jeudi 31 octobre 2013

De la teinture capillaire...


Se teindre les cheveux ne pas se teindre les cheveux ? Telle est la question... 

Je suis brune. Vraiment brune. Et alors ? 
Je n'ai jamais rêvé d'être blonde. Quoique... l'inconscient est parfois étrange. 
Rousse ? J'aime bien l'acajou ou plutôt le auburn. 
Je n'aime pas les mèches plus que ça. 
Je trouve les blondes aux racines noires vulgaires. Tout comme les mèches rouges dans des cheveux bruns ou les tignasses rousses qui blanchissent. 
Certaines chevelures grises peuvent être magnifiques. 
Et parce qu'elles sont souvent touchantes, j’adore les reflets violets façon Régécolor de certaines petites mamies.
Bref j'ai des idées bien arrêtées sur la question capillaire. 
Ce matin en coiffant mes petits cheveux courts, le miroir - objet insidieux s’il en est – me renvoie un drôle de truc.  
- Tiens des cheveux blancs...
Ou est-ce un reflet ? L’éclairage de la salle de bains n’est pas forcément approprié pour juger de la teinte dudit reflet. 
Grande question alors : faudrait-il que je refasse une couleur ?
Je change de pièce : mes cheveux sont bruns indéniablement avec, me semble-t-il, une légère pointe auburn.
- C’est auburn ou jaune ?
Une de mes amies affirme haut et fort que des cheveux gris vieillissent prématurément. 
- ... si tu as envie de faire mémère... 
A la lumière du jour, ce sera mieux. Je prends mon miroir de poche et je sors dans la cour de ma maison. 
Il fait frisquet ce matin.
Le cheval de bataille d'une autre bonne copine, c'est la défense de la nature et de l'environnement. 
- ... mettre sur ta tête des produits chimiques et toxiques, quelle horreur...
- ... Bon ce n'est pas jaune... mais ce n'est pas auburn non plus...
Dans mon petit peignoir, je frissonne. 
En même temps, il faut que ce soit bien fait : une fois j'ai tenté le coup toute seule comme une grande... c'était très bof. 
- ... un genre de châtain... mais lequel ?
Il ne doit pas faire plus de 5 °C. L'automne est bien installé et l'hiver ne va pas tarder à suivre.
- ... je n'aime pas ça : ce reflet n'est pas franc...
- ... si tu as de l'argent à jeter par les fenêtres : on vieillit, c'est comme ça... Toi comme les autres...
Oui mais la dernière fois, quand je suis revenue de chez le coiffeur, mon grand m'a contemplée avec admiration. 
- J'aime bien ta couleur... elle te rajeunit
C'est vrai qu'elle était jolie : des tons chauds, du cuivré, de la lumière.
- ... finalement je vais peut-être la refaire cette couleur...
Il fait vraiment frisquet. Je rentre dans la maison. Au passage mon regard se pose sur le bureau : un papier blanc et noir. 
"Taxe d'habitation 2013. Montant à régler avant le 15 novembre 2013"

Je m'aperçois dans la grande glace du salon : tout compte fait, elle a l'air très bien cette couleur.  







mardi 29 octobre 2013

Immersion verbale

Je passe trois jours d'affilé avec ma petite collégienne... 

