lundi 7 novembre 2016

Vendu


On peut tout vendre, une voiture avec des poils de chien blanc, une bouilloire électrique avec un peu de tartre au fond, une paire de chaussures qu'on a portée très souvent, une clarinette avec laquelle on a joué un air qui fait pleurer, un dvd qu'on a regardé 10 000 fois, une table où on a dîné tous les soirs, un gâteau qu'on a préparé avec amour. Tout se vend ou presque.
Mes amis ont vendu leur maison, cette maison où ils ont vécu près de 30 ans ans, où ils ont élevé leurs filles. Elle est partie en moins de deux mois, et finalement cela ne m'étonne pas. Hormis qu'elle soit située près de la gare, cette maison leur ressemble, fonctionnelle, structurée, carrée et rassurante avec tout de même un joli brin de fantaisie.
Quand ils m'ont annoncé qu'ils avaient signé le compromis de vente, je n'ai pas vraiment pris la mesure de cette nouvelle. J'en ai été heureuse parce que je savais l'importance que cette opération immobilière revêtait pour eux. Moi la reine de l'improvisation, je suis toujours bluffée par leur organisation qu'il s'agisse de voyage ou de projet d'avenir.
Et puis le compte à rebours a commencé, et avec lui les placards que l'on vide, les cartons que l'on remplit de souvenirs, les tas pour la décheterie qui encombrent la terrasse, autant de petits signaux que j'ai préféré ignorer.
La suite est inéluctable : les pièces où le froid s'insinue malgré les radiateurs, l'écho des voix qui se cogne aux murs nus, les petits défauts sur les carrelages que l'on n'avait jamais remarqués.
La maison vide.
Pourquoi est-ce que j'écris tout ça ? 
Je sais qu'ils vont construire une autre maison ailleurs. Que j'y serai toujours la bienvenue. Que les portes m'en seront grandes ouvertes. Ils ne changeront pas, ils sont comme ça. Ils sont comme moi.
Mais cette maison qu'ils ont vendue était, d'une certaine façon, un peu la mienne. J'y venais tous les jours réchauffer ma gamelle, mon cœur aussi parfois quand le boulot ou la vie m'égratignait. Je sonnais à la porte, j'entrais sans attendre qu'on m'y invite et je prenais naturellement place à leur table. Ma place. Je connais par cœur le fonctionnement du micro-onde caché derrière une petite porte de bois peinte en vert.
Dans cette cuisine, nous avons refait le monde avec enthousiasme, partagé nos espoirs et nos désespoirs.
Sur la terrasse, nous avons parlé de tout, de rien, de nous, des autres, de nos enfants, d'une petite-fille qui venait de naître, de cinéma souvent, d'amour, de politique, de littérature, de cuisine et d'environnement.
Nous sommes empoignés parfois. Nous nous sommes disputés aussi mais nous nous sommes toujours dit la vérité.
Je n'étais là que pour une heure, il fallait déjà repartir, se dire à demain. Ou alors à lundi. Ah non on n'est pas là. Ce n'était jamais grave. On se verrait après-demain.
Si l'on additionne ces petites heures passées ensemble, au bout du compte ça doit faire un sacré paquet.
Un sacré paquet d'amitié.

On peut tout vendre ou presque. Pour moi, cette maison c'était plus que des murs, une table et un micro-onde. C'était vous, mes amis, Jack et Philippe.
Qu'est-ce que vous allez me manquer.

lundi 17 octobre 2016

Je t’embrasse. A bientôt


Souvent on croit que l'on aura le temps de faire certaines choses demain, de voir telle ou telle personne plus tard, une autre fois, à un autre moment parce que, là justement, on n’a pas le temps.

On a tort.

Parce que parfois il arrive qu'il soit trop tard. Parce que c’était hier que l'on aurait dû faire ce qu'on avait à faire. Parce qu’avant-hier il était encore temps. Et que là tout de suite maintenant aujourd’hui demain ou après-demain c’est fini, terminé et qu’on ne reviendra pas en arrière, avant. Et qu'il est trop tard.

J’écris ces mots pour toi, Marie, en pensant à toi. J’aurais tellement aimé te les dire. Mais je n’ai pas eu le temps. Je n’ai pas pris le temps.

La semaine dernière, je t’avais envoyé un petit message. « Est-ce que je peux venir te voir samedi, je serai chez maman à Taverny pour le week-end ». J’ai gardé ta réponse « Viens en début d’après-midi, après j'ai déjà du monde… »

Tu étais sortie de l’hôpital deux jours plus tôt et tu n’étais guère vaillante mais tu m'écrivais « je suis rentrée à la maison. Ouf ! »

Tu avais dit « début d’après-midi », je suis arrivée en fin. Ou plutôt, sans mauvais jeu de mots, « enfin » parce qu’il y avait un énorme bouchon sur la route, un truc pénible, imprévisible qui énerve et fatigue. C’est ce que je me suis dit en descendant de voiture. Je me suis sentie un peu fatiguée, toi tu attendais du monde, j’allais passer en coup de vent. C’était idiot, je pouvais peut-être te voir le lendemain si je parvenais à trouver un petit moment.

Demain c’était hier et, si tu savais, la journée a passé tellement vite, une belle réunion de famille dans le jardin ensoleillé, les cousins heureux de se retrouver, leurs éclats de rire et les premiers pas d’une petite nièce si jolie. Après il fallait rentrer, retrouver les bouchons, les enfants qui se levaient tôt lundi matin, le sac d’internat qui n’était pas fait. Alors j’ai pensé que je te verrais tranquillement aux vacances puisque j’allais revenir voir maman.

Je n’ai pas pensé plus loin que le bout de mon nez. Plus loin que cette journée. J’ai juste pensé que j’avais le temps. Je n’ai pas pensé que le tien était compté.

