jeudi 27 février 2014

Mon cher blog


Le temps me manque en ce moment pour prendre soin de toi, mon cher blog. Je te délaisse un peu. Beaucoup. A la folie.
Je te délaisse pour une autre bonne cause, une vie trépidante, un afflux de circonstances atténuantes et exténuantes.
Ne m'en veux pas, prends soin de toi, ne m'oublie pas.
Garde pour moi ces précieux lecteurs que tu captes parfois et offre leur de ma part ces deux vers d'Eluard que j'aime particulièrement.

 "Voici le jour en trop, le temps déborde… " 


mardi 25 février 2014

Le plus beau jour de ma vie

J'écoute l'interview d'une jeune snowboardeuse qui vient de remporter une médaille olympique…

Elle a peut-être 19 ans, 20 maximum, les joues rouges, le nez en trompette et de la buée qui s'échappe de sa bouche quand elle prononce cette phrase.
- Oui c'est vraiment le plus beau jour de ma vie…
Je la regarde : elle a l'air d'y croire, encore naïve, heureuse de ce qui lui arrive, de cette récompense qu'elle a gagnée parce qu'elle a bien travaillé et qui fait que pour elle, ce jour-là, sera le plus beau de sa vie.
J'ai envie de lui dire
- Tu en connaîtras d'autres des jours qui seront, chacun à leur manière, le plus beau de ta vie…
- Oui mais là c'est vraiment le plus beau…
- Le jour où j'ai appris que j'attendais mon premier enfant, j'ai pensé que jamais je ne connaîtrais plus beau que ce jour-là…
- Oui mais là c'est une telle consécration…
- Et puis est venu le jour de sa naissance : c'était indéniablement le plus beau jour de ma vie…
- On n'imagine pas le chemin parcouru pour monter sur ce podium.
 - J'avais 34 ans et j'en étais venue à penser que je n'aurais jamais d'enfant ! Ma mère avait pris du Dystilben pendant qu'elle m'attendait…
- Il m'en a fallu des heures, des jours, des mois d'entraînement pour arriver à Sotchi.
- Jusqu'au bout je n'y croyais pas : j'avais redouté la grossesse extra-utérine…
- Des moments de découragement j'en ai eus !
- … la peur de la fausse-couche…
-… les nuits blanches à refaire le parcours, la trouille au ventre…
- Et enfin on me posait mon enfant sur le ventre !
- Le top départ que j'entendais dans ma tête…
- Il était là !
- Et puis la course qui démarre parfaitement et s'enchaîne sans chute...
- Tu n'imagines pas la joie, les larmes de joie…
- … la fierté, les larmes de fierté…
- … Ce premier cri qu'on ne pourra jamais oublier.
- L'annonce des résultats : deuxième temps, deuxième temps … la médaille d'argent. Jamais je n'aurais cru…
- Et la petite phrase : mais c'est un beau garçon !
- Non vraiment, je t'assure, c'est le plus beau jour de ma vie...
- Tu crois vraiment ? Parce que moi, trois ans après…
- Qu'est-ce que je peux avoir de plus ?
- … un cri si semblable à l'autre et pourtant tellement différent…
- Je suis au top pourtant !
- Et la petite phrase pas tout à fait la même mais presque…
- Je pourrais faire mieux, tu crois ?
- Voilà une petite fille !
- Tu as raison : je dois viser l'or…

Comme si la vie recommençait à chacun de ses plus beaux jours.

vendredi 21 février 2014

My guest star du soir

Eh toi ! Mardi je t'ai interpellé et je t'ai proposé ma page blanche… 
Elle est à toi ce soir. 
Guest star du soir Scénario Anticrise…  mon amie Jack

J’ai aimé, j’ai pas aimé, j’aime


Voilà, c’est fini.
Ce matin, je n’avais pas envie d’y aller, je suis même arrivée en retard...
J’avais du mal avec les « jamais plus ce sourire, ces confidences, ces rires, jamais plus cette sale tronche, jamais plus ce parking pourri où on se tord les chevilles, ma bonne vieille chaise, mon vieux Mac, les levers et couchers de soleil évasion » (j’avais une des meilleures places, avec vue et près du radiateur !).
Puis sont venues les premières émotions, les premières larmes... avec des regards qui se croisent, complices, émus, des mots qui font du bien, des sourires, des silences.
J’ai aimé.
Et il y a eu ce pot dans l’atelier tout près du mien, offert par celle qui comme moi s’en allait et qui ne m’avait pas conviée. Ne voulant rester seule, je me suis mise en retrait mais du coup à l’entrée... et donc en tête pour affronter l’arrivée de la direction : les quatre M, ils sont passés devant moi : une rapide poignée de main, pas un regard, pas un mot, leur but c’était « l’autre », félicitations, rires, le pack retraite quoi ! que pour elle !
J’ai pas aimé.

