lundi 6 janvier 2014

Inquiétude

Parfois je me demande ce qu’il pense.

Je le regarde discrètement, une pointe d’inquiétude au cœur, même s’il a l’air plutôt tranquille.
Tout ce tohu-bohu, les petites querelles entre le frère et la sœur, les discussions incessantes.
- C’est toi qui débarrasses le lave-vaisselle…
- Je l’ai fait hier…
- Alors tu mets le couvert… 
- Et vos chambres, elles sont rangées ?
- Je vais le faire…
- Non, pas de « je vais le faire », tu le fais maintenant.
Pas moyen d’avoir une conversation suivie pour peu qu’ils s’y mettent à deux. Mais il reste toujours impassible comme si tout était normal.
Et ma chipette qui parle, qui parle. Il semble plongé tranquillement dans le journal et elle, au-dessus de son épaule, déchiffre l’article qu’il est justement en train de lire.
- Es-tu vraiment obligée de lire à voix haute dans ses oreilles ?
Les repas aussi, parfois, comme une mise à l’épreuve supplémentaire. De quoi s’énerver.
- Désolé, tu sais, mais je n’aime pas ta soupe…
Un velouté de potimarron délicieux.
- Pourtant j’ai demandé à votre mère si vous aimiez ça…
Ils aiment habituellement. Mais même là, ça ne semble pas le perturber d’un poil. Ou la tarte au citron qu’elle lui a réclamée à corps et à cris et qui reste sur le bord de l’assiette toute écrabouillée...
- … tu ne manges pas ta tarte ?
- … mais il y a des zestes…
Il y a vraiment matière à s’exaspérer. Intérieurement ça doit bouillir, quand même. Mais non, il sourit.
- Je mets toujours les zestes ! C’est ce qui donne le goût…
- Non dans la première que tu avais faite, il n’y en avait pas…
Et que dire des larmes de crocodile de mon grand parce que le lecteur Dvd n’a pas le bon raccord et qu’il est impossible, ce soir-là, de regarder Little Miss Sunshine sur la grande télévision qu’il vient à peine de nous offrir pour Noël.
- C’est mon film préféré, tu comprends…
- Il faudra juste acheter un raccord Hdmi…
- Oui mais c’était ce soir qu’on avait dit qu’on le regarderait 
L’ambiance se gâte et la soirée pourrait facilement tourner au vinaigre. Il va exploser, prendre ses cliques et ses claques. A sa place… Qu’est-ce que je ferais à sa place ?
- C’est le dernier jour des vacances après c’est fichu. C’est pas juste…
Les escaliers geignent et les portes claquent mais là, encore il n’a pas bronché. Pire il me regarde et il sourit.
Je le regarde, je suis figée, j’essaye d’être naturelle.
- Ça va ? Tu tiens le coup ?
Il me regarde un peu surpris comme si, manifestement, je prononçais une incongruité.  
- Oui, ça va très bien.. . Pourquoi tu me demandes ça ?


Tout va bien : il faut que j’arrête de m’inquiéter.

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