mardi 31 décembre 2013

Faites un vœu…

Si je devais faire un vœu pour cette année 2014…

Alors je souhaiterais que
je puisse écrire comme j'en ai envie
les arbres ne perdent plus leurs feuilles
il fasse beau en décembre
l'essence soit moins chère
tous les enfants aiment l'école
il y ait du travail pour ceux qui en cherchent
mon compte en banque soit toujours positif
je perde du poids
le chien obéisse à la lettre
mes enfants aussi
le chat mange le poisson rouge
j'achète une maison qui me ressemble
ma grande histoire d'amour rime avec toujours
tout le monde ait le sourire
je puisse écrire à loisir
mon grand se mette à aimer l'anglais
la piscine soit ouverte plus tard le soir (ou plus tôt le matin)
ceux que j'aime soient en pleine forme
ceux qui m'aiment aussi
mon horoscope qui dit que c'est mon année soit le bon
et que celui qui me prédit des embûches raconte n'importe quoi
ma voisine me dise enfin bonjour le matin
les voitures roulent moins vite
ma chipie range sa chambre
j'aille à la mer au moins deux fois dans l'année
à la montagne aussi
je puisse écrire quand j'en ai envie
on fasse une grande fête un jour en avril...

Et la liste est loin d'être finie...
Mais vous aussi vous pouvez faire un vœu.
Alors, s'il vous plaît, faites le !









lundi 30 décembre 2013

Poisson de décembre

Quelques jours plus tard - alternance oblige -, nous fêtons Noël en décalé à la maison.

Deux semaines plus tôt, nous avons tenu le conseil de famille nécessaire pour mettre au point notre soirée. Le thème, hormis Noël évidemment, était que "chacun fait quelque chose et tout le monde participe".
- Moi je prépare des verrines…
- … et moi je vous fais de belles assiettes de foie gras avec une petite salade…
- … j'ai une recette de poularde en croûte de sel …
- … un vrai gratin dauphinois …
- Et le dessert ? Qui s'occupe du dessert ?
- Tu veux pas nous faire une tarte au citron ?
- Ah non, une tarte aux framboises…
- … je prends le dessert…
- Mais avec la poularde, ça ne te fait pas trop ?
- Ne t'inquiète pas, ça ira très bien… (entre parenthèses, avec lui, je m'inquiète de moins en moins)
Et comme j'ai toujours des idées lumineuses, je n'ai pu m'empêcher de rajouter  :
- … et ce qui serait encore mieux, c'est qu'en plus on se fasse un cadeau d'assiette !
- … bah c koi ?
Le principe que j'édicte étant un cadeau d'une valeur de moins de 2 € valable pour tout le monde = un cadeau par personne à table.
- … beh j'sais pas moi ce que je vais pouvoir trouver.
- C'est rigolo comme truc...
- J'n'ai pas d'idée...
- Moi j'en ai une !
Et nous nous sommes quittés sur ces supputations.

Nous sommes donc le fameux soir. L'ambiance est douce et détendue.
Une fois le traditionnel échange de "vrais" (et beaux) cadeaux, l'apéritif et ses fameuses verrines consommés, nous passons à table. Je réalise que je n'ai pas dû être assez explicite dans mes consignes.
1. Mon grand a déposé sur chaque chaise un petit paquet… l'assiette, l'assise : le vocabulaire peut prêter  parfois à confusion.
2. Mon amoureux a placé à côté de chacune de nos trois assiettes une surprise… j'avais pourtant dit un par personne.
3. Moi j'ai respecté à la lettre ma propre consigne, ce qui signifie que je m'entends bien avec moi-même et c'est un grand progrès.
4. Ma chipie me demande d'une voix… indéfinissable où je compte m'asseoir avant de disparaître dans sa chambre.
Je la rappelle à l'ordre d'un :
- … mais nous passons à table !
Son frère ricane sous cape.
- Et voilà mon cadeau d'assiette…
En train d'admirer la superbe assiette de foie gras posée devant moi, je lève la tête et découvre posé devant moi, un bocal rempli d'eau dans laquelle évolue un … poisson rouge !
- C'est une bonne idée, non ? Tu dois être contente…
Le sourire est malicieux. Et délicieusement insolent.