Je me suis sentie seule mais à ma place. J’ai toujours refusé la panoplie du bon petit soldat indispensable pour être considéré dans cette entreprise. Je venais d’avoir 20 ans quand j’y suis entrée, rebelle, idéaliste... Avec la maturité, j’ai fait le choix de l’indifférence, j’ai respecté le contrat de travail avec compétence et honnêteté. On ne me reproche rien, si ce n’est cette certaine « impertinence » !

Quelques jours avant, j’étais allée saluer le boss dans son bureau, en y allant je pensais : « Aller, sans rancune, 40 ans de vie commune c’est pas rien ! On a bien fait notre boulot toi et moi, chacun avec ses convictions ! »... Et là accueil banal et glacial, 5 secondes et hop ! soldées ces 40 années !
J’avais pas aimé.
… les levers et couchers de soleil évasion… j'avais une des
meilleures places, avec vue et près du radiateur !

Moi aussi j’ai invité tous ceux à qui cela fait plaisir, à me dire au-revoir, mais chez moi, à deux pas du boulot.
Je n’ai jamais pu faire partie de ce monde de faux semblants, je l’assume. Mon monde à moi, ceux qui m’apprécient le connaisse et le partage, il est loin de ces pouvoirs qui font des nœuds au ventre, qui humilient.
Je quitte sans regrets ce monde d’impression et de mots sous emprise, pour un autre d’impression et de mots libres !
L’essentiel je l’ai.
Et là...
J’aime !

mardi 18 février 2014

Eh toi… !

Oui toi ! j'aimerais que tu me dises…

J'aimerais que tu racontes à quoi tu penses, à quoi tu rêves, ce que tu imagines.
J'aimerais que tu décrives.
Ou plutôt que tu écrives, ici, sur cette page blanche que je t'offre, ce que ça te fait de partir, de quitter le boulot. De dire adieu à l'entreprise.

Oui toi, ma copine de taff, ma camarade de labeur, mon alter ego de galère, ma confidente de couloir, ma sœur de machine à café, mon repère, ma bouée, mon phare, mon sourire quotidien, ma pause clin d'œil, mon réconfort des coups durs, ma compagne d'infortune dans cette boîte de m…, ma complice,  et j'en oublie, ma douce amie.

Oui, toi, raconte-moi comment c'est en toi, à la veille du grand saut.

Prends cette page, elle est à toi.

dimanche 16 février 2014

Putain !

C'est sorti tout seul et je n'ai pas envie de m'excuser.

Rester polie ? Non, franchement, il y a des circonstances où… Je sors de ma douche et je viens justement de me demander comment je pourrais faire pour savoir.
Depuis vendredi, je lutte contre moi-même :
- Si les nouvelles étaient bonnes, elle m'aurait envoyé un message !
- Si elle n'envoie pas de message, c'est que les nouvelles ne sont pas bonnes.
Arithmétiquement il y a une chance sur deux : c'est bon ou ce n'est pas bon.
Mais là, on est dimanche, et je n'ai rien reçu.
- Remarque, elle peut aussi ne pas avoir eu de nouvelles du tout…
Si, moi, j'envoie le message, c'est quitte ou double : si les nouvelles ne sont pas bonnes, je passe pour la lourdingue de service qui va enfoncer le clou.
Qu'est-ce que je peux faire pour ne pas l'enquiquiner et lui montrer en même temps que je suis là ? C'est à ça que je pense alors que je suis en train de me sécher. Et je n'ai pas la réponse.
M… je tourne en rond !
- Peut-être que je pourrais appeler machine, elle a peut-être eu des nouvelles, elle ?
Je viens d'enfiler mon T-shirt et mon jean, il fait un grand soleil dehors, enfin ! Comme un petit air de printemps qui ferait du bien au moral.
- Non, ça ne sert à rien, elle n'était même pas au courant l'autre jour qu'elle refaisait son bilan cette semaine…
- Alors, je l'appelle directement ?
C'est sans doute la meilleure solution. Allez, je l'appelle. Où est mon téléphone ?
- Tiens j'ai deux messages : sans doute les enfants, le petit message du dimanche matin, "maman tu vas bien. Tu fais quoi? Bisous"
Mais non, c'est elle. J'ai le cœur qui bat. Deux messages ?
"on est dimanche et je bosse mais le soleil est là. Alors j'ai le pas et le cœur légers parce que vendredi j'ai vu mon oncologue et que… "
Putain ! ce n'est pas possible…
" Il m'a annoncé que mes deux cancers étaient guéris à cent pour cent ! Vive la vie ! Vive les amies ! Mille bisous" 
Putain !