Ce matin, tu as tiré ta révérence, ma petite dame au chapeau, toujours élégante, toujours souriante, toujours si charmante, toi que j’aimais tellement.
Tu as retrouvé ta liberté certainement, plus de tuyau, plus de fil à la patte, plus d'entrave ; enfin je le souhaite. 

Depuis que j'ai appris la nouvelle de ton départ, je n’arrive pas à penser à autre chose qu’à toi, je relis ton message, ces derniers mots que j’ai reçus et qui se termine par un « je t’embrasse à bientôt ». 
Je suis tellement triste de ne pas avoir pris le temps de venir te dire au revoir, alors je t'écris. J'écris ces mots pour toi, Marie, et moi aussi je t'embrasse, mais il est bien tard. 

mercredi 21 septembre 2016

La salope


Je me souviens de toi, papa, avant que cette salope ne t’attrape et te fasse faire n’importe quoi.
Je me souviens des premiers signes qu’on n’avait pas vu venir parce qu’on ne savait pas trop et qu’à l’époque son nom se murmurait encore à voix basse.
Je me souviens de ton âge, si jeune encore*, quand le neurologue de la Pitié Salpêtrière a posé un diagnostic sur ce que nous appelions trous de mémoire et qui nous faisait rire, sourire et, il faut bien le reconnaître, nous agaçait aussi, parfois. Je me souviens du nom de ce docteur que la salope a transformé, maintenant, en grand professeur et qu’on entend palabrer à chaque fois qu’il est question d’elle. Professeur Dubois.
Je me souviens d’une lettre que tu m’avais envoyée et où ton stylo s’était arrêté comme ça au beau milieu d’une phrase. Je me souviens que je n’ai jamais su la suite ni ce que tu avais voulu écrire. 
Je me souviens de ton regard vague d’enfant perdu qui a peur d'avoir mal fait, encore une fois. 
Je me souviens que tu t’égarais tout le temps. 
Je me souviens des sarcasmes de la boulangère parce que, tous les jours, tu oubliais ta monnaie.
Je me souviens d'avoir eu honte de toi. 
Je me souviens que l’on t’avait acheté des chaussures sans lacets parce que c’était plus facile mais surtout parce que tu avais oublié comment les faire. 
Je me souviens du jour où nous t’avions interdit de conduire parce que tu avais pris un rond-point à l'envers. 
Je me souviens d'avoir trouvé interminable ce trajet en voiture où tu me répétais mille fois la même phrase : - au moins on n'est pas embêté par le monde. 
Je me souviens t’avoir vu pleurer. 
Je me souviens que tu ne savais plus trop quel était mon prénom, c’était pourtant toi qui l’avais choisi. 
Je me souviens avoir pleuré. 
Je me souviens avoir eu honte de moi. 
Je me souviens t’avoir nourri à la petite cuillère. La première fois c'était le jour de Noël.
Je me souviens de tes cris de colères et de la claque que tu avais essayé me donner. 
Je me souviens avoir tenu ta main pour traverser la rue. 
Je me souviens t'avoir dit papa je t'aime un jour où tu semblais te demander qui j'étais.
Je me souviens avoir pensé que le jour était arrivé où on allait devoir t’enfermer. 
Je me souviens avoir pensé qu’au bout du compte c’était bien mieux que tu sois mort comme ça, brutalement, un matin. 

Tu vois, je me souviens de tout, papa. Alors si tu me lis quelque part, peux-tu dire à la salope qu’elle ne m’aura pas. 
Je m’accroche à ma mémoire. 

*Je me souviens que tu avais 58 ans. Dans 7 ans, ce sera mon âge.

jeudi 8 septembre 2016

Effet d'annonce


Ce n'est plus un secret pour personne, ou alors de polichinelle : je suis résolue à quitter ma petite entreprise. Le diagnostique vital est engagé.  
Depuis que j'ai pris ma décision, je candidate partout où je peux, ou plutôt je candidate partout où il semble y avoir de la demande.
Donc depuis un certain temps, tous les jours en fait, je veille, je guette. Je suis à l’affût. Je me lève, je me connecte. Avant de me coucher je me reconnecte, on ne sait jamais. 
Ma quête s'appelle l’Annonce, avec un grand L pour sésame et un grand A pour liberté.
Je traque celle qui fera sauter le verrou qui condamne mon placard.

J'ai mes petites habitudes, mes chouchous, mes sites favoris. Identifiant de connexion, mot de passe, que je choisis toujours identiques (éviter le passage par la case « mot de passe oublié »…) Rendez-vous Espace emploi. Critère de recherche. France entière. Le monde même s'il le faut. Ma seule petite concession : je clique sur contrat, les termes stages et alternance ne sont plus de mon âge*. 
Je lance le moteur de recherche. 
Lorsque paraît l'Annonce, mon coeur tressaille. Cela rappelle le loto : 100 % des gagnants ont tenté leur chance... Je lis. Ça bat vite, ça bat fort. Cette fois je vais remporter le gros lot. Je décortique chaque mot. Elle est pour moi. Tout ce qui est décrit, je sais faire, et même plus encore. Le petit plus qui serait un plus (formule magique), je l’ai (trop forte, trop pro). Je vais enfin dévoiler mon meilleur profil. 
Cette Annonce a été rédigée pour moi. Ce poste est à moi. Je suis sauvée. 

Je me jette à corps perdu. Je plonge dans la réponse. Je lâche des mots. Des phrases qui parlent d’expérience, de parcours, d’ambition, de passion. D’espoir aussi mais ce mot je ne l’écris pas.