En septembre dernier, alors que ma petite chipie me réclamait à corps et à cris le poisson rouge que j'avais promis fort malencontreusement avant les vacances, nous avions accueilli un chaton. Je pensais avoir clos l'histoire du poisson rouge d'un :
- Un chien, un chat, je trouve que c'est largement suffisant.
Manifestement pas elle.


jeudi 26 décembre 2013

Recette de réveillon


Aujourd’hui une copine me demande : c’est comment un réveillon de Noël sans ses enfants ?

Sa question me prend au dépourvu.  Je n'ai peut-être pas envie d'y répondre. Pourquoi est-ce qu'elle me demande ça ? Et pourtant, en y réfléchissant, cela m'est venu comme ça. 
Un goût d’amertume, un parfum de tristesse, une pointe de regret, un spectacle désolant ? C’aurait pu être un peu de tout ça à la fois.
Mais finalement c’est comme tout, c’est ce que l’on en fait. C’est ce que l’on y met.
Ça peut être tout autrement. De la douceur, de la chaleur et un je ne sais quoi de pétillant. Un goût délicat, une saveur différente.
Une recette que l’on teste, une recette que l’on aime : bulles de champagne, tendres confidences, jolis fous rire. Ma mère et moi, tout simplement.

mercredi 25 décembre 2013

Le parfum

Je roule sur les quais de Seine tout à l'heure. Sur une série de panneaux publicitaires, cette photo d'un homme qui pose pour Eau Sauvage de Dior.

Eau Sauvage. C'était le parfum de mon père. Je m'en souviens comme si c'était hier. Combien de fois l'ai-je croisé au gré d'une effluve, dans la rue, au cinéma, au boulot… Sur des peaux étrangères,  des visages inconnus, des anonymes jamais revus. A chaque fois, la magie opère : je peux fermer les yeux et le revoir assis à la table du petit déjeuner devant sa tasse de café. Il venait de prendre sa douche, se raser et il sentait tellement bon. Même la tête du chien qu'il avait caressée sentait Eau Sauvage.

Ma grand-mère portait L'Heure Bleue de Guerlain. Pour mon nez, il évoque une vieille dame élégante. Lorsque ma cousine l'a choisi, j'ai eu le sentiment qu'elle revêtait un déguisement.
Ma tante aimait L'Eau de Guerlain. J'en ai conservé une bouteille presque vide qui embaume encore et, à la manière d'Aladin, fait ressurgir une silhouette fantomatique et fugace que moi seule entrevoit.
Ma mère portait et porte toujours l'Eau de Rochas, je n'imagine pas d'autre parfum sur elle. Ma sœur, l'Eau d'Hermès, aux tonalités discrètes comme elle.

Il est des parfums que je n'ai jamais aimés. Trop forts, trop puissants au point d'en être écœurants. Habit Rouge de Guerlain sans doute à cause de celui qui le portait. Opium de Yves Saint-Laurent, curieux souvenir des femmes en train de se maquiller dans les trains de banlieue au petit matin. Un Kenzo androgyne aux senteurs paraît-il marines et que j'ai toujours trouvé entêtant.

Et moi ? J'en ai beaucoup changé. Au gré des épisodes du chemin. Mon grand frère m'avait offert Cristalle de Chanel, c'était mon premier vrai parfum. J'ai aimé ensuite le n° 19 que je trouvais plus femme et qui me donnait l'impression d'avoir grandi. Et puis Jicky de Guerlain, l'Eau d'Hadrien d'Annick Goutal. Depuis deux ans, j'ai fait Escale à Pondichéry, chez Dior…

Le parfum… histoire amoureuse entre toutes.

mardi 24 décembre 2013

Je me souviens...



