mardi 10 mai 2016

Envies


J'ai eu envie d'écrire ici ce soir, et pas ailleurs à un autre moment. 
Il ne s'est rien passé de spécial, rien passé du tout en fait. Je n'ai pas grand-chose à dire, pas grand-chose à faire. Juste un désir comme ça un peu incertain de coller des mots, d'écouter la musique de mes phrases, d'obéir à cette petite voix intérieure qui me susurre "écris, écris".

Juste avant j'avais eu envie de regarder une série à la télévision, allongée sur le canapé, une plaque de chocolat à côté de moi que j'aurais pu terminer si je l'avais voulu. Je ne l'ai pas fait, je me suis contentée de l'histoire facile qui défilait sur le petit écran, attendant que ces images s'arrêtent pour passer à autre chose et remiser la plaque dans sa boîte en fer blanc.

Encore avant, j'avais eu envie de ranger une année entière de vêtements. Comme je n'arrêtais pas de me dire qu'il devait y avoir, caché dans un coin de ma vie, un accélérateur de temps, je l'ai cherché, en vain. J'ai remué l'énorme tas, l'hiver mélangé à l'été, avec entre les deux le printemps et peut-être même l'automne enfoui, enfui.

Bien avant, avant que la pluie ne fasse miroiter la dalle grise en ciment, j'avais eu envie subitement d'un parfum de lilas. Plonger mon nez dans un bouquet violet ou éternuer dans un parfum de glycine. Je suis descendue en bas de ma rue, après le petit square. Caché derrière le mur d'un pavillon banal, j'ai trouvé les fleurs de mon désir, de mon délit. Alors perchée sur la pointe des pieds, je me suis enivrée, seule, loin de tous, jusqu'à en oublier le monde, le ronron des voitures, et peut-être moi-même, qui sait ?

Non vraiment, il ne s'est rien passé de spécial, rien passé du tout en fait. Juste quelques envies communes traversant une vie ordinaire. Et soudain l'une d'entre elles a pris le pas sur les autres, irrésistible, fulgurante : l'envie d'écrire ici ce soir.


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