Je lis, je relis, je corrige. Je relis encore une fois et je corrige une énième fois. Chaque virgule se trouve à sa place. Je fais tout comme c'est écrit. J’inscris l’objet : Réf. AE10283. Réf. PE. 27645. Réf. LC. 58798. Etc. Je pense à l'intitulé. Je n’oublie pas la pièce jointe. CV2016*. Et hop, voilà, j’appuie sur la touche magique. Enter. Et j'entre dans un nouveau monde. Une nouvelle vie s'offre à moi. Enfin c'est ce que je crois.
Envoyé.
Le message disparaît, atomisé dans la stratosphère intersidérale de l'Annonce. Il se passe alors quelques secondes d’éternité avant que je ne lise, bizarrement écrit en lettres vertes (ça porte malheur, non ?) : votre message a bien été envoyé. A qui à quoi où ça ? La plateforme ne le dit pas.
Votre message a bien été envoyé.
Alors je ressens comme un grand vide. Alors je relis l’Annonce. Alors je relis ma lettre. Alors le petit vélo se met en marche qui me dit que je n'aurais pas dû écrire ces mots comme ça, que j'aurais dû formuler autrement, utiliser une autre tournure... 

Le doute s'installe. Et moi j’attends. 

J’attends la réponse. J’attends un appel téléphonique. J’attends un courrier. J’attends un mail. J’attends un spam. Un indésirable.
Mais rien ne vient. Rien ne se passe. Rien.
Personne ne me répond jamais.
Je crois que je n’existe pas.
A moins que, tout simplement, ce soit l'annonce qui n'ait jamais existé !
Ohé du bateau ... y a-t-il quelqu'un.e pour me répondre ? Hé ho je vous parle ! 

* J'ai conçu un CV neutre, c'est-à-dire sans les critères qui fâchent : âge, sexe, adresse, enfants, photo, expériences (parce que si je mets mes expériences on en déduira mon âge). C'est un CV blanc comme neige, très pur, très dépouillé. Le CV de la zénitude.  

PS. Si par le plus grand des hasards, vous me lisez et que vous appartenez à la caste des rédacteurs de ces Annonces tant convoitées par de pauvres hères en quête de chimères, pourriez-vous avoir la gentillesse, ou plutôt la politesse, de répondre, même par une formule passe-partout, à ces Don Quichotte de la recherche d'emploi... 

lundi 29 août 2016

Instantané


Ce soir j'aimerais être plusieurs jours en arrière, me retrouver au moment par exemple où nous avions pris cette photo de ma fille.

J'ai envie de revivre cet instant précis, sentir souffler le vent, entendre la mer gronder et le claquement des vagues lorsqu'elles déferlent sur les rochers, respirer le parfum iodé et fort des embruns et du goémon.

Ce soir j'aimerais être plusieurs années en arrière et être cette jeune fille sur le bord de l'océan.
J'aimerais avoir ses préoccupations, m'inquiéter de la classe où je vais me retrouver, savoir avec quelle copine je partagerai cette nouvelle année.
Ce soir j'aimerais avoir sa jeunesse, sa liberté, ses rêves de 14 ans.

Ce soir, je déteste les lumières rasantes, la nuit qui tombe comme un rideau alors que l'on a envie encore de traîner dehors, la fraîcheur qui s'installe trop tôt.

Je n'aime pas le retour de vacances parce que je sais que l'on ne revient pas en arrière et que ce que l'on a fait il y a une semaine est bel et bien révolu.

Ce soir je n'aime pas me dire qu'un été de plus est passé, que j'en ai déjà vécu 51, et que c'est beaucoup plus que 14.

Ce soir je n'aime pas mon moral, mon impudeur, ces mots qui sortent de moi comme par mégarde et que je ne retiens pas. Pourtant ce soir, je ne me cache pas. Je suis moi à cet instant présent de ma vie.

dimanche 7 août 2016

Lovers


Réminiscence. 
Je suis sur le chemin, dans le parfum entêtant du blé chaud, le soleil sur mon cou comme un baiser mordant et le vent qui m'enlace, qui me prend à bras le corps. 
Tout est calme, et si je me retourne, j'aperçois à l'horizon le ruban d'asphalte, les petites voitures qui y circulent silencieusement.
Je suis au cœur d'une histoire sans paroles.
Un petit papillon tout blanc virevolte, solitaire, dans mon ombre.
J'ai déjà vécu cette scène tant de fois, et pourtant je ne me lasse jamais du ciel uniformément azur, la paille blonde qui ondule à perte de vue, la perfection surtout dont l'été est capable.
J'ai envie de chanter, abandonnée au milieu de cette carte postale, et la mélodie qui me revient est celle, déchirante, de Lovers, cette chanson que j'ai tant aimé chanter.
Ecouter Lovers, de Shigueru Umebayashi, interprété par Kathleen Battle

lundi 4 juillet 2016

Confidence


J'aime qu'en anglais le mot confidence signifie confiance.

Je n'écris plus ici que sporadiquement. Depuis quelque temps j'ai délaissé les lieux pour des destinations différentes.
Le désir que j'ai à écrire s'est déplacé, il s'est éloigné de ces petits billets qui venaient alimenter mon scénario anticrise. Non que je ne n'aime plus mon blog mais j'ai eu envie d'un autre univers.
Je suis partie en voyage.
J'écris de plus en plus, différemment, des nouvelles toujours et souvent, un roman qui s'ébauche au fil des jours.