Putain ! Elle me fait pleurer en plus.

vendredi 14 février 2014

Amoureuse (toujours)



Je rentre chez moi et je me dis qu'avant je me raillais de la Saint-Valentin. 

- C'est nul comme fête…
- Comme si on devait être amoureux une fois l'an !
- Franchement, ça craint : aller au restaurant juste ce jour-là…
- Et les roses rouges… c'est tous les jours qu'il faut en offrir quand on aime !
- Pffff… du marketing tout simplement !
- C'est comme la fête des grands-mères, ça fait vivre les fleuristes!
- N'importe quoi : quand on aime, on n'attend pas le 14 du mois pour le dire…
- Et bien elle doit être triste leur vie !
- Je suis au-dessus de tout ça !
- Les petits cupidons qui soufflent de leur petites joues rebondies des petits nuages sucrés…
- Ridicule ! c'est ridicule !
- Pas de cadeau ce jour-là, surtout pas !
- … des fleurs encore moins…
- Jamais je ne sortirai un soir de Saint-Valentin : hors de question !
- C'est vrai que quand on aime, on ne compte pas…
- Comme si c'était une affaire de calendrier ou une histoire de date de péremption…
- Une attention dans l'année, ça fait radin en plus !
- … pire de limite de consommation…
- Non, non, non : moi je ne mange pas de ce pain là ! Je laisse ça aux autres, à ceux qui …

J'ouvre la porte et je les vois. Une brassée de roses mauves et orangées, déposée sur ma table. Des couleurs rares. Je te reconnais bien là.

C'était avant tout ça.

mercredi 12 février 2014

Petite fille

Elle a l'air tellement désarmé.

Je ne l'ai jamais vue comme ça.
Elle semble tellement forte habituellement. Une sorte de roc que rien ne peut ébranler. Indéboulonnable. Elle résiste à tout. On a envie de s'accrocher à elle tellement elle rassure.
Mais là, elle se tient mal, les pieds un peu en dedans. Elle a passé la porte et quand elle a vu, elle a reculé de trois pas : elle voudrait s'enfuir que ça n'étonnerait personne.
Elle, toujours si droite, presque altière, arrogante pour certains, elle essaye de cacher son visage, comme si elle voulait rentrer sa tête entre ses épaules, disparaître.
Sa bouche s'est comme affaissée : elle ressemble à un smiley inversé, les coins recourbés vers le bas. Elle a la moue chagrine d'une petite fille triste. Une petite fille que l'on a envie de prendre dans ses bras en lui disant que tout va bien aller maintenant.
Elle est là, elle nous regarde et ses larmes coulent. Elle ne comprend pas, elle ne veut pas. Elle voudrait être partout sauf là.
Nous la regardons un peu navrés, nous sommes venus en cachette la surprendre pour son anniversaire. Elle ne nous attendait pas aujourd'hui. Nous n'étions pas prévisibles.
L'émotion la submerge. L'envahit. La transforme. La métamorphose.

Elle est là, petite fille, comme toi, comme moi, comme nous, comme tous.
Semblable.


lundi 10 février 2014

Travailler plus

Je lutte pour résister et pourtant je n’y coupe pas : je m’effondre en larmes devant la fille des RH (ressources humaines en bon français).