Je venais de lui écrire cette carte de vœux…

« Evidemment mes vœux pour vous concernent votre santé, vous vous en doutez, et j’espère que 2014 sera pour vous l’année de tous les redémarrages. Je serai heureuse d’avoir de vos nouvelles… »

Mon téléphone a ensuite sonné et je me suis demandé qui venait ainsi me déranger, un 24 décembre à près de midi alors que j'étais sur le départ.
- Bonjour, je suis madame T.
J’ai tout de suite compris pourquoi elle m’appelait.
- Mon mari m’avait demandé de vous prévenir personnellement. 

Depuis 2005, nous avions fait 6 bouquins ensemble, lui et moi. Ce n'est pas peu !

En 2009, j'avais réalisé pour lui son "Je me souviens… (suite)", inspiration libre de Georges Pérec et Joe Brainard. Un recueil de 480 souvenirs vrais que j'avais adoré lire et où j'avais découvert qu'il aimait en vrac les Beatles, le cyclisme, le parfum du mimosa, Marylin Monroe, la Nouvelle Vague, François Mitterrand, sa grand-mère, Antoine de Caunes… et tant d'autres choses.

Moi je l'aimais pour son verbe acéré, son humour pince sans rire et ses manuscrits toujours préparés avec soin. Il était tatillon, parfois pénible mais toujours reconnaissant de ce que j'avais fait pour lui. Il m'a transmis le virus du "tout le monde a le droit de se faire plaisir en publiant un livre sur lequel aucun éditeur ne miserait une bille…" 

Je lui dois une grande part de ce que j'entreprends aujourd'hui. 

Je me souviens que, dans le dernier message que je lui avais envoyé il y a peu, je lui avais enfin avoué qu'il était mon auteur préféré. Il m'avait répondu qu'il en était flatté mais que j'en aurai bien d'autres...

Alors pour reprendre l'exergue de l'un de ses livres, la vie continue. 


lundi 23 décembre 2013

Les goûts et les couleurs

Je ne sais pas quelle mouche m'a piquée ce matin.

Je suis habillée comme l’as de pique. Tiens d’ailleurs, le gars que je viens de croiser dans le couloir – je ne l’ai jamais vu celui-là – il m’a regardée bizarrement. Il a raison : ce pull bleu est trop petit. J’ai l’impression d’éclater dedans. C’est quoi le terme déjà : ajusté ? Oui c’est ça, ajusté, et bien chez moi, cela veut dire plus que juste.
Je vais me planquer dans mon bureau. Ne pas en sortir. Le moins possible. Si on m’appelle, je ne réponds pas ou alors je demande que l’on vienne me voir.
Et puis le pantalon, pourquoi j’ai mis ce pantalon ? Quelle idée ! Déjà au départ il est moche, mais sur moi il est archi moche. Comme dirait ma chipie : « ton pantalon de dadame… »
Pourquoi je n’ai pas mis le noir qui était sorti, tout beau, tout propre, tout bien repassé ? Il me fait une ligne impeccable.
Et les bottes bleues, j’aurais pu m’en passer. En plus ce n’est pas du tout le même bleu que le haut.
Si je m’écoutais, je filerais chez moi me changer. Cela me prendrait trois quarts d’heure, une petite heure maximum, et au moins je travaillerais l’esprit serein.
Flûte le téléphone qui sonne.
- … comment ça… ok j’arrive…
Je regarde à gauche à droite, je fonce dans le couloir. Mince, revoilà le gars. Il est joli son pull violet, bel effet avec les cheveux gris.
M… ! Il est accompagné et son alter ego, en revanche, je le connais...
- Bonjour, ça va ?
Je vais passer très vite mon chemin, prendre l’air pressé.
- … b’jour … ça va…
J’entends mon prénom. Je rentre la tête dans mon col roulé bleu et j’aperçois le bout de mes bottes bleues, mon pantalon qui godille dessus. Que c’est moche !
Je suis moche.
Désolée les gars si je ne m’arrête pas, je suis moche et débordée.
Vivement ce soir – je pense dans ma petite tête – j’enlèverai ces oripeaux et je redeviendrai celle que je suis habituellement.
Mais on m’appelle, on me poursuit. Oh non… on insiste et je dois faire marche arrière.
- Bonjour monsieur…
Celui que je connais me sourit :
- …avec monsieur Violet, on parlait de la couleur de ton pull … qui, d’ailleurs, te va très bien…
Monsieur Violet opine du chef. Quel imbécile ! 
- …oui surtout qu’avec vos bottes, c’est vraiment joli…
Je n’y crois pas une seconde : ils se moquent de moi ou quoi ? Ils ne vont pas tarder à me parler du pantalon.
- … d’ailleurs tu devrais t’habiller plus …
N'importe quoi ! S'ils savaient ! 
- … souvent comme ça… 
Je tourne les talons. Dès que je rentre chez moi, je me change et je bazarde le pull et le pantalon.  