J'ai connu l'époque où j'étais incapable de me faire lire, tout ce que j'écrivais me semblait bon à jeter. Je me lisais, me relisais, je détruisais.
Un jour, j'ai gagné le prix Gérard de Nerval pour une nouvelle Pierre de lune. C'était en 1992 et lors de la remise du prix, je me souviens qu'Anne Wiazemsky, membre du jury présidé par Irène Frain, était venue me dire qu'elle avait défendu mon texte. Je ne la connaissais pas, je l'ai trouvée gentille de me parler ainsi. Pas un moment je n'ai pensé qu'elle puisse tout simplement être sincère et avoir aimé ce que j'avais écrit...
{Pour l'anecdote, j'ai découvert après qu'elle était la petite-fille de François Mauriac, l'égérie de Jean-Luc Godard. Au moment de notre rencontre, elle n'avait pas encore écrit ses merveilleux Une poignée de gens, Hymnes à l'amour, Mon enfant de Berlin... }
Lorsque je relis ma Pierre de lune aujourd'hui, je n'ai aucune indulgence, je la trouve pleine de défauts et je ne comprends toujours pas qu'elle puisse avoir été distinguée.

J'ai arrêté d'écrire "pour de vrai" pendant de longues années, une sorte d'interruption volontaire d'écriture que je me suis imposée comme une punition,  comme si je me sentais indigne de la reconnaissance qu'on avait pu me porter. Analyse qui vaut ce qu'elle vaut, un peu tordue mais je ne crois pas être si loin de la réalité.
Je me suis réfugiée dans les "je n'ai pas le temps d'écrire", trop occupée à trouver autre chose à faire. Fuite en avant. Plus tard j'ai appris que l'on a toujours le temps d'écrire : malgré des vies débordantes, si on le veut, on le trouve.

Un jour de janvier, je suis revenue à l'écriture avec le scénario anticrise. J'ai envoyé mon premier texte à mes amis par mail. Et de fil en aiguille, d'épisode en épisode, j'ai créé le blog. Le jour où j'ai franchi le pas a été vertigineux, sortir de ma zone de confort, me lancer dans l'inconnu. Sincèrement  tenir ce blog m'a aidée, accompagnée sur le chemin de la rédemption. Etre lue, partagée, commentée (pas assez à mon goût), peu à peu, l'écriture m'est revenue, et avec elle tant de plaisir et d'émotion.

Hier matin j'étais à la librairie de Pithiviers pour signer Court toujours, le recueil de nouvelles édité par les éditions du Vistemboir, où figure Jardin d'hiver, un texte qui m'a valu le statut de lauréate du concours organisé par le Centre régional des Lettres (j'en ai déjà parlé ici). C'était la deuxième fois que je me trouvais à cette place, derrière la petite table sur laquelle figurait une pile de livres (l'an passé j'y présentais ma Pension les Glycines)
L'après-midi, alors que je racontais à mon grand comment s'était déroulée cette signature, qui était venu, ce qui m'avait été dit, il m'a souri (oh que j'aime ce sourire) avant de prononcer sur le ton de la confidence cette simple phrase, presque banale, mais qui, à elle toute seule, constitue un véritable viatique :  - J'ai confiance en toi.

S'il le dit, alors moi aussi je peux lui faire confiance et avoir confiance en moi.

dimanche 22 mai 2016

Déclaration


Combien de temps déjà ? C'est toujours magnifique et magique.
Apercevoir le printemps s'installer et, par la fenêtre, sentir le parfum des roses qui commencent à s'ouvrir. Gratouiller la terre, planter des tomates, avoir les ongles noirs.
Ecouter une abeille butiner. Une mouche bourdonner. Un merle moqueur.
S'élancer sous la pluie. Courir entre les gouttes. Patauger dans les flaques. Ne pas avoir peur de l'orage.
Tendre la main, prendre sa main. Poser ses lèvres sur les siennes.
Lui sourire, le regarder sourire.
Se dire qu'on aime. Se dire qu'on s'aime.
Et vouloir que ça dure, encore, longtemps, toujours.

mardi 17 mai 2016

L'escalier



Je suis en bas de l'escalier.
Cet escalier tordu et moussu, un peu difficile à escalader, guère rassurant mais tellement représentatif de la vie. La mienne en tout cas. Toutes ces marches de guingois comme autant d'étapes à franchir, encore et encore.
Cela ne s'arrête jamais. 
J'ai pris cette photo pendant le week-end que je partageais avec mon amoureux. Tous les deux, ensemble, nous sommes tombés en arrêt devant cet escalier. Un autre que lui n'aurait même pas accordé un coup d'oeil à ce château branlant. Et moi je n'aurais sans doute pas passé ces deux jours avec un autre que lui. Mais ce week-end c'était lui et moi, tous les deux, et nous étions heureux.
Je monte les marches petit à petit. 
Ce soir j'étais à Caen, au Centre régional des Lettres de Basse Normandie, pour recevoir le prix que j'ai gagné en tant que lauréate de son 10e concours de nouvelles.
Je suis heureuse d'avoir gagné parce que j'aime avoir écrit le texte qui a été primé là où je suis souvent insatisfaite de ce que j'écris. Peut-être parce que j'y raconte une histoire d'amour atypique qui ressemble à ce que je peux vivre parfois.
Toute la soirée je me suis sentie fébrile, comme chaque fois dans ce genre d'occasion. Je redoute les honneurs, la mise en avant et tout ce qui va avec, prise de parole en public, photographies...
J'aurais aimé briller. Je me suis juste entendu bafouiller.
La marche est haute pour moi, pénible à franchir. 
Pourtant à un moment, un beau jeune homme avec un drôle de nom - Yo du Milieu - a lu un texte qui commençait  ainsi "Menton, le 14 juillet 1933 - Cher Antonin, J'imagine que la nouvelle a déjà fait le tour de Pontarlier mais je tenais à vous l'annoncer moi-même..." J'ai mis un peu de temps à reconnaître ces phrases que j'avais écrites juste après mon opération. Et puis je me suis laissé porter par mes mots et lorsque que la voix s'est arrêtée, j'ai entendu les applaudissements, et j'ai vu que le regard que certaines personnes posaient sur moi avait changé.
J'y ai lu de la reconnaissance, peut-être de l'admiration, du respect certainement.
Je ferme les yeux et je lâche la rampe.
Si je regarde les photos de la soirée, je me vois rayonnante, radieuse.
Je repense aussi à l'éditeur à qui j'ai proposé d'envoyer un manuscrit. De sa réponse un peu laconique et désabusée "évidemment d'autant plus que vous êtes la lauréate..." De l'éditrice avec qui j'ai longuement échangé. De cette croisée de chemins où je me trouve.
Cet escalier ne me fait pas peur.  Je vais le grimper quatre à quatre. 