Je sais que ma fille est une bavarde, une pipelette,  une commère.  Depuis que je la connais, onze ans déjà, elle gazouille, papote, discute, polémique. Elle a toujours son mot à dire, la petite phrase assassine, le verbe agile, la langue bien pendue.
A toute heure. Du matin au soir. Nuit et jour.
Un débit verbal ininterrompu.
Qu’elle dorme, rêve, mange, lise, court : quoi qu’elle fasse, elle cause. Même quand elle se lave les dents, elle parle. 
Elle est la princesse du bagout.
Tout ça, je le sais. Et pourtant, je l’avoue, depuis qu’elle et moi nous ne vivons ensemble qu’en alternance, j'ai parfois tendance à oublier ce point essentiel de sa personnalité. Ceci étant, elle met toujours un point d'honneur à me le rappeler. 
Prenons par exemple ce petit week-end prolongé que nous venons de partager, en immersion totale, et où nous dormons justement dans la même chambre. 
Hier soir, je fais mine de bouquiner. Elle est censée dormir. 
- Maman ... Maman...  
Je ne réponds pas, je suis absorbée par l'Etrange suicide dans une Fiat rouge à faible kilométrage de L.C. Tyler.
- Tu lis quoi ?
Non, je ne cèderai pas à la pression. Silence radio. 
- C'est un drôle de titre quand même...
Compte tenu de la position respective de nos lits, d'où elle est, elle ne peut pas apercevoir la couverture de mon livre.
- Elle est drôle la couverture... 
C'est donc qu'elle a vu le livre.
- Et ça parle de quoi ?
Elle n'a pas la lu la quatrième de couverture.
- Ils disent que c'est un polar jubilatoire.  
Elle a donc lu la quatrième.
- Ça veut dire quoi jubilatoire ? 
Je relis la même phrase pour la quinzième fois.
- Tu crois que je pourrais le lire ? 
Je peux la réciter par cœur. 
- Remarque si ça fait peur, mais que ça fait rire en même temps, peut-être que je pourrais le lire... 
Elle sait donc ce que veut dire jubilatoire. 
"Mais je préfère laisser ma femme à la police. Ton ex-femme, corrigea Elsie."
- ... j'aimerais bien lire un roman policier, un vrai... 
"Mon ex-femme, acquiesçai-je." Page 31. Dernière phrase du chapitre 2. 
- ... surtout s'il est jubilatoire...
Je pose mon livre, j'éteins la lumière. 
- Tu n'as pas lu longtemps...  
Je sens que je sombre. 
- Il n'est pas intéressant ton livre ? 

Oui, elle met vraiment un point d'honneur à me rappeler qu'elle a toujours le dernier mot sur moi. 



dimanche 27 octobre 2013

Violence

Cela me saute aux yeux : il ressemble étrangement à mon premier mari.

Je regarde la photo du magazine et j’ai la nausée.
Il est beau gosse, mal rasé, genre ténébreux. Ou plutôt un côté chat écorché, une sensibilité excessive qu'il affiche à fleur de peau. Regard sombre. Lointain.
Le truc qui marche à tous les coups avec les filles.
Je connais ça par cœur.
Je lis ses mots ou je les entends. Comme s'il me les murmurait à l'oreille. Ses excuses qu'il sussure. Ses remords. Toujours la même sérénade. Cette façon qu'il a de gémir sur son malheur. Je le hais.
Un temps il aurait exercé son emprise sur moi. Je l'aurais entendu. Excusé. Même pardonné quand il m'aurait promis. Parce qu'il promet toujours. 
Jusqu'à la fois d'après. La suivante. L'autre qui pourrait être celle qui.

Je connais ça par cœur. Cela fait plus de 15 ans mais je me suis juré de ne jamais oublier parce que je suis vivante, moi.
Contrairement à elle. 

Il me fait mal. Ses mots me font mal. Sa vue me fait mal. 
Même sur le papier, il me blesse. 

Je referme le journal. 

samedi 26 octobre 2013

Collante

Depuis tout à l'heure elle m'énerve...

Elle m'agace, elle m'irrite. J'aimerais m'en débarrasser. M'en séparer. Mais il n'y a rien à faire. Elle s'accroche. Une vraie sangsue. 
Elle est là collante, insupportable. 
Une glue. Un bâton de sécotine. Une couche de mélasse.
Presque gluante. Pas franche. Insidieuse.
Je la gratte. Je la râpe. Je l'écorche. 
Mais elle résiste. Elle me colle à la peau. J'en ai plein les ongles.
Elle ne me connaît pas. Je l'aurai. Et quand j'en aurai fini avec elle, je m'attaquerai aux autres. 
Ses sœurs. Parce qu'elle n'a rien d'unique. Une famille plus que nombreuse. Qui se reproduit à vitesse grand V. 
J'éradiquerai l'espèce. 
Partout, elles sont partout.

J'exècre les étiquettes...

mardi 22 octobre 2013

Variation autour du prince charmant...