Comme on dit déjà : les goûts et les couleurs...

dimanche 22 décembre 2013

Mes visiteurs du soir

Ils se sont invités à dîner…

Le repas est fini, ils ont dévoré et j'écris ces quelques phrases alors qu'elle relit, allongée sur le canapé, Alabama Blues, et qu'il est train de gagner son premier set dans un match de tennis sur la console de jeu.
II fait délicieusement bon.
C'est un dimanche soir entre douces parenthèses.
J'ai mes visiteurs du soir.

samedi 21 décembre 2013

Réminiscence

Quand j'entre dans la maison, je sens un parfum tout droit venu de l'enfance. 

Une odeur sucrée et beurrée, avec une pointe de cannelle. Celle d'une fournée de petits sablés en train de dorer tranquillement dans le four tandis que les lumières du sapin clignotent et que le feu danse dans la cheminée. J'entends ma mère qui chantonne dans la cuisine au milieu du désordre de ses casseroles. Sur la grande table de la salle à manger s'empilent déjà les assiettes du beau service en porcelaine, les verres brillants que l'on ne sort du buffet qu'exceptionnellement et les bouteilles de bon vin que mon père a remontées de la cave. Et nous les enfants, nous nous agaçons dans les chambres en haut de l'escalier.

Cela dure un instant très court et la réminiscence explose comme une bulle de savon: il n'en reste presque rien de visible.
A peine une larme sur la joue.




jeudi 19 décembre 2013

Bonjour

C'est une problématique qui revient tous les matins…

Comment doit-on saluer ses collègues de travail ?
Doit-on serrer les mains les unes après les autres à chaque fois que l'on en croise une dans les couloirs ?

Personnellement je ne serre plus la main : je n'aime pas les mains molles, tièdes ou moites.
Celles que l'on vous tend comme à contrecoeur de peur que vous la gardiez pour vous.
Celles que l'on ne vous tend que parce que vous êtes accompagné juste à ce moment de la personne qui a une main, elle, qui pourrait être intéressante car toute proche de la main du saint des saints.
Je n'aime pas les mains broyeuses qui vous écrasent les articulations sous le prétexte de vous démontrer qu'elles ont sur la vôtre un avantage certain.
Je n'aime pas non plus les mains au regard fuyant.
Je n'aime pas les mains qui font leur parade systématique dans les bureaux tous les matins.
Et encore moins les mains qui oublient de vous saluer le jour où vous êtes justement seul à la machine à café.
Je n'aime pas les mains hypocrites. Les mains opportunistes. Les mains aux lèvres serrées. Les mains sans sourire. Les mains qui font la gueule.
Les mains sans mémoire qui ne mettent jamais le bon prénom sur votre main.