mardi 10 mai 2016

Envies


J'ai eu envie d'écrire ici ce soir, et pas ailleurs à un autre moment. 
Il ne s'est rien passé de spécial, rien passé du tout en fait. Je n'ai pas grand-chose à dire, pas grand-chose à faire. Juste un désir comme ça un peu incertain de coller des mots, d'écouter la musique de mes phrases, d'obéir à cette petite voix intérieure qui me susurre "écris, écris".

Juste avant j'avais eu envie de regarder une série à la télévision, allongée sur le canapé, une plaque de chocolat à côté de moi que j'aurais pu terminer si je l'avais voulu. Je ne l'ai pas fait, je me suis contentée de l'histoire facile qui défilait sur le petit écran, attendant que ces images s'arrêtent pour passer à autre chose et remiser la plaque dans sa boîte en fer blanc.

Encore avant, j'avais eu envie de ranger une année entière de vêtements. Comme je n'arrêtais pas de me dire qu'il devait y avoir, caché dans un coin de ma vie, un accélérateur de temps, je l'ai cherché, en vain. J'ai remué l'énorme tas, l'hiver mélangé à l'été, avec entre les deux le printemps et peut-être même l'automne enfoui, enfui.

Bien avant, avant que la pluie ne fasse miroiter la dalle grise en ciment, j'avais eu envie subitement d'un parfum de lilas. Plonger mon nez dans un bouquet violet ou éternuer dans un parfum de glycine. Je suis descendue en bas de ma rue, après le petit square. Caché derrière le mur d'un pavillon banal, j'ai trouvé les fleurs de mon désir, de mon délit. Alors perchée sur la pointe des pieds, je me suis enivrée, seule, loin de tous, jusqu'à en oublier le monde, le ronron des voitures, et peut-être moi-même, qui sait ?

Non vraiment, il ne s'est rien passé de spécial, rien passé du tout en fait. Juste quelques envies communes traversant une vie ordinaire. Et soudain l'une d'entre elles a pris le pas sur les autres, irrésistible, fulgurante : l'envie d'écrire ici ce soir.


mardi 26 avril 2016

Reflet


Elle est comme un reflet de ma vie.  
De l'ombre, de la lumière, à l'envers à l'endroit, on ne sait pas toujours le sens. Du bleu, du gris, des zones très claires, d'autres carrément sombres.
Une belle trouée d'espoir comme le ciel bleu avant l'averse. Et soudain l'horizon qui s'obscurcit, les giboulées qui sèment le froid.
Elle est emplie de mes espérances comme ces branches qui se déploient, ou ce fouillis grouillant de vie enchevêtré au pied des arbres.
Elle a la couleur d'un éclat de rire, à moins que ce ne soit celle des larmes.

Cette photo est comme le reflet de ma vie. Mon reflet à moi aussi.

mercredi 20 avril 2016

Du vent dans les cheveux

Une actualité étrange, des étudiants de Sciences Po Paris qui organisent aujourd'hui un Hijab Day... Du coup, j'ai eu envie de remettre à la une ce billet écrit pour ma fille il y a deux ans déjà. 


Je regarde cette photo de ma fille*.

Je pense à sa liberté d'enfant de 11 ans.
A sa joie de vivre.

Je regarde le vent s'engouffrer dans ses cheveux.
Je sens le plaisir qu'elle y prend.

Je pense à sa liberté.

Je pense à la femme qu'elle va devenir.

Et puis je regarde ces photos de femmes qui défilent sur mon facebook. Ces Iraniennes qui défient le monde en levant leur voile**.

Je pense à ces sourires qu'elles affichent. A ces instantanés de liberté qu'elles volent et qu'elles ont baptisés furtive.

Je regarde cette photo de ma fille et je me dis qu'elle pourrait être l'une d'entre elles.

Je pense à ce qu'elles vont devenir.

Je regarde la vidéo de ces petite Nigérianes kidnappées. Je vois les grandes robes grises et les voiles noires que les hommes leur ont imposés. Leur air résigné.

J'imagine le vent dans leurs cheveux. Le vent de leur liberté.

Je regarde cette photo de ma fille et je me dis qu'elle pourrait être parmi elles.

Alors j'écris ce texte pour elle.
Pour elles.

*reproduite avec son autorisation
** https://www.facebook.com/StealthyFreedom?fref=photo

dimanche 3 avril 2016

Dix au moins


Cette semaine ... 

Au détour d'un tiroir, j'ai retrouvé une photo de mes enfants quand ils étaient petits.
Cette période m'est apparue tellement lointaine, j'ai repensé à l'époque où ce cliché avait été pris lorsque je n'imaginais pas qu'ils allaient un jour devenir grands.
J'ai compté sur mes doigts combien d'années avaient passé. Une deux trois... Dix au moins.
J'ai eu envie de les prendre à bras le corps comme je faisais alors. Les respirer. M'enfouir dans leur parfum de petits. Et aussi, surtout, sentir leur main s'accrocher à moi même quand je les suppliais de me lâcher.