Ce soir sur un réseau social bien connu...

Une copine expose sa nouvelle photo de profil, celle d'une petite grenouille ou d'un joli crapaud, on ne sait pas. 
Evidemment je m'engouffre dans la brèche : 
- Le prince charmant ? 
Elle répond
- Mais qui est-il réellement ?
Moi
- Embrasse-le, tu sauras... 
Une autre entre dans le jeu
- Ne réfléchis pas trop... Ose ! 
Elle
- Les princes charmants ne sont pas pour moi... 
Moi
- Et pourquoi ? 
Elle
- Je ne suis pas assez bien pour eux
Moi
- C'est ça, flagelle-toi...
Une autre
- S'il existe, c'est au rayon biscuit des supermarchés...
Elle
- De toute façon il y a longtemps que je ne crois plus au père Noël...

... Et tandis que l'échange se poursuit, je me rappelle un autre dialogue sur le même thème. C'était sur un réseau tout aussi social mais dédié à la rencontre, lui, de supposées princesses et de princes tout aussi supposés charmants... (sans commentaire !) 
Le prétendant du soir m'avait posé par écrit cette question :
- Et toi, là, tu fais quoi ? 
- Moi ? J'attends le prince charmant... 
J'avais écrit cette phrase comme ça, au hasard, juste pour essayer de voir qui se trouvait derrière l'écran... 
- LOL, le prince charmant beh il est nase... 
- Ah oui pourquoi ça ? 
-  ... beh c'est une gonzesse... MDR...
- Je ne te comprends pas ? 
- Beh t'as bien vu, il est grave avec ses collants moulants, son justaucorps et son chapeau à plumet... MDR ... c'est un truc de gonzesse ça PTDR... 
- Oui, justement, je suis une fille... 
- ... beh t'attends pas à me voir avec ce genre de déguisement... 
- C'était juste une image... 
- Beh avec des images comme ça, tu dois te faire ch... dans la vie. 
Et sur cette jolie phrase, le prétendant du soir avait rejoint, sans regrets de ma part, la colonne des princes... indésirables.

Au passage, quelqu'un aurait-il un tuyau pour m'expliquer comment on distingue une grenouille d'un crapaud ? 









lundi 21 octobre 2013

Un jour sans...


Même si, comme beaucoup de choses dans la vie, tout est affaire de nuances, il y a les jours avec et les jours sans …

Par exemple, un jour avec je me réveille sans problème, je pose un pied léger à terre et à partir de ce moment crucial, tout s’enchaîne naturellement. Le petit-déjeuner. Celui des enfants s’ils sont dans les parages. Les animaux ensuite. Les infos du matin. La douche chaude et ce qui va avec, le coiffage, le maquillage. Evidemment le choix vestimentaire qui s'impose de lui même. L'horaire du départ qui conditionne l'horaire d'arrivée. Et tout le reste.

Un jour sans commence par un réveil que l'on n'entend pas ou alors d'une seule oreille. Au lever, la cheville droite trébuche sur la petite balle que le chat a oubliée au pied du lit. 
Dans la précipitation, je double la dose de thé et il est imbuvable. A la radio, on annonce la mort d'Arsène Lupin (alias Georges Descrières) et comme les enfants sont en vacances, la cuisine a un air tristement calme. Je marche sur le chat et me tords une seconde fois la cheville - gauche cette fois - alors que je viens de remplir la gamelle d'eau du chien. En cherchant la serpillère, je me cogne la tête sous l'escalier.
J'entends à ce moment qu'il est déjà 8 heures. 
Je file sous la douche (curieusement, elle n'est pas froide). Pas le temps de me laver les cheveux et j'ai oublié de me sortir une serviette de l'armoire. Je suis bonne pour un deuxième tour de serpillère. Mon pantalon noir n'est pas repassé et j'enfile n'importe quoi. Je cherche mes boucles d'oreille vertes partout mais elles restent introuvables.
Le chat miaule comme un damné devant sa gamelle vide tandis que le chien se lèche les babines. Je choisis une paire de chaussures que je n'aime pas. 
8 heures 38. J'attrape mon sac. Je claque la porte et je sors dans la rue. J'ai oublié de rentrer les poubelles. Je monte dans la voiture et je réalise que j'ai laissé ma lunch box sur la table de la cuisine. 
8 heures 43. Je démarre. J'ai encore une chance d'arriver dans les temps. Mais une petite voiture électrique rouge débouche justement devant moi.
9 heures 10. Je pousse la porte de mon bureau. Et la suite va avec. 