Personnellement je ne serre plus la main. Je dis bonjour tout simplement.


mercredi 18 décembre 2013

Voyeuse

Je roule dans la ville…

Il y a devant moi deux camions qui s'empêchent l'un l'autre de passer. Moi j'attends, je n'ai pas vraiment le choix. 
Je prends mon mal en patience. 
Je regarde sur la grande esplanade située à ma gauche - ici on appelle ça un mail - et je les vois. Ils marchent tous les deux côte à côte. Ils ont l'air heureux. Il sourit, elle parle. Tout a l'air de couler de source.  
Ils sont beaux. 
Ils portent tous les deux le même sac à dos Eastpack, gris pour lui, turquoise pour elle. 
Comme elle a grandi. Presque une jeune fille. Et lui, il a une assurance que je ne lui connais pas. 
Ils avancent dans cette rue comme ils avancent dans la vie. Et je pense soudain que c'est ainsi qu'ils sont lorsqu'ils sont sans moi. 
Je ressens comme un pincement au cœur. Je regarde une scène que je n'ai pas le droit de regarder. 
Je me sens voyeuse. 

Je regarde s'éloigner mes enfants.  



dimanche 15 décembre 2013

Une vie de chat

Elle s'est endormie sur le canapé… 

Totalement abandonnée. Aucun point de tension. Rien qu'à la regarder, je ressens une impression de sérénité.
Son pelage noir et blanc brille dans le rayon du soleil. Tout en contraste sur le velours rouge du canapé. On dirait une œuvre d'art. Rien qu'à la regarder, je ressens une impression de plénitude.
Elle a l'air tellement bien. Reposée. Détendue. Le bien être à l'état pur.
J'aimerais pouvoir relâcher comme elle !
- Regarde-moi ça… Cela donne envie, non ?
Je contemple mon bureau où tout s'entasse. Et plus loin dans le petit couloir, le panier de repassage qui déborde.
- … quoi ?
Il a à peine levé la tête, le nez plongé dans son bouquin.
- … regarde la minette… ça donne envie, non ?
Il ne répond pas. D'une certaine façon tant mieux, il lit un de mes livres préférés. Pourvu qu'il lui plaise... Mais je poursuis mon idée.
-  J'aimerais bien mener une vie de chat…
Tous ces papiers qui m'encombrent.
- Je dormirais 18 heures par jour. Canapé, fauteuils, lit… au gré de mes envies…
En face de moi, c'est toujours le silence.
- … on me caresserait… je ronronnerais…
Il faut absolument que je trouve le temps de faire les carreaux : avec le soleil, la baie vitrée est vraiment sale. Rien qu'à la regarder, je ressens une impression désagréable.
- Je mangerais des croquettes à volonté…
Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire pour le dîner ? Des pâtes peut-être… c'est le menu idéal quand on a envie de rien faire.
- Oh oui, dans ma prochaine vie, je serai un chat…
Mais il faudra quand même les assaisonner. Sauce tomate ou crème fraiche et fromage ?
- … Et j'en profiterai… Mmmmm que ça va être bon… Une vie de chat…
- A mon avis tu regretteras ton choix !
Je suis surprise : il parle. Peut-être que finalement le livre ne lui plaît pas. Son ton me semble… comment dire… un brin sarcastique ?
- … à chaque fois que tu passeras devant ta bibliothèque…
Ma bibliothèque… elle aussi mériterait que je lui accorde un peu d'attention. Rien qu'à la regarder, je ressens une nette impression de désordre !
- … tu seras condamnée à regarder tous les livres que tu aimes en pensant amèrement :  "Et dire que dans ma vie d'avant je savais lire !"

samedi 14 décembre 2013

Je chante

Ce soir, concert.

