mercredi 30 septembre 2015

Carte blanche à…


  Katrin Acou-Bouaziz  
  lauréate du concours e-crire au féminin 2015  

« Tu as carte blanche » m’a dit Fabienne. Voilà le genre de mots que j’aime lire. Pouvoir s’exprimer sans entrave, se laisser guider par l’inspiration, au fil des lettres qu’on enfonce dans le clavier. 
Un peu comme « Le concours e-crire au féminin est ouvert ». La jubilation de l’occasion d’essayer. Presque encore plus belle que celle de remporter un prix (le troisième). 

Alors j’ai écrit. Une première nouvelle dans la clarté turquoise d’un après-midi de vacances, la fenêtre ouverte sur les vagues molles un peu plus loin. La fièvre des idées qu’on torture pour les rendre intelligibles. Les mots qu’on soupèse pour raconter les sensations au plus juste, au plus près des autres. La chute qu’on espère surprenante. J’ai relu plusieurs fois et je n’ai pas aimé. J’ai fait relire par mon amoureux peu convaincu (mon critique de luxe toujours sincère) mais mes espoirs déjà ne vibraient plus.

lundi 28 septembre 2015

Au clair de la lune



Elle passe son temps à me dire que j'ai du talent, que je suis une artiste, que je devrais travailler ailleurs, m'envoler... 
J'ai beau lui dire qu'elle aussi, elle hausse les épaules et dégage en touche en parlant d'autre chose.

dimanche 27 septembre 2015

No glu - premier mois



Souvenez-vous, le 3 septembre je me suis lancée dans un régime alimentaire no glu - entendez sans gluten - un peu comme ça, au hasard et à corps perdu, sans trop avoir où j'allais et encore moins comment. Je savais juste que mon poids - le médecin avait parlé de surpoids - commençait à me poser quelques soucis vestimentaires et articulaires.

Cela fait donc trois semaines complètes, déjà, que je suis ZERO GLUTEN parce que, oui et c'est la vérité vraie, depuis le 3 septembre irréprochable j'ai été. Je n'ai pas touché à une seule miette de gluten sous quelque forme que ce soit, pâte feuilletée, brisée, salée, pain, penne, spaghetti i tutti quanti. J'ai même résisté à la brioche maison du petit déjeuner de la maison d'hôte où mon amoureux m'avait emmenée le week-end dernier.
C'est une sacrée aventure dans laquelle je me suis lancée.
J'ai  commencé par éjecter de ma vie tout ce qui avait un rapport avec le mot SABOT… seigle, avoine, blé, orge, pour le t je ne me souviens jamais de ce qu'il veut dire.

vendredi 25 septembre 2015

Salut l'ami(e)


Ce matin, je suis un corbillard.
Je veux dire que je suis – ou plutôt que ma voiture roule – juste derrière un fourgon mortuaire (c’est le terme approprié).

Je n’ai pas eu le choix, il a déboulé au premier rond-point et je n’ai pas eu d’autre solution que de lui emboîter le pas.
Je le doublerais bien mais il est pile à 93 km/heure, comme moi, respectueux des limitations et surtout attentifs aux radars.
Un corbillard gris métallisé, très moderne, rutilant comme un sou neuf.

mardi 22 septembre 2015

C'était moi...



Est-ce que j'avais 18, 20 ans ? Je ne sais pas trop, cette photo n'est pas datée. 
Je l'ai publiée ce week-end sur mon profil facebook. L'idée venait de l'un de mes camarades de collège, jeune quinqua comme moi :-)
"Salve les amis, et si nous nous affichions tels que nous étions à 18 ans ?!?"
Au début je n'étais pas sûre d'avoir envie de jouer le jeu.
Beh oui, j'ai forcément changé. Le temps qui fait mal, les cicatrices de l'existence, les années tout simplement. Et puis quelle photo montrer ?

vendredi 18 septembre 2015

Le prix du non





Tout l'été j’y ai réfléchi, ça a turbiné sec dans mon petit cerveau. J’ai repensé à mes copines qui me regardaient d’un air navré, enfin surtout une ou deux, et qui, depuis un bon bout de temps déjà, essayaient de me rééduquer.
- Pfffffffffffff quand je pense que tu bosses pour rien…
- Mais non, ce n'est pas pour rien…
- N'importe quoi…
- … ça s’appelle du bénévolat…
- Enfin, t’as pas un rond !
- Oui mais…
- Y’a pas de mais qui tienne la route : t’es pauvre comme Job alors quand tu bosses, on te paye, c’est simple, non ?
Combien de fois m'ont-elles cloué le bec ?
Et si elles avaient raison après tout ?

dimanche 13 septembre 2015

Une promesse


Je sais que ce n'est pas bien ce que je fais.

C'était il y a quelque temps. Avant ou pendant les vacances ? Peu importe mais voilà tu m'as dit :
- Maman, si tu pouvais juste arrêter de parler de moi sur ton blog ! 
Tu m'as prise au dépourvu.
- Non mais sérieusement, j'ai 16 ans et …
Je ne suis pas forcément objective mais je trouve que tu deviens carrément beau gosse.
- Ça te gêne tant que ça que je parle de toi…
J'adore quand tu me fixes comme ça de tes grands yeux noirs.
- Tu promets : tu ne parleras plus de moi ?
Alors j'ai lâché.
- Oui
Un petit oui laconique, contraint, forcé.

lundi 7 septembre 2015

Nos enfants


Samedi midi, nous avons déjeuné tous les quatre ensemble. Depuis combien de temps cela ne nous était-il pas arrivé ?
Cinq années.
Cinq ans depuis le jour où j'ai quitté le domicile conjugal.
Cinq ans depuis que j'ai déménagé pour changer de vie.
Cinq années que nous avons vécues séparés.
Mais samedi n'était pas un jour ordinaire. Notre grand garçon revenait de sa première semaine d'internat. Notre petite chérie fêtait son treizième anniversaire. Et puis beaucoup d'eau avait coulé sous les ponts.

jeudi 3 septembre 2015

Du pain sur la planche


Il y a des décisions qui ne se prennent pas à la légère.
Lundi matin, au retour de vacances,  le petit pantalon - taille 42 - que je voulais porter s'est tout bonnement refusé à moi. J'ai eu beau le supplier, allongée sur le dos, le ventre rentré à m'en asphyxier, il m'a narguée jusqu'au point de non retour…
Et même si pour me venger, je l'ai jeté en tapon (j'adore ce mot) au fond de mon placard dans l'attente de jours meilleurs…
Même si je me suis rabattue sur un jean dont la coupe est la valeur sûre par excellence de l'illusion, je ne suis pas sortie indemne de cet épisode humiliant !
D'autant plus que quelques heures plus tard, un orthopédiste flegmatique et nonchalant consulté pour des douleurs au genou droit m'a glissé, comme ça sur le ton de la confidence, que peut-être si je perdais quelques kilos…

mardi 1 septembre 2015

Cette chanteuse

Je suis debout, face au piano. C'est la place de la chanteuse, m'a-t-il dit. 
Je ne suis pas une chanteuse, je chante sous ma douche lorsque personne ne m'entend. Dans la maison lorsqu'elle est vide. Dans un ensemble vocal entourée d'autres voix.
Ma voix toute seule, je ne la connais pas : j'aimerais qu'elle soit chaude, belle, qu'elle fasse ce que j'aime écouter.
Ma voix, je la cache. Elle ne m'obéit pas. Souvent j'ai l'impression qu'elle grince, qu'elle coasse.