens d'appuyer sur le bouton 2 et comme les portes se referment, je n'ai pas le temps d'entendre sa réponse.
J'arrive à la rédaction. Je salue à la cantonade.
Sur mon bureau mon téléphone, sur mon téléphone un Post-it jaune : il n'y était pas hier soir quand je suis partie.
" Rappeler ta sœur. C'est urgent".
Je prends à peine le temps de poser mon sac et je compose son numéro.
- Salut… qu'est-ce qui se passe ?
Sa voix est affolée :
- Papa a fait un malaise. Maman attend le Samu… ça a l'air grave.
Je raccroche et j'appelle ma mère. J'ai l'impression que sa voix est stridente :
- Le Samu est là, les médecins essayent de le réanimer depuis un quart d'heure déjà.
Je viens de pénétrer dans une autre dimension. J'ai froid.
Je dis à ma mère :
- J'arrive…
Une de mes collègues appelle un taxi, un autre me prête 200 francs. Je reprends l'ascenseur, je repasse devant le gardien sans le saluer et j'attends devant l'immeuble. Le temps est à la neige. Il fait vraiment très froid. Le taxi arrive, c'est une voiture grise, et lorsque cela roule bien, il faut vingt minutes pour arriver chez mes parents. Mais parfois de banlieue à banlieue, ça peut être le cauchemar.
- Mon père va mourir. Il faut que vous vous dépêchiez.
Ma phrase résonne de façon irréelle. Le chauffeur accélère :
- Je comprends…
La circulation est fluide mais pourquoi faut-il qu'il y ait tant de feux rouges, de camions… J'ai l'impression que nous nous trainons alors que nous venons de sortir de l'autoroute et que nous rentrons déjà dans la ville où j'ai passé toute mon enfance. Dans cinq minutes, j'y suis.
En bas de ma rue, alors que le taxi s'apprête à tourner, il cède le passage à un petit camion rouge des pompiers, il a son gyrophare, sa sirène.
Je ne le sais pas encore mais mon père est dedans, en route pour l'hôpital.

Je n'ai jamais revu mon père : il est mort dans le petit camion rouge qui le transportait. C'était un mardi comme aujourd'hui.



lundi 6 janvier 2014

Inquiétude

Parfois je me demande ce qu’il pense.

Je le regarde discrètement, une pointe d’inquiétude au cœur, même s’il a l’air plutôt tranquille.
Tout ce tohu-bohu, les petites querelles entre le frère et la sœur, les discussions incessantes.
- C’est toi qui débarrasses le lave-vaisselle…
- Je l’ai fait hier…
- Alors tu mets le couvert… 
- Et vos chambres, elles sont rangées ?
- Je vais le faire…
- Non, pas de « je vais le faire », tu le fais maintenant.
Pas moyen d’avoir une conversation suivie pour peu qu’ils s’y mettent à deux. Mais il reste toujours impassible comme si tout était normal.
Et ma chipette qui parle, qui parle. Il semble plongé tranquillement dans le journal et elle, au-dessus de son épaule, déchiffre l’article qu’il est justement en train de lire.
- Es-tu vraiment obligée de lire à voix haute dans ses oreilles ?
Les repas aussi, parfois, comme une mise à l’épreuve supplémentaire. De quoi s’énerver.
- Désolé, tu sais, mais je n’aime pas ta soupe…
Un velouté de potimarron délicieux.
- Pourtant j’ai demandé à votre mère si vous aimiez ça…
Ils aiment habituellement. Mais même là, ça ne semble pas le perturber d’un poil. Ou la tarte au citron qu’elle lui a réclamée à corps et à cris et qui reste sur le bord de l’assiette toute écrabouillée...
- … tu ne manges pas ta tarte ?
- … mais il y a des zestes…
Il y a vraiment matière à s’exaspérer. Intérieurement ça doit bouillir, quand même. Mais non, il sourit.
- Je mets toujours les zestes ! C’est ce qui donne le goût…
- Non dans la première que tu avais faite, il n’y en avait pas…
Et que dire des larmes de crocodile de mon grand parce que le lecteur Dvd n’a pas le bon raccord et qu’il est impossible, ce soir-là, de regarder Little Miss Sunshine sur la grande télévision qu’il vient à peine de nous offrir pour Noël.
- C’est mon film préféré, tu comprends…
- Il faudra juste acheter un raccord Hdmi…
- Oui mais c’était ce soir qu’on avait dit qu’on le regarderait 
L’ambiance se gâte et la soirée pourrait facilement tourner au vinaigre. Il va exploser, prendre ses cliques et ses claques. A sa place… Qu’est-ce que je ferais à sa place ?
- C’est le dernier jour des vacances après c’est fichu. C’est pas juste…
Les escaliers geignent et les portes claquent mais là, encore il n’a pas bronché. Pire il me regarde et il sourit.
Je le regarde, je suis figée, j’essaye d’être naturelle.
- Ça va ? Tu tiens le coup ?
Il me regarde un peu surpris comme si, manifestement, je prononçais une incongruité.  
- Oui, ça va très bien.. . Pourquoi tu me demandes ça ?