Je suis allée à la librairie et j'ai rencontré un écrivain*. Un vrai qui écrit des livres et qui en vit. J'ai eu envie de lui parler de tous ceux que je rêve d'écrire et que je n'écris pas, de toutes ces histoires que je me raconte dans ma tête et qui n'en sortent jamais. J'ai compté sur mes doigts. Une deux trois... Dix au moins.
Je ne l'ai pas fait. Je me suis sentie un peu bête alors j'ai acheté son livre et je lui ai demandé de me le signer. J'ai attendu de rentrer chez moi pour lire sa dédicace... Il avait écrit :  "histoire (entre autres) d'un garçon qui lit beaucoup et finit par se mettre à écrire"... Je me suis sentie moins bête tout à coup parce qu'un vrai écrivain avait réussi à lire en moi. Il me fallait au moins ça.

J'ai pensé tout le temps que le temps passait très (trop) vite. Que je ne me donnais jamais le temps de prendre le temps. Que je faisais toujours tout un tas de choses pour des autres que moi**. Qu'en oubliant de faire tout ce que je m'étais promis de faire je finissais par m'oublier moi-même.
J'ai compté sur mes doigts tous les projets que je portais en moi. Un deux trois... Dix au moins.
Qu'est-ce que j'attendais ? Que le temps se soit fait la malle, qu'il soit trop tard. Alors je me suis dit qu'il était temps de sauter le pas. De foncer. D'y aller. Et j'ai senti monter en moi une énergie que je ne soupçonnais pas.
Jamais je n'ai ressenti cela et j'espère que cela me portera, m'emportera pour un deux trois... dix au moins !
"Les histoires sont  faites pour nous mener en bateau et c'est pour naviguer qu'on embarque, sans toujours savoir où on va...*"
*Martin Winckler, Abraham et fils, P.O.L., 2016
**Une de mes cousines m'a d'ailleurs dit que si je dépensais autant d'énergie pour moi que j'en dépensais pour les autres, alors, alors ... 

mercredi 23 mars 2016

Les filles de la Mat


L'autre soir, première réunion à l'Agence Régionale de Santé du Centre pour décider du sort de la maternité de Pithiviers... (relire ici Naître à Pithiviers

Je les regarde et je me dis que certaines pourraient faire du cinéma ou du théâtre. Etre actrice. Des défilés de mode aussi. Chanter. Danser. Elles sont jeunes ou elles en ont l'air. Jeunes et heureuses de vivre. Elles se marrent.
Elles sont belles.
Depuis tout à l'heure je les observe. Elles sont arrivées avant nous, leurs banderoles cachées dans leur sac. Les vigiles n'y ont vu que du feu. Elles se sont mêlées aux usagers de l'hôpital, ni vu ni connu je t'embrouille, pendant que nous, on négociait notre entrée avec la sécurité qui avait ordre de nous refouler.
Pas de bruit, pas de désordre...  On a tellement promis d'être sages que les portes, finalement, se sont ouvertes devant nous.
Elles enfilent leurs blouses blanches, leur tenue de travail portée jour après jour, nuit après nuit, garde après garde, sur lesquelles elles ont collé des slogans  Touche pas à ma mater. Fière de ma mater... qu'elles ont écrits au feutre, au fluo. Ecriture ronde de presque lycéenne. Ecriture pointue plus mature. Ecriture de femmes en colère.
Elles se rapprochent. Se serrent les coudes. Elles forment une mêlée. Un pack. Solidaires et unies.
Elles déroulent leurs banderoles où elles ont tracé à grands coups de bleu blanc rouge SOS recherche gynéco obstétricien. Recherche médecins pour sauver ma mater... 
Certaines ont des cernes sous les yeux, elles étaient de garde cette nuit. Elles parlent hémorragie de la délivrance. Placenta. La maman qui va bien. Ouf. Le bébé aussi. Histoires de femmes. De vies.
Ces vies données dont elles ont fait leur vie.
Elles ont les yeux qui brillent.
Elles me fascinent.
Elles sont sages-femmes, puéricultrices, auxiliaires de puériculture et je sais qu'elles se battront jusqu'au bout. Elles sont comme ça les filles de la Mat.

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mardi 15 mars 2016

Naître à Pithiviers


J'ai pris l'ascenseur direction le premier étage. Ils avaient eu le temps d'afficher mon tract, maternité fermée, hôpital en danger, désert médical, STOP Mobilisons-nous... Depuis le temps qu'on en parlait, un jour elle allait bien finir par fermer cette petite maternité, plantée comme un oasis au coeur de notre désert médical.
Les portes de l'ascenseur se sont ouvertes, j'ai tout reconnu, les panneaux de couleurs accrochés sur les murs, les photos des bébés. Rien n'avait changé, les mêmes couloirs un peu sombres, les portes bleues des chambres fermées derrière lesquelles on entendait des petits vagissements, et tout au bout là-bas la nurserie où nous nous retrouvions pour changer nos bébés.
J'avais quatorze ans de moins, une sage-femme m'avait accueillie - Alors comme ça je voulais accoucher à Pithiviers ? 