Vivement ce soir... 





dimanche 20 octobre 2013

Laver son linge sale en famille...

J'aime particulièrement certains objets...

Je suis en train de passer l'aspirateur dans la salle de bain... Et je peine pour accéder au petit coin situé sous le radiateur, juste derrière le coffre à linge (sale). 
Il est un peu planqué, le bougre, et il me gêne. Je l'attrape brusquement.
- Tu n'as pas bonne mine, mon pauvre... 
Il est tressé de lanières blanches. 
- Tu n'es pas tout jeune, dis donc... 
Son couvercle en bois aggloméré, un peu lourd, fait toujours "clac" quand on le ferme. 
Lui et moi, on se fréquente depuis 45 ans. Toute petite déjà, dans la salle de bain de la maison de mes parents. 
- Tu n'es pas vraiment beau...
C'est vrai : il a perdu certaines de ses lanières blanches et il affiche un air fatigué. 
- Un jour ma mère a voulu te jeter et moi, in extremis, je t'ai sauvé... 
Je l'avais emporté avec moi et il avait trouvé sa place dans mon premier appartement parisien.   
- L'autre jour j'ai bien failli te remplacer...
C'était au supermarché, presque pareil mais avec un petit air clinquant...
- Excuse-moi, je n'aurais pas dû te dire ça... 
En fait le couvercle était en plastique et faisait un "tric" ridicule quand il retombait. 
- Rien à voir, rassure-toi... 
Depuis il m'a suivi au gré du chemin. Pour le meilleur et ...
- Je ne t'échangerai pour rien au monde ! 

Oui, il y a dans ma vie certains objets que j'aime particulièrement.


vendredi 18 octobre 2013

Cruel dilemme

Hier soir, j’ai 12 ans et demi… 

Je le lui dis, je ne le lui dis pas ? Si je le lui dis, il le saura. De toute façon, même si je ne le lui dis pas, il le saura. Oui mais si je le lui dis, c’est sûr, il sera contrarié. Mais si je ne le lui dis pas, comme il saura, il sera d’autant plus contrarié que je ne le lui ai pas dit.
Mais comment pourrais-je le lui dire ? Il faudrait que je parvienne à le lui dire comme ça sans qu’il ait l’impression que je le lui dis. Si je le lui dis l’air de rien lui dire, il aura l’impression que je ne lui dis rien. Mais il faut quand même qu’il réalise que ce que je viens de lui dire n’est pas anodin.
Je sais, je vais le lui dire avec franchise en le regardant droit dans les yeux, il n’y trouvera rien à redire. En même temps, je peux aussi prendre le risque de ne rien lui dire. Avec un peu de chance, je pourrais m’en tirer indemne. Non, ce n’est pas possible. Il faut vraiment que je le lui dise.
Allez, je le lui dis dès qu’il arrive. Bon qu’est-ce qu’il fait ? En plus il est en retard.
J’aurais dû lui envoyer un texto. Ou un mail, c’est mieux, un mail, on en dit plus dans un mail. Oui mais là c’est trop tard.
J’aurais peut-être mieux fait de ne pas venir. Parce que si je n’étais pas venue, il n’en aurait rien su.
Oh la la ...  qu’est-ce que j’ai chaud…
Mais si ça se trouve, c’est lui qui ne va pas venir. Quand même s’il ne devait pas venir, il aurait déjà appelé pour prévenir. Non, il va arriver. Et je vais le lui dire, c’est décidé.
Mince, c’est lui qui arrive. Allez, j’y vais. Je ne lui laisse pas le temps de s’installer. Je me précipite et je le dis.
 Moi - Bonsoir, tu sais… je suis désolée mais je n’ai pas eu le temps de travailler le chant cette semaine...
 Lui - Ah oui ? [il me regarde droit dans les yeux]
- [bafouillement] … tu sais je croule sous le boulot…
- [petit sourire narquois] Tu as quand même eu le temps d’aller chez le coiffeur…
- … [rouge écarlate, silencieuse comme une carpe farcie]
- … ça te va très bien d’ailleurs…

 Je m'en doutais. J'aurais sans doute mieux faire de ne rien lui dire. 

jeudi 17 octobre 2013

Mon frigo et moi (suite)

Il paraît que je n'aurais pas dû...