J'aime les répétitions dans le froid. Les angoisses des uns et des autres. L'attente qui semble interminable. Les airs que l'on se repasse en lisant les paroles. Les petits agacements du chef parce que son chœur bute toujours au même endroit. La question existentielle du qu'est-ce que je vais bien pouvoir mettre. La journée qui défile avec l'excitation qui monte. Le temps qu'il va falloir trouver pour ranger le classeur. L'interdiction de parler et le téléphone qui, justement, n'arrête pas de sonner. Les fou-rire nerveux incontrôlables. La partition introuvable. Mince j'aurais dû aller chez le coiffeur. La peur du trou noir. La fatigue des répétitions. Est-ce qu'il y aura du public. Zut je ne suis pas à côté de celle avec qui j'aime chanter. Dommage qu'on commence par ce chant. Non finalement il est bien comme ça le programme. Je croyais que j'aurais le temps de faire la sieste. Pourquoi est-ce que le temps passe si vite. Il faut que je me prépare. J'écoute une dernière fois cette mélodie que je ne sens pas. Je n'ai pas trop toussé aujourd'hui. Je fredonne les paroles. Maman tu as une belle voix. Je vais mettre cette robe. Je n'ai pas peur. Je cire mes bottes. Si j'ai le trac. Non finalement pas celles-là. La trouille. Carrément. Mais j'adore ça.
Bon sang c'est l'heure. Il faut que j'y aille.
Ce soir je chante et  j'aime ça.

lundi 9 décembre 2013

Froidure

Envie de poésie…

J'aime ce froid qui embellit tout.

Avec ses écharpes de brume qui parent la terre brute des champs comme de longs rubans soyeux.
Les étoiles de givre scintillantes sur les toits du petit matin glacé.
Le teint de porcelaine d'un ciel timide à peine éveillé.
Les esquisses japonisantes que dessinent les nuages sur l'horizon.
Le théâtre d'ombres chinoises des arbres dénudés.

La morsure de l'hiver transforme mon paysage quelconque et familier en une contrée lointaine et mystérieuse.

J'aime le froid vif et enveloppant comme une invitation au voyage.

jeudi 5 décembre 2013

Lettre ouverte à tous les parents qui ont de la chance parce que tout va toujours bien pour leur enfant…


Chers parents qui avez de la chance parce que tout va toujours bien pour votre enfant mais qui n’êtes jamais satisfaits de ce qu’il vous donne parce que vous en voulez toujours plus…

Plus d’éveil parce qu’il faut être grand tout de suite, plus de calme malgré vos stimulations permanentes, plus d’autonomie alors qu’il est encore si petit, plus de devoirs à l’école parce qu’il faut forcément réussir, plus de sport parce qu’il faut gagner avant de jouer, plus d’activités parce qu’il ne faut pas qu’il s’ennuie, plus de résultats parce que vous ne lui laissez pas le choix.

Laissez votre enfant faire des bêtises, traîner au lit, raconter des histoires, cacher ses devoirs, n’avoir envie de rien, faire la tête, s’ennuyer, rire aux éclats, pleurer à chaudes larmes, crier à tue tête, râler à tout va, chanter comme une casserole, dessiner n’importe quoi, écrire avec ses pieds, choisir ses vêtements même si cela ne vous plaît pas.

Laissez-le rêver ses rêves d'enfant. 

Encouragez-le à être lui-même. Laissez lui le choix de son avenir. Soyez fier de lui même si ce n’est pas ce que vous auriez voulu pour lui. Laissez le s'épanouir. Prenez le temps de l'écouter. Foutez-lui la paix parfois aussi. Aimez-le comme il est tout simplement

Chers parents qui avez de la chance parce que tout va toujours bien pour votre enfant mais qui n’êtes jamais satisfaits de ce qu’il vous donne parce que vous en voulez toujours plus, soyez juste heureux qu’il soit votre enfant. 

Et surtout, surtout profitez-en !

Signé : une maman

mardi 3 décembre 2013

En face des Restos du Cœur

La 29 e campagne des Restos du Cœur vient de démarrer…
J'habite juste en face des Restos du Cœur et cette localisation m'avait, l'an passé, inspiré un épisode. 
C'est toujours au goût du jour. Malheureusement.  

