mercredi 25 décembre 2013

Le parfum

Je roule sur les quais de Seine tout à l'heure. Sur une série de panneaux publicitaires, cette photo d'un homme qui pose pour Eau Sauvage de Dior.

Eau Sauvage. C'était le parfum de mon père. Je m'en souviens comme si c'était hier. Combien de fois l'ai-je croisé au gré d'une effluve, dans la rue, au cinéma, au boulot… Sur des peaux étrangères,  des visages inconnus, des anonymes jamais revus. A chaque fois, la magie opère : je peux fermer les yeux et le revoir assis à la table du petit déjeuner devant sa tasse de café. Il venait de prendre sa douche, se raser et il sentait tellement bon. Même la tête du chien qu'il avait caressée sentait Eau Sauvage.

Ma grand-mère portait L'Heure Bleue de Guerlain. Pour mon nez, il évoque une vieille dame élégante. Lorsque ma cousine l'a choisi, j'ai eu le sentiment qu'elle revêtait un déguisement.
Ma tante aimait L'Eau de Guerlain. J'en ai conservé une bouteille presque vide qui embaume encore et, à la manière d'Aladin, fait ressurgir une silhouette fantomatique et fugace que moi seule entrevoit.
Ma mère portait et porte toujours l'Eau de Rochas, je n'imagine pas d'autre parfum sur elle. Ma sœur, l'Eau d'Hermès, aux tonalités discrètes comme elle.

Il est des parfums que je n'ai jamais aimés. Trop forts, trop puissants au point d'en être écœurants. Habit Rouge de Guerlain sans doute à cause de celui qui le portait. Opium de Yves Saint-Laurent, curieux souvenir des femmes en train de se maquiller dans les trains de banlieue au petit matin. Un Kenzo androgyne aux senteurs paraît-il marines et que j'ai toujours trouvé entêtant.

Et moi ? J'en ai beaucoup changé. Au gré des épisodes du chemin. Mon grand frère m'avait offert Cristalle de Chanel, c'était mon premier vrai parfum. J'ai aimé ensuite le n° 19 que je trouvais plus femme et qui me donnait l'impression d'avoir grandi. Et puis Jicky de Guerlain, l'Eau d'Hadrien d'Annick Goutal. Depuis deux ans, j'ai fait Escale à Pondichéry, chez Dior…

Le parfum… histoire amoureuse entre toutes.

2 commentaires:

  1. what else ? je suis à peu près certaine que nos émotions et souvenirs olfactifs sont les plus forts . Pas de parade possible, on peut fermer les yeux pour ne pas voir, se boucher les oreilles pour ne pas entendre, mais on ne peut pas arreter de respirer. Isa

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  2. Toujours aussi (im)pertinente ma chère Nelly ! J'aime beaucoup le ton de tes commentaires. Merci

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