Comment expliquer ? Mes amis s'étonnaient que je puisse avoir envie de faire naître mon deuxième  bébé dans ce trou paumé - C'est où Pithiviers ? Nous y avions une maison de campagne. J'arrivais de Paris, avec l'expérience de la naissance de mon fils trois ans plus tôt dans une maternité de banlieue parisienne. A ma première consultation le médecin ne m'avait parlé que de péridurale. Quand je lui avais dit que je n'étais pas sûr de la vouloir, il avait pris un air dégoûté - C'est par conviction religieuse ? Non, je m'interrogeais juste sur l'accouchement que je souhaitais. Lors de la dernière consultation, un autre médecin m'avait fixé un rendez-vous pour me programmer le samedi matin, c'était plus facile. Lorsque je lui avais demandé s'il n'était pas possible de laisser faire la nature, elle m'avait rétorqué d'un ton sec - Vous préféreriez peut-être débarquer en pleine nuit... 
Oui, j'aurais préféré. J'ai toujours considéré que l'on m'a dépossédé de mon premier accouchement, tout m'a été imposé, j'étais impressionnée et je n'ai pas su me défendre. J'avais été absorbée par une grosse machine médicale qui avait transformé la naissance en acte codifié où aucune place n'était laissée au hasard. Dérive sécuritaire illustrée par le monitoring auquel on m'avait ceinturée. J'avais le ventre lié, condamnée à suivre sur un écran la montée des contractions jusqu'à la délivrance, la bien nommée. La péridurale très fortement dosée m'avait privée de mon bébé, je n'avais senti ni les poussées, ni l'expulsion. Alors oui pour le deuxième, j'avais envie de tenter autre chose. Naître autrement, librement. Participer pleinement. 

A Pithiviers, il y avait une époque où l'on venait du monde entier (sans exagération) pour accoucher.  On naissait "comme à la maison" ou dans l'eau, le professeur Odent avait initié la naissance en piscine. Les maîtres-mots étaient douceur, bienveillance, respect de la mère, de l'enfant. Ils le sont toujours. 
Quand j'étais arrivée en 2002, l'époque du professeur Odent était révolue mais l'art de bien naître avait encore de beaux restes ! A Pithiviers, il existait une vraie philosophie de la naissance. La piscine était toujours là, accessible en fonction des disponibilités de la petite équipe. Je voulais tenter d'accoucher sans péridurale (une nouvelle fois !) - Bien évidemment... on va travailler là-dessus ! Je voulais qu'on m'explique les postures qui m'aideraient à affronter la douleur. Pouvoir échanger. Poser toutes les questions qui me passaient par la tête. 
De mon suivi de grossesse je garde un souvenir très doux. La disponibilité sans faille des sages-femmes, des puéricultrices. L'impression que mon bébé et moi étions une entité unique, précieuse, méritant la plus grande attention jusqu'à ce jour, ou cette nuit plutôt incroyable où j'ai mis au monde ma fille. 
J'ai accouché accroupie, sans péridurale, et en moins d'une heure, le travail était fait. Cela a été un moment extraordinaire et lorsque je suis sortie de la salle de naissance, j'étais debout sur mes deux jambes, mon bébé dans les bras, naturellement. Je n'ai jamais oublié la merveille du peau à peau qui s'est ensuivi, ma fille et moi avons dormi comme deux bébés dans la chaleur l'une de l'autre. Juste réponse à une naissance qui s'était déroulée sans violence, dans le respect de la mère, de l'enfant. - C'est comme ça que les choses devraient toujours se passer... 
Souvent quand j'y repense, je me dis que j'ai eu une chance inouïe de connaître cela. Quand je pense que j'aurais pu passer à côté. 

Treize ans, quatorze bientôt. J'ai quitté Paris définitivement. Mes enfants ont grandi à Pithiviers. Notre vie est ici maintenant. Et c'est ici que je mène mes combats tant j'ai parfois le sentiment de vivre dans un territoire abandonné par la République. 
Cela me rappelle le temps de l'école primaire où les enseignants ne se pressaient guère au portillon pour venir éduquer nos enfants. Notre territoire n'intéresse personne, manque d'attractivité peut-on lire dans les magazines, nous y vivons bien nous pourtant !
Nous peinons pour trouver un ophtalmologiste (personnellement je continue d'aller à Paris), un dentiste, un médecin généraliste. Désert médical. Insuffisance de l'offre de soins. Et aujourd'hui, on nous annonce que la maternité fermera sans doute bientôt, aucun médecin - obstétricien, gynécologue, anesthésiste - ne veut plus venir s'exiler chez nous, comme si nous étions indignes d'être soignés. 
Si la fermeture se précise les femmes d'ici devront faire plus d'une heure de route pour aller accoucher dans de grands hôpitaux, Orléans, Montargis, Fontainebleau... avec les risques que cela signifie. Accoucher dans sa voiture ? Ou sur le bord de route ? Dans un camion du SAMU ?
Nous méritons mieux que ça. 
C'est pour ça que samedi, je serai dans le cortège au côté de mes amis pithivériens.  Et qu'avec eux je crierai haut et fort qu'il ne faut surtout pas fermer la maternité. 
Mais y aura-t-il seulement quelqu'un(e) pour nous entendre ?


Vous pouvez signer en cliquant ici la pétition en ligne pour le maintien de la maternité de Pithiviers. Merci ! 