Jeudi 3 janvier 2013   
Mal au cœur…
Ce matin, il y a foule en face de chez toi. 
Cela a commencé tôt.
Tu as entendu les pas pressés sur le bitume, le claquement des semelles, le chuintement mou des chaussures qui trainent.
Tu as vu les traces humides qui brillent sur le trottoir après leur passage. Aperçu les empreintes laissées au gré des flaques. 
Dans ta chambre qui s’aère, tu as senti l’odeur d’une cigarette allumée. Respiré la fumée sous tes fenêtres. Agité la main pour la balayer comme un mauvais souvenir. 
Tu as écouté le murmure qui gonflait, comme une petite vague à dix pas de chez toi. Un genre de rumeur glissant de haut en bas. Une onde de bruit ondulant autour de toi. Des graves, des aigus, des accents parfois. 
Tu savais que cela arriverait.
Tu le redoutais même parfois.
C’était l’heure. La radio venait de l’annoncer.
Même pas en retard, pile dans les temps.
Le jour était moins noir et la pluie arrêtée.
Deux ou trois fois, tu as hésité. Une caresse au chien. Baissé le chauffage.
Tu as oublié une tasse dans l’évier. Vidé ta théière.
Tu as enfilé ton manteau. Attrapé ton sac. Pris tes clés.
Tu devais y aller. Partir travailler.
Tu as senti ton cœur se serrer.
Tu as mis ton écharpe. Caché ton visage.
Tu as inspiré. Respiré. Expiré. Fermé ta serrure. Claqué ton portail. Cliqué ta voiture.
Tu as trébuché.
Ton gant s’est noyé dans le caniveau d’eau sale.
Tu as voulu le ramasser et tu t’es retournée.
Tu l’as vue. Tu l’as regardée.
De l’autre côté de la rue, la foule en face de chez toi.
Des hommes, des femmes, des enfants.
Une foule comme partout. Une foule comme ailleurs. Une foule sans âge.
La foule ordinaire d’un jeudi d’hiver, en face de chez toi.
La foule ordinaire des Restos du Cœur. 





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lundi 2 décembre 2013

Lundi matin

C’est le rituel du lundi matin

Je viens de me garer sur le parking de ma petite entreprise et j’observe l’étrange manège d’une jeune femme vêtue d’une blouse vert pomme granny smith, uniforme que l’entreprise de nettoyage (sous-traitante) impose à ses employées. Elle porte en plus de gros gants de ménage de la même couleur qui lui font des mains disproportionnées – un peu comme si elle les avait volés au géant vert – et perchée sur la pointe des pieds, elle fouille la poubelle accrochée à la clôture du parking.

- Bonjour. Vous avez perdu quelque chose ?
La jeune femme relève la tête et me regarde d’un air un peu surpris. Malgré la mauvaise blouse et ses énormes mains, elle est plutôt belle. Ce vert que je n'aime pas devient beau sur sa peau noire. Je m’imagine dans la même tenue : mon teint serait verdâtre, blême, un désastre assurément.
Je la sens décontenancée. Peut-être ai-je mis trop de vigueur dans ma question et qu'elle a pris cela pour de l'agressivité. Alors je dis sur un ton plus doux.
- Vous cherchez quelque chose ?
- Non je vide les poubelles…
D'ailleurs elle extirpe une canette de soda, une peau d'orange, un emballage de sandwich, un paquet de cigarettes, un trognon de pomme, un exemplaire de 20 minutes… qu'elle jette au fur et à mesure dans un sac noir posé à ses pieds. 
Je pense qu'il existe une façon beaucoup plus normale de vider les poubelles et qui consiste à enlever le sac, le fermer et le jeter dans un container à ordures… - Pourquoi vous n'enlevez pas directement le sac ? 
Elle s'arrête, un morceau de baguette mollasson dans sa main verte. 
- Pas le droit. 
Elle a un fort accent. 
- Comment ça pas le droit ? 
- Pas le droit de changer le sac. Les sacs sont trop chers. Le patron veut pas...
Je reste muette : parce que les sacs poubelles sont trop chers, une femme de ménage fouille les poubelles au lieu de les vider ! 
- Oui c'est comme ça tous les lundis… Bonne journée Madame. 

