lundi 10 février 2014

Travailler plus

Je lutte pour résister et pourtant je n’y coupe pas : je m’effondre en larmes devant la fille des RH (ressources humaines en bon français).

Cela fait un quart d’heure qu’elle m’explique un truc que je ne parviens pas à comprendre. La seule chose que je vois c’est que ma feuille de paie du mois de janvier vient de faire un bond en arrière qui me semble vertigineux.
- J’ai une perte de salaire de plus de 150 € …
Elle me regarde de ses yeux ronds et me répond d’une voix anormalement douce compte tenu de la situation :
- C’est normal…
Je tressaille, un peu comme une jument qu’un taon vient de piquer.
- Non ce n’est pas normal : je suis dans cette boîte depuis bientôt 9 ans (en août prochain…) et je n’ai jamais gagné aussi peu…
Ma voix a une intonation que je n’aime pas : je continue ainsi, je vais bientôt hennir.
Elle poursuit sur un ton presque monocorde.
- Si c’est normal : tu es à 80 %, nos comptes ont été arrêtés au 26 novembre, ce qui fait 5 mercredis où tu n’as pas travaillé…
Je dois avouer que, là à ce moment précis, je n’y vois pas clair, comme si j’avais des œillères.
- Non, ce n’est pas normal…
- …en plus tu cumules… Tu as pris des congés…
- … non, ce n’est pas normal : je gagne moins qu’en août 2011 où j’avais pris aussi des congés… Et puis c’est normal de prendre des congés…
- … mais toi tu es à temps partiel et tes congés sont dévalorisés…
- Comment ça dévalorisés ?
Je rue dans les brancards.
- … beh tu as le même nombre de jours de congés que les autres mais ils te sont payés moins cher parce que tu es à temps partiel…
Je commence à piaffer. Elle est en train de me prendre pour un âne bâté ou quoi ?
- ... en gros, tu me dis que si j’étais à temps complet, je gagnerai plus…
- … beh oui… c’est ça. Surtout…
Je sens qu’elle va éperonner.
- … surtout qu’en plus tu fais des heures supplémentaires, ce que tu n’as absolument pas le droit de faire…
Là je ne piaffe plus, je ne rue plus…
- Franchement tu devrais demander à être à temps complet… Ce serait beaucoup plus simple pour nous ! Parce que si on a un contrôle, tu te rends compte…
L’obstacle est insurmontable : je le refuse, je freine des quatre fers et je m’effondre, en larmes, devant elle.
Elle semble interloquée.
- Je comprends… tu sais… mais…
- … Non tu ne comprends pas !

Cela doit faire quatre ans que je demande régulièrement à passer à temps complet.

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