samedi 20 février 2016

The opération

The opération était prévue hier pour 12h30...
Pour commencer,  il y a eu le brancard conduit à grande vitesse par un jeune homme furieux contre le chariot du déjeuner - toujours au milieu, à croire qu'elles le font exprès ! Il a pesté tout le long, un moment j'ai cru être revenue dans ma petite entreprise... Ensuite l'attente dans un parking à brancards donnant sur la terrasse. Il faisait un grand ciel bleu, j'ai pensé aux jonquilles dans les sous-bois, à mes enfants que j'aime plus que tout au monde, mon amoureux, ma maman, ma sœur, mes neveux, mes amis ... Ça faisait du monde en terrasse et je souriais béatement lorsque l'anesthésiste est venu me poser le cathéter. Il chantonnait, un truc idiot où il était question d'une forêt dans laquelle il n'allait pas loin... Après j'ai attendu encore. Une autre dame est arrivée en face de moi. Elle avait un dentier qu'elle avait oublié de retirer. Il fallait trouver une boîte pour le protéger et le remonter dans sa chambre. Ça a fait toute une histoire et, pendant ce temps, la pauvre dame attendait avec ses dents dans la main en me regardant fixement. Elle commençait tout juste à m'angoisser quand deux infirmiers en blouse bleue et en veste blanche matelassée sont enfinarrivés pour me chercher - allez  cette fois-ci on y va ! Prête pour l'aventure ? L'aventure, ils en avaient  de bien bonnes. J'ai souhaité bonne chance à la dame mais je ne sais pas si elle m'a entendue.
Nous sommes entrés dans une pièce très froide avec une table qui ressemblait à une table de torture. J'ai commencé à greloter. On m'a couvert de papier bleu et vert avec un gros tuyau soufflant de l'air chaud. Alors, message personnel pour mon grand cousin Denis, non l'infirmière de l'anesthésiste n'était pas rousse, elle devait être aussi brune que moi sous sa charlotte verte, je me souviens de ses sourcils noirs et de sa main toute douce qui me caressait la joue alors qu'elle me parlait - Votre tête va tourner... Pensez à des choses agréables, vous êtes sur une plage... Moi je pensais au spa qu'avec mon amie Jack on allait se faire après tout ça. Et puis après plus rien jusqu'à cette grande salle où il y avait une musique pourrie (genre techno misérable) et des infirmières en blouse bleue beaucoup moins agréables que celles en blouse verte même si elles injectaient dans mes veines de quoi ne plus souffrir.
Et puis on m'a remontée dans ma petite chambre. Tout s'était bien passé ! Soulagement.  J'ai commencé à rêver d'un coca glacé. D'une glace à la mangue. Je me suis endormie réveillée rendormie réveillée ... Passé deux ou trois coups de fil avec une voix toute cassée par l'intubation.  Mangé de la purée avec du jambon (détail glamour : j'ai ensuite tout vomi 😀 Et puis je me suis endormie réveillée rendormie réveillée ...
Tout va plutôt bien et ce matin, j'ai même fait mes premiers pas !

jeudi 18 février 2016

Toc toc qui c'est ?

Comme demain c'est le grand jour, donc aujourd'hui c'est le grand soir ...

Alors d'abord ça commence par une mauvaise surprise ... - Euh j'avais demandé une chambre seule mais finalement on est deux. - beh comme ça vous aurez une copine ! Oui oui oui une copine ... Ma p'tite dame on va vous faire quoi parce moi je vous raconte pas ... Non c'est ça ne me raconte pas. Surtout ne me racontez rien, je ne veux pas savoir. Demain c'est mon tour.
Ensuite c'est le ballet.
On frappe. Infirmière ... Brune - bonsoir alors je vais vous demander votre nom, prénom, date de naissance... - Et c'est tout ? Non je dois vous faire des prises de sang. - Au pluriel ? - Non à chaque bras. - Beh oui j'ai deux bras ! - Des deux côtés quoi !
On frappe. Blonde - j'ai besoin de renseignements ... Votre nom, prénom, nom et date de naissance ... - euh je l'ai dit à votre collègue ... Oui mais elle c'était le labo...
On frappe, le chirurgien... Tempes grisonnantes . - Je vous opère de quel côté déjà ? Euh à droite ? Oui à droite ... À tribord quoi moussaillon !
On frappe. Reinfirmière ... Châtain - Non moi je suis aide-soignante... Je vais vous demander ... - Mon nom ma date de naissance ... - Non c'est pour les menus - Ah oui moi je suis sans gluten ... - Ah je vous envoie la diététicienne alors !
On frappe. Brune - Vous êtes la diététicienne ? - non je vais vous demander vos nom prénom et date de naissance... On vous a expliqué pour la douche ? - La béthadine et tout ça ... Et hop au passage voilà qu'elle me colle au passage un petit bracelet vert avec dessus mes nom prénom date de naissance adresse et le nom des tempes grisonnantes qui va officier demain.
Et ça continue ... Toujours pas de diététicienne mais on frappe encore et c'est le repas. Brune brune brune. Soupe, haut de cuisse grillée - ils ont de l'humour - et sempiternelle compote de pomme. Il est 18 h 30.
On frappe. C'est l'équipe de nuit. Blonde méchée. - On vous opère demain à 12 h 30. Vous pouvez me montrer de quel côté ? - A droite ... - Non montrez-moi ... - Beh à droite dis-je en touchant ma cuisse droite ! Et hop elle sort un gros marqueur noir et me fait une grosse croix noire sur la jambe droite ... - Et n'oubliez pas la béthadine ! Et sort sans me demander mes nom prénom date de naissance...

Bon je vais aller prendre ma douche ... A la béthadine !

dimanche 3 janvier 2016

2016, on y va !


Ce soir, j'ai essayé de reconstituer cette image qui circule sur les réseaux sociaux, cette image où le reflet de 2016 est le mot joie. C'est un peu comme si par le seul pouvoir du symbole, elle constituait une antidote à la souffrance, la crise, la peur et tous les maux qui nous assaillent.
La première fois que j'ai vu passer cette image sur mon mur Facebook, elle m'a fait sourire et j'ai trouvé la démarche naïve, presque puérile. Et puis ce soir, alors que je m'amusais à bidouiller sur mon ordinateur, je me suis rendu compte qu'en fait elle m'avait touché au cœur et que j'avais envie de croire à son super pouvoir...
Je ne dois pas être la seule dans ce cas, on a tous envie d'y croire, non ?
Alors à vous tous qui me lisez, je souhaite tout simplement ceci  :
Qu'en 2016, la joie soit avec vous !