Interloquée, je regarde la silhouette verte s'éloigner à l'autre bout du parking, son sac poubelle à la main. Elle n'a pas que ça à faire, il lui reste trois poubelles à fouiller.

dimanche 1 décembre 2013

On y va ?

Elle vient de le dire : on va y aller.

J'aime bien quand elle dit ça même si parfois elle laisse passer trop de temps entre le moment où elle prononce cette phrase et celui où cela se passe vraiment. 
En fait elle croit que je n'entends pas ou pire que je ne comprends pas. Parfois je me demande vraiment pour qui elle me prend. Je ne suis pas une truffe quand même.
Ah elle est repartie sur son écran. Elle s'énerve dessus, elle tape avec ses mains. Elle le fixe du regard. Plus personne n'existe. Qu'est-ce qu'elle peut bien y faire ?  Elle y passe un temps fou. 
Elle s'arrête. Cela veut dire que peut-être…
- Les enfants, vous êtes prêts ? 
Quand elle crie comme ça, en général c'est qu'elle commence à s'agacer parce qu'elle aimerait bien y aller. 
Zut, je crois qu'elle va dans sa chambre. Oh non ! Elle va trouver autre chose à faire. Je l'ai aperçue tout à l'heure, la porte était ouverte et elle aurait besoin d'un grand coup de rangement. Elle aurait pu faire ça ce matin au lieu de traîner à faire la grasse matinée. Pourvu qu'elle n'ait pas décidé de ranger là tout de suite maintenant. 
Ouf, elle allait juste à la salle de bains. 
Ce n'est pas vrai : elle se lave les dents maintenant. Comme si elle en avait besoin, elle les a déjà lavées ce matin. 
- Les enfants… 
Je crois que c'est bon : elle cherche sa veste. Si elle met la noire avec l'écharpe rayée, c'est qu'on va y aller. Je n'y crois pas, elle a reposé la noire. Oh non ! elle monte au grenier. J'entends ses pas au-dessus de moi. Ce n'est pas une bonne nouvelle pour moi. Elle va passer dans les chambres des enfants. A tous les coups les lits ne sont pas faits, les bureaux totalement en vrac. Je commence à connaître. L'autre fois, ça a pris deux heures, trois sacs poubelles et quelques grincements de dents. Moralité on n'y est pas allé.
Elle est redescendue. Ah, elle a pris la veste grise, la bien chaude, pour les températures en dessous de zéro. Il ne faut quand même pas exagérer. Qu'est-ce qu'il lui arrive ? On voit bien qu'elle n'est pas sortie ce matin. Ou alors elle vieillit peut-être. 
Je crois qu'on va vraiment y aller cette fois. J'entends les enfants qui descendent.
Elle ouvre la porte de la cave. Si elle prend ses chaussures bleues, c'est qu'on va y aller. 

Yes ! Elle a pris les bleues. 
Non je rêve, le téléphone sonne. Ne répond pas ne répond pas ne répond pas ne répond pas… 
Elle a répondu. 
- Oui, on allait partir… On se retrouve là-bas ? 
Donc on va y aller. Elle raccroche. Elle prend sa clé. Elle ne va pas m'oublier quand même…
Elle ne ferait pas ça. 
- Allez, les enfants, on y va maintenant… 
Je me mets devant la porte. Elle ne peut pas me rater. 
- Mais pousse-toi de là… Est-ce que quelqu'un … 
Elle me passera sur le corps mais elle ne partira pas sans moi. 
- … pourrait aller chercher la laisse ? Mais oui ma belle on va aller se promener … On y va !