Tout va bien : il faut que j’arrête de m’inquiéter.

vendredi 3 janvier 2014

A table

J’avais envie de la revoir…

Alors j’ai tapé son nom. Ou plutôt le nom qu’il lui a donné quand il en a fait un gîte. Il y avait un site internet, m’avaient dit les enfants. Je n’avais pas encore eu la curiosité ou le courage d’y aller.
J'ai regardé toutes les photos une à une. 
Je n’ai pas reconnu la grange. Je l’avais quittée, elle était toute cassée, mais j’aimais tellement cette grande porte-fenêtre au pied de laquelle poussaient deux rosiers magnifiques. Je me souviens du parfum entêtant des roses jaunes et de la couleur précieuse des roses thés. Sur la photo, je n’arrive pas à voir s’ils sont encore là : une grande baie vitrée moderne a pris toute la place.
La petite fenêtre qui donne sur la cour ne me dit rien, elle devait pourtant y être. Ça y est, cela me revient, les enfants avaient une petite cuisinière juste devant. Ils pouvaient y patouiller pendant des heures des mélanges de terre, de graviers, de feuille et d’eau.
A l’intérieur de la grange régnait tout un désordre, l’énorme tas de bois que l’on faisait rentrer chaque année, l’outillage pour le jardin et ce qu’on essayait de vendre au vide-greniers du village. Dans les poutres de la charpente du grenier, des essaims de gros bourdons noirs usinaient parsemant le sol des petits tas de sciure de bois… 
C'est maintenant une maison toute propre, une maison comme une autre avec des murs blancs et un canapé avec un coussin rouge en tissu provençal qui vient de chez ma grand-mère, un buffet sur lequel est posé un petit bougeoir que l’on m’avait offert à l’époque où je collectionnais les girafes et dans la cuisine, une grande table de ferme que je pourrais reconnaître les yeux fermés, rien qu'en la caressant du plat de la main. On l'avait achetée au marché des antiquaires. L'image s'impose avec netteté : je viens de poser sur la nouvelle table un plat de soupe. Le centre de la table est tout creusé et la soupière vacille. On se croirait sur un navire qui tangue. Je peux même entendre nos éclats de rire et les cris amusés des enfants. 
Je n’ai pas envie d’aller plus loin alors je clique dans la petite croix en haut à droite pour fermer la fenêtre.
J'efface d'un seul coup l’image d’un grand bout de ma vie que j’ai quittée il y aura bientôt quatre ans.

jeudi 2 janvier 2014

Gueule de bois

Je n'aime pas les lendemains de fête…

Les chapons et les dindes qui se retrouvent soldés aux étals des boucheries.
Les cartons roses des maisons de poupée qui dépassent des couvercles des grands containers jaunes.
Les pères Noël désespérés qui n'en peuvent plus de s'accrocher aux façades des immeubles.
Les guirlandes borgnes épuisées à force de clignoter.
Les bons vœux que l'on ressasse comme pour se convaincre que ça ira mieux cette fois-là.
La saison interminable des galettes des rois.
Et encore moins les pauvres sapins de Noël qui traînent sur les trottoirs, emballés dans de grands sacs dorés comme des cadeaux que personne n'ouvrira jamais.

Non, vraiment, je n'aime pas le mois de janvier.

mercredi 1 janvier 2014

Fofolle

Je me souviens qu'on l'avait surnommée Fofolle.

Je remonte la rue où j'ai passé mon enfance et j'aborde un virage difficile, juste devant le portail d'une petite maison blanche. Le trottoir est particulièrement étroit à cet endroit.
Elle était toujours là, accroupie, une balayette à la main : elle nettoyait devant chez elle. Elle ne supportait pas le moindre papier ou déchet dans "son" caniveau.
Elle portait un turban gris et une blouse bleu ciel à damier rose : elle était aussi crasseuse que son trottoir était propre. Quand on passait à côté d'elle, l'odeur était forte et désagréable et elle bougonnait contre les enfants, les chiens et tous ceux qui venaient souiller son espace.
J'avais peur de son regard un peu hagard, des traînées noires qui rayaient son visage et du poing qu'elle levait à chaque fois qu'une voiture la frôlait.
Personne dans le quartier ne comprenait comment elle n'avait jamais été renversée.
Nous savions qu'elle était veuve. Je me suis longtemps demandé quelle mariée elle avait pu être, si elle avait été amoureuse, si elle avait eu des enfants et ce qu'il lui était arrivé pour qu'elle se retrouve ainsi à balayer devant sa porte.

Fofolle est morte seule un jour de grosse chaleur à l'hôpital.