C'est ce que me dit mon fils tout à l'heure. Sa petite sœur, elle, n'est pas d'accord.
Nous arrivons du marathon du mercredi école de musique-supermarché-tennis - tout ça sous une bonne petite pluie fine -, et nous trouvons planté au beau milieu de l'entrée un réfrigérateur tout beau tout neuf. Il est emballé d'une cellophane brillante sur laquelle est écrit en lettres rouges "Joyeux Noël"... tout ça le plus naturellement du monde pour un mercredi 16 octobre 2013. 
Stupéfaite je suis et scotchée je reste sur le pas de la porte... Dans cette histoire, mon cerveau ne capte pas grand-chose.
- Mais qu'est-ce que c'est que ça ?
Réponse pragmatique de ma petite collégienne toujours très prosaïque
- Beh c'est un frigo...
- Oui je vois...
- ... avec un congélateur ...
- Oui mais...
- Il est trop stylé !
Franchement je ne comprends pas... Je me suis absentée une heure et demi et quand je suis partie, le frigo tout beau tout neuf n'y était pas. 
Cet événement pose un certain nombre de questions. 
Moi : comment a-t-il fait pour passer un portail, une porte, toutes deux fermées à clé ? 
Mon fils 
- Comment quelqu'un a-t-il su ?
Ma fille
- Qu'allons-nous faire de l'autre ? 
Mais comme j'ai pour principe qu'une mère doit toujours apporter une réponse à ses enfants, je dis :
- A la décheterie, pépère... 
- Euh ce doit être mon anticrise de l'autre soir... 
Ma fille 
- On pourrait le vendre...
Mon grand
- T'as écrit un anticrise sur le frigo ?
Moi 
- Mais non, il est mort...
- Beh oui, pourquoi je n'aurais pas dû ?
Il me regarde avec une bonne dose de réprobation. Ses yeux sont juste très noirs. 
- Non tu n'aurais pas dû, on n'a pas à faire pitié...
Sa petite sœur
- On l'installe maintenant ?
Moi ?
- La vie est parfois un conte de fées... 

...





mardi 15 octobre 2013

Responsable mais pas coupable...


J’aime regarder grandir mes enfants…

Ce matin, je suis en train de me maquiller… (trop) légèrement (peut-être), mais j’ai une aversion pour le maquillage agressif façon peintures de guerre.
J’écarquille mon œil gauche pour y déposer un trait de crayon quand, dans le miroir, j’entraperçois la tignasse noire comme jais de mon grand.
- Je vais me coiffer…
Depuis qu’il est tout petit, il a sur le haut du crâne cet épi rebelle qui résiste à tout, brosse, gel, spray, etc. Avant il s’en moquait carrément. Coupe en pétard ou pas de coupe du tout, où était le problème ? Le peigne ? Connaissait pas. Mais les temps changent… Lui aussi.
- Pourquoi ça ne tient pas…
J’entends l’irritation dans sa voix enrhumée. Et rien qu’à cette façon qu’il a de plisser les yeux, je discerne la contrariété.
Il passe et repasse le peigne, humidifie la zone critique avec de l’eau.
C’est marrant mais avec nos petits cheveux courts – puisque, c’est officiel, depuis ce week-end, j’ai vraiment changé de tête -, je trouve que lui et moi, on se ressemble carrément.
Et je nous trouve plutôt beaux tous les deux.
C’est ça : je le contemple. Comme quand il était petit et que je pouvais le regarder dormir pendant des heures.
Il attaque le tube de gel.
Je suis fascinée par ces traits qui viennent pour moitié de moi. Le grain de sa peau que l’adolescence n’a pas encore marquée.
Il aplatit rageusement, s’en prend au peigne.
- Mais c’est pas possible…
Cherche le coupable. Le responsable.
- Qui c’est…
Me jette un regard noir. Ses cils n’ont pas besoin de rimmel.
- … qui…
En veut à la terre entière.
-… m’a fait des cheveux pareils ?
Mais surtout... en veut à sa mère évidemment !

lundi 14 octobre 2013

Mon frigo

Quand je serai riche, je rachèterai un frigo.