Cela fait un quart d’heure qu’elle m’explique un truc que je ne parviens pas à comprendre. La seule chose que je vois c’est que ma feuille de paie du mois de janvier vient de faire un bond en arrière qui me semble vertigineux.
- J’ai une perte de salaire de plus de 150 € …
Elle me regarde de ses yeux ronds et me répond d’une voix anormalement douce compte tenu de la situation :
- C’est normal…
Je tressaille, un peu comme une jument qu’un taon vient de piquer.
- Non ce n’est pas normal : je suis dans cette boîte depuis bientôt 9 ans (en août prochain…) et je n’ai jamais gagné aussi peu…
Ma voix a une intonation que je n’aime pas : je continue ainsi, je vais bientôt hennir.
Elle poursuit sur un ton presque monocorde.
- Si c’est normal : tu es à 80 %, nos comptes ont été arrêtés au 26 novembre, ce qui fait 5 mercredis où tu n’as pas travaillé…
Je dois avouer que, là à ce moment précis, je n’y vois pas clair, comme si j’avais des œillères.
- Non, ce n’est pas normal…
- …en plus tu cumules… Tu as pris des congés…
- … non, ce n’est pas normal : je gagne moins qu’en août 2011 où j’avais pris aussi des congés… Et puis c’est normal de prendre des congés…
- … mais toi tu es à temps partiel et tes congés sont dévalorisés…
- Comment ça dévalorisés ?
Je rue dans les brancards.
- … beh tu as le même nombre de jours de congés que les autres mais ils te sont payés moins cher parce que tu es à temps partiel…
Je commence à piaffer. Elle est en train de me prendre pour un âne bâté ou quoi ?
- ... en gros, tu me dis que si j’étais à temps complet, je gagnerai plus…
- … beh oui… c’est ça. Surtout…
Je sens qu’elle va éperonner.
- … surtout qu’en plus tu fais des heures supplémentaires, ce que tu n’as absolument pas le droit de faire…
Là je ne piaffe plus, je ne rue plus…
- Franchement tu devrais demander à être à temps complet… Ce serait beaucoup plus simple pour nous ! Parce que si on a un contrôle, tu te rends compte…
L’obstacle est insurmontable : je le refuse, je freine des quatre fers et je m’effondre, en larmes, devant elle.
Elle semble interloquée.
- Je comprends… tu sais… mais…
- … Non tu ne comprends pas !

Cela doit faire quatre ans que je demande régulièrement à passer à temps complet.

jeudi 6 février 2014

Sensation fugace

Parfois j'ai peur.

Peur du temps qui passe de façon irréversible.
De perdre la saveur d'un moment intense.
De sentir la peau qui se relâche un peu.
D'oublier l'ivresse d'un éclat de rire.
Peur du temps qui s'accélère.
De perdre mes enfants qui grandissent trop vite.
De voir la vie tourner comme une toupie.
De ne plus être celle que j'ai pu être.
De ne pas connaître celle que je vais devenir.

Sensation fugace évanouie de suite.
La vie reprend son fil.



mardi 4 février 2014

Le bon mot

Midi trente, aujourd'hui, dans le couloir de ma petite entreprise…

Je pars déjeuner.
C'est un rituel. Depuis que j'ai décidé d'arrêter de déjeuner à la cantine pour des raisons diététiques d'une part - trop de farces suspectes dans les paupiettes et autres boulettes -, et économiques d'autre part - le prix d'un repas augmentant de façon inversement proportionnelle à sa qualité -, je me promène dans les couloirs de l'usine avec mon petit sac rose fluo, isotherme et fort pratique de surcroît pour y faire tenir les différentes boîtes en plastique (relire pour le plaisir mon post du mardi 28 janvier, intitulé fort à propos "Mise en boîtes") contenant ma pitance.
Je fais rire ma patronne persuadée qu'il s'agit d'un "vanity case" et doit penser que je vais me remaquiller tous les jours à heure fixe, en fin de matinée.
Je fais rire l'un de mes bons amis qui entonne  "You're a Barbie Girl" quand il me voit passer.
Je me fais rire moi-même même si je ne peux que reconnaître que ce petit sac est des plus pratiques.

Donc aujourd'hui, midi trente, je remonte le couloir.

Elle est grande, élégante, toujours perchée sur des talons hauts qui lui font la démarche chaloupée. Elle a le pas énergique et le sourire plein de longues dents très blanches de la femme qui a réussi.
Elle est accompagnée d'un jeune loup qui a le pas énergique et le sourire plein de longues dents très blanches de l'homme qui veut réussir.
Ils avancent, devisant d'une voix sonore qui se remarque forcément puisqu'ils (v)ont réussi(r).
Moi je leur fais face, une grande fille toute simple qui porte à bout de bras un petit sac rose fluo.

Voilà le moment fatidique du croisement.
Elle me tend une main qui, comme à son habitude, s'avère être toute molle, en me gratifiant de son sourire plein de longues dents pas si blanches quand elles sont vues de près.
- Bonjour… comment ça va ?
Je n'ai pas le temps de répondre que déjà elle enchaîne, pointant du doigt mon petit sac rose fluo...
- C'est ton... doggy bag ?  …
Elle semble très satisfaite de son bon mot tandis que le jeune loup souffle bruyamment.
- … doggy… bag…. !
Il hoquète dans ses grandes dents encore très blanches.
- Tu dois confondre : le mot exact est lunch box
(avec l'accent s'il vous plaît)
LE SILENCE SE FAIT. Ils me regardent, le sourire figé sur les lèvres pincées.
- ou lunch case éventuellement…
Mon sourire est tout simple.
Et je passe mon chemin. Ma démarche est chaloupée, mon pas énergique. J'ai faim.

