mercredi 30 septembre 2015

Carte blanche à…


  Katrin Acou-Bouaziz  
  lauréate du concours e-crire au féminin 2015  

« Tu as carte blanche » m’a dit Fabienne. Voilà le genre de mots que j’aime lire. Pouvoir s’exprimer sans entrave, se laisser guider par l’inspiration, au fil des lettres qu’on enfonce dans le clavier. 
Un peu comme « Le concours e-crire au féminin est ouvert ». La jubilation de l’occasion d’essayer. Presque encore plus belle que celle de remporter un prix (le troisième). 

Alors j’ai écrit. Une première nouvelle dans la clarté turquoise d’un après-midi de vacances, la fenêtre ouverte sur les vagues molles un peu plus loin. La fièvre des idées qu’on torture pour les rendre intelligibles. Les mots qu’on soupèse pour raconter les sensations au plus juste, au plus près des autres. La chute qu’on espère surprenante. J’ai relu plusieurs fois et je n’ai pas aimé. J’ai fait relire par mon amoureux peu convaincu (mon critique de luxe toujours sincère) mais mes espoirs déjà ne vibraient plus.

Alors j’ai recommencé
En partant d’un texte que j’avais déjà écrit. Un texte qui parle de la Bretagne, de l’enfance, des terrains de tennis tout près de ma fenêtre justement. D’un proche proche à qui je voulais offrir ces mots parce qu’il ne sentait plus ou si peu d’odeurs. Ces lignes, je les avais couchées un an plus tôt sur le papier. Parce que je me trouvais par hasard assise près d’un club de tennis à attendre avec mon ordinateur. Le bruit des balles m’avait obligée à me jeter sur les phrases. Je n’avais même pas regardé les terrains ni les joueurs ni le sol rouge vert gris ? Juste écouté cette musique si familière, si pleine de souvenirs. Et je m’étais laissée envahir par tous les frissons de la nostalgie sans relever la tête une seule fois de mon écran.
Le texte était écrit en une heure 
Mais il m’a fallu bien plus de temps pour le sculpter, le chérir, le rendre accessible. Je me rappelle la sensation de vide après. J’avais réussi à raconter un moment précieux si souvent vécu en observatrice derrière la grille verte rouillée d’un terrain au milieu de nulle part, l’espoir tendu vers la victoire, les baskets en toile repliées sous mon bermuda en jean, le plaisir de voir un autre agir, se battre, gagner et d’être son œil, sa groupie, sa confidente des tout petits détails. Gatorade bu entre les jeux (pour ceux qui ont connu la boisson énergisante des années 90). Coups d’œil malicieux vers un adversaire qui lâche prise. Toute cette complicité contenue et ce bonheur partagé d’enfants insouciants. Ces montagnes d’odeurs qui s’abattaient sur notre minuscule vie. J’ai d’ailleurs écrit la suite. D’autres odeurs, d’autres souvenirs peints avec des images, des saveurs et des matières. A défaut de pouvoir décrire des parfums pour mon lecteur si particulier. Se boucher le nez de force pour laisser la place aux autres sens.
Mais je m’égare. Carte blanche, c’est le jeu 
J’en reviens donc à cette nouvelle, ce texte que j’ai réécrit pour le concours. En y ajoutant les clés de ma démarche. En transformant mon intention (offrir ce texte à mon joueur de tennis privé d’odorat) en chute dans l’histoire elle-même. Je ne sais pas si vous suivez. Bref j’ai envoyé. Non sans lui soumettre au préalable. Pour avoir son œil avisé de lecteur et de scientifique. Mais aussi son autorisation. Dis, je peux, tu veux bien que je nous raconte ?

Son oui. L’envoi. L’attente (oublier pour ne pas se faire d’illusion, y repenser en secret le soir au cas où). J’ai même écrit une autre nouvelle poussée par une autre fièvre, une fièvre d’août cette fois, plus solitaire, plus maternelle. Mais elle n’a pas été retenue.

Puis le mail « vous êtes dans les 12 finalistes » 
Les deux jours à ranger pour m’occuper les mains. Puis le mail « vous êtes primée » alors que je triais mes jouets à la cave de mes parents, images de chocolat Merveilles du Monde, Martine à la mer, Snoopy tennisman et babioles ci-contre. Ca m’a fait crier de joie. Mon petit garçon a pleuré très fort. Il ne m’avait jamais vue dans cet état (à part pour le permis de conduire, mais c’est une autre histoire).

Une fois au courant, mon joueur de tennis me voyait déjà en tête de gondole dans les librairies. Mais je l’ai calmé tout de suite. Gagner un concours, c’est bon, c’est grisant. Mais ça ne change pas le fond de l’affaire. Je dois finaliser un de mes projets pour être éditée. Le faire lire. Le corriger. Le faire relire. Le recorriger. Encore et encore. Ecouter les critiques et elles arrivent déjà. Me laisser guider. Sans perdre l’envie sincère de partager des émotions, de faire ressentir du vrai avec des images fortes.

Depuis la remise officielle, j’ai mal à la tête mais je souris
Un peu impressionnée par tous ces grands noms de l’édition et de la littérature. Les lauréats précédents qui ont trouvé le succès. Les deux autres lauréates pleines de talent sur le podium. Ai-je été assez reconnaissante envers le jury ? Assez claire dans les quelques mots échangés ? Serai-je à la hauteur de l’accompagnement littéraire ? Je reçois des bravos, des émoticônes bouteilles de champagne. Je n’ai pas encore ouvert ma liseuse reçue en cadeau. J’essaye de travailler entre les émotions. Je reste persuadée qu’écrire me procure un maximum de plaisir. Une sorte de Magnum classique à dévorer après le dîner. Et que je vais continuer. D’écrire. D’espérer.

Lire la nouvelle de Katrin La balle de tennis 
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