C'est ce que je me dis ce soir. Tout ce qu'il contenait - et ça en fait parce que c'est une semaine paire, que les enfants sont là et que les enfants ça mange... beaucoup plus que moi quand je suis seule -, donc tout ce qu'il contenait gît sur la table de la cuisine. Pour la xième fois depuis x temps, Monsieur dégivre. Monsieur a froid, Monsieur pleure, Monsieur a ses humeurs. Et ça a le chic pour m'agacer.
Encore une soirée de foutu... Le temps que la banquise se décroche (malgré la technique accéléré du réchauffement climatique à coup de bouilloire ... merci maman), que le grand nettoyage soit terminé, je rêve du jour où, sans états d'âme, je me paierai un réfrigérateur tout beau tout neuf, avec marqué dessus en lettres d'or "dégivrage automatique" ou un truc dans le genre garanti par le constructeur.
Pour l'heure ? J'entends le rythme de la goutte d'eau qui s'accélère. Le déluge qui menace ma cuisine d'inondation. La dérive des continents. 

Je retourne à mon éponge et à ma serpillère.


dimanche 13 octobre 2013

Amoureuse (suite)


Ce matin, il fait froid et je grelotte. 

Je sors de mon placard une petite veste grise. Tiens je l’avais oubliée celle-là. Je l’avais achetée pendant les soldes à la fin de l’hiver dernier.
J’ai à peine eu le temps de la porter. Le printemps est arrivé et la penderie l'a absorbée...  
Je l’enfile : elle me plaît toujours autant avec sa coupe un peu cintrée, son grand capuchon qui s'évase sur les épaules à la manière d'un col châle. 
Tout à coup cela me revient et je pense à voix haute :
- Tu sais, c'est celle que je portais à notre premier rendez-vous...
J'aime ce souvenir, il me paraît à la fois proche et lointain : deux saisons ont passé depuis. 
Je compte sur mes doigts : sept mois déjà. 
- Tu l'avais trouvée bien jolie... 
Je pense à ce temps qui s'écoule, l'automne qui s'installe, l'hiver ensuite. Et au printemps prochain, nous aurons une année à nous deux. 

J'enfile la petite veste grise et j'ai beaucoup moins froid. 

jeudi 10 octobre 2013

Sale époque

Peu importe l'endroit, maintenant ça se passe comme ça... 

Je ne sais pas trop pourquoi tout à l'heure, je pousse la porte de son bureau vitré. Peut-être parce qu'il y a dix jours, on avait discuté tous les deux des rumeurs de plan social, des bruits qui, au fur et à mesure qu'ils couraient dans les couloirs, gonflaient plus vite que leur ombre... 
Bref je passe ma tête d'idiote et je lui dis 
- Salut, tu vas bien ?
Il me regarde un peu ... surpris? Non, désarmé plutôt. Il a toujours cet air touchant de grand gamin dégingandé qui ne l'a pas quitté depuis son arrivée dans la boîte, cette naïveté qui fait que je l'aime bien. 
- Beh, en fait, je pars demain... 
Vraiment idiote,  je réponds : 
- Tu plaisantes ? 
Il fouille dans la tonne de papier qui encombre son bureau et exhume un courrier à en-tête tout ce qu'il y a de plus sérieux. 
- J'ai eu ma lettre aujourd'hui et on m'a demandé de partir... demain. 
Tout à coup je vois les piles de dossiers autour, le désordre du placard ouvert derrière. 
- Sans préavis ?
- Je dois tout mettre en ordre avant ... demain. 
Je suis scotchée. Je cherche les mots, les bons mots, la phrase qui... Qu'est-ce que je peux lui dire ? Alors je prends un post-it et j'écris mon numéro de téléphone. 
- Au cas où... Ne reste pas seul surtout... 
J'ai peur pour lui. 
- Ne t'inquiète pas, j'ai un super ami, il s'appelle pole emploi... 
Son rire sonne faux. Un ricanement cynique qui ne lui ressemble pas. 
- Et puis j'ai commandé des chouquettes pour demain... X offre le champagne.... 
Totalement idiote, je dis :
- Le champagne ? Tu plaisantes ? 
Il me regarde interloqué : de lui ou moi, lequel est le plus naïf ? 
- Oui je plaisante. On n'offre pas le champagne à quelqu'un que l'on licencie.
Bafouille un truc. Je me sens toute petite. 
- Par contre les chouquettes, c'est vrai... 
Avoir pensé aux chouquettes... Il me tue !
Je sens qu'il a autre chose à dire. Je cherche un truc moi aussi. Mais il va plus vite que moi. 
- Tu sais, je ne pensais pas être le premier sur la liste...