Indéniablement mon petit sac rose fluo et moi, on a vraiment fière allure.
Mon petit sac rose fluo, objet de toutes les convoitises...

lundi 3 février 2014

Genre

Alors que le débat sur la théorie du genre fait rage…

Je me demande ce qui, en vrai, différencie le cerveau d’une femme de celui d’un homme ?

Y a-t-il des aptitudes féminines ? L’homme est-il plus intelligent que la femme ? Pourquoi les femmes sont-elles moins bien payées que les hommes ? 
Est-ce qu’il y aura un jour des hommes enceints ? Pourquoi dit-on toujours qu’une femme peut faire deux choses en même temps ? 
Pourquoi est-il si compliqué de parler d’une écrivaine alors qu’on parle sans problème d’une souveraine ? Quels sont les équivalents féminins d’un laveur de carreaux, d’un grand chef ou d’un grand couturier ? 
Pourquoi un garçon ça ne doit pas pleurer ? Le rose est-il une couleur de fille ? 
Pourquoi une femme porte des talons et un homme des talonnettes ? 
Pourquoi les hommes disent-ils qu'ils aiment les rondeurs mais fantasment toujours sur les mannequins ? Qu’est-ce qu’on mange ce soir ? Pourquoi la centrale vapeur tombe-t-elle en panne alors que justement le panier de repassage est sur le point de déborder ? 
Comment peut-on rester trois heures devant de la Formule 1? Etc. 
Et ça peut continuer ainsi à l’infini.

Tout est dit dans la forme de ces phrases où le verbe et son sujet ne sont pas à leur place habituelle, avec à la fin, un point d’interrogation.

On est dans le registre de la question.

Alors qu’est-ce qui, en vrai, différencie le cerveau d’une femme de celui d’un homme ?
Un homme ça ne se pose pas ce genre de question, un homme ça ne se pose pas de question du tout. D’ailleurs il suffit de poser une de ces questions à un homme pour qu’il réponde :
- Mais cesse donc de te poser des questions…

dimanche 2 février 2014

Humanité

1er février 1954, Radio Luxembourg


"Mes amis, au secours... Une femme vient de mourir gelée, cette nuit à trois heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel, avant hier, on l'avait expulsée... Chaque nuit, ils sont plus de deux mille recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain, plus d'un presque nu. Devant l'horreur, les cités d'urgence, ce n'est même plus assez urgent !

Écoutez-moi : en trois heures, deux premiers centres de dépannage viennent de se créer : l'un sous la tente au pied du Panthéon, rue de la Montagne Sainte Geneviève ; l'autre à Courbevoie. Ils regorgent déjà, il faut en ouvrir partout. Il faut que ce soir même, dans toutes les villes de France, dans chaque quartier de Paris, des pancartes s'accrochent sous une lumière dans la nuit, à la porte de lieux où il y ait couvertures, paille, soupe, et où l'on lise sous ce titre « centre fraternel de dépannage », ces simples mots : « Toi qui souffres, qui que tu sois, entre, dors, mange, reprend espoir, ici on t'aime »

La météo annonce un mois de gelées terribles. Tant que dure l'hiver, que ces centres subsistent, devant leurs frères mourant de misère, une seule opinion doit exister entre hommes : la volonté de rendre impossible que cela dure. Je vous prie, aimons-nous assez tout de suite pour faire cela. Que tant de douleur nous ait rendu cette chose merveilleuse : l'âme commune de la France. Merci ! Chacun de nous peut venir en aide aux « sans abri ». Il nous faut pour ce soir, et au plus tard pour demain : cinq mille couvertures, trois cents grandes tentes américaines, deux cents poêles catalytiques

Déposez-les vite à l'hôtel Rochester, 92, rue de la Boétie. Rendez-vous des volontaires et des camions pour le ramassage, ce soir à 23 heures, devant la tente de la montagne Sainte Geneviève. Grâce à vous, aucun homme, aucun gosse ne couchera ce soir sur l'asphalte ou sur les quais de Paris.

Merci !"

Appel de l'abbé Pierre