Ce ton qu'il emploie : en quelques heures, il a vraiment grandi. 



mardi 8 octobre 2013

Quoi ma gueule...


Histoire de citer l'un de nos grands poètes contemporains...

C'est vrai, qu'est-ce qu'elle a ma gueule ?
Je ne sais pas pourquoi mais depuis quelque temps, elle ne me revient pas. 
Pourtant je ne dors pas trop mal même si chez moi sommeil rime toujours avec pas assez. 
Je mange plutôt sain, des légumes, des fruits (du raisin, une p'tite poire...) tous les jours, pas trop de matières grasses ou sucrées. 
Je bois avec modération : zéro en semaine, un peu le week-end et que du bon, jamais de piquette.  
La cigarette : zéro. 
Bon, c'est vrai je n'ai pas trop de temps pour faire du sport mais je marche dès que je peux, je crapahute dans les bois et j'ai inscrit au tableau des résolutions "reprendre la piscine la semaine prochaine".  
Et comme mieux vaut prévenir que guérir, j'ai entamé ma traditionnelle cure de Bion 3 - 7 minéraux, 12 vitamines et 3 probiotiques -, "activateur de santé", c'est marqué sur la boîte. 
Et puis la pharmacienne m'a gentiment dotée d'échantillons pleins de promesses, l'effet lift jeunesse, qui comble, lisse et repulpe. Le défi cosmétique contre l'usure du temps... 
Le moral alors ? Dépression saisonnière, déprime automnale, blues de la betterave (sic) ? Même pas mal : le moral, il va très bien madame la marquise

Que se passe-t-il alors ?  
Et bien je ne sais pas. Ou plutôt si. En fait il me prend comme une envie. Tenace. Insistante. Obsédante. 
Une nouvelle paire de bottes. Même pas. 
Un nouveau cadre de vie. Non plus.
Non, non, non. Cette fois,  c'est différent.  

Changer de tête tout simplement. 



vendredi 4 octobre 2013

Là tout de suite maintenant

Ce que j'aimerais être là tout de suite...

Musicienne. Ou plutôt pianiste parce que c'est beau un piano et que la musique adoucit les mœurs. Médecin. C'est pas mal médecin. Je rencontrerais du monde et j'aime ça, même si ce monde est malade. Professeur de maths, histoire de comprendre pourquoi deux droites parallèles ne se croiseront jamais. Dentiste pour connaître le plaisir de voir des personnes bouche bée quand je parle. Navigatrice pour avoir le droit d'agiter une bouteille de champagne avant de la déboucher. Cosmonaute pour observer la terre de beaucoup plus loin. Mère maquerelle pour voir ce que ça fait. Académicienne pour siéger en habit vert et écrire le dictionnaire. Belle des champs pour baguenauder en chantant au milieu des prairies. Moniteur d'auto-école pour apprendre aux gens à bien se conduire ou chef de chantier pour les maçons du cœur... 

N'importe quoi... mais tout plutôt que là maintenant !