dimanche 4 octobre 2015

Tu me regardes

Tu me regardes…
Tes yeux marrons qui me disent tout le malheur du monde.
La voix parle :
- De toute façon si on ne l'opère pas…
Instinctivement, tu t 'es rapprochée, carrément scotchée à moi. Mais pour une fois je ne peste pas contre les poils blancs que tu vas encore me coller partout.
- Si on ne l'opère pas, que se passera-t-il ?
Je repense à ce jour de mars où nous étions allés te choisir avec les enfants. Un gros raton qui peinait à marcher et qui se faisait maltraiter par les autres cadors de la portée. Une petite boule presque blanche avec une belle tâche marron sur le haut du dos.
Tu geins. Je caresse la tâche marron, elle a toujours été toute douce.
Et puis un jour nous t'avions ramenée à la maison. J'ai pris une photo des enfants, ils sont assis par terre sur le carrelage de la cuisine, tu essayes de les escalader et, eux, ils rient aux éclats. Ensuite nous sommes partis en Normandie. C'étaient nos premières vacances avec toi. Les enfants se battaient pour te tenir en laisse. Un surveillant de plage était venu nous rappeler à l'ordre.
- Madame les chiens sont interdits sur la plage.
Nous avions bien rigolé.
- Mais Monsieur ce n'est pas un chien, c'est une peluche !

- Elle souffre vraiment et si on ne l'opère pas…
Plus de neuf ans déjà. C'est une longue et belle histoire entre nous. Tu as déménagé avec moi. Partagé mes galères. Mes espoirs. Mes désespoirs. Tu en connais plus sur moi que quiconque.
Tu me regardes.
Tu es ma compagne de balade ! Toujours partante avant même que je te dise "on y va" (relire On y vaOn en a parcouru des kilomètres à travers bois. Dans les champs. Au fil des saisons. Quel que soit le temps. On est rentrées trempées comme des soupes et après tu puais le chien mouillé mille lieues à la ronde.  Et ces fois où tu m'as plantée dans les marais à la nuit tombante pour courir après les poules d'eau ou partir derrière un chevreuil, un lièvre, un rien du tout, juste parce que tu n'avais pas envie de rentrer.
-  … septicémie … je devrais l'euthanasier...
Tu me regardes. Avec ces petites tâches de son que tu as sur le museau. En rigolant, je disais à ma petite chérie que vous vous ressembliez. - Les mêmes tâches de rousseur, la même coiffure et têtues comme deux mules…
- Je croyais que pour un chien on disait "piquer"…
-… ou l'endormir…
Je pense aux soirées que tu passes à mes pieds. A tes ronflements. Aux touffes de poils qui trainent dans l'entrée. A tes traces de pattes sur le carrelage blanc. Et ces fêtes que tu me fais le soir quand je rentre du boulot. Qui m'emmènera me promener ? Qu'est-ce que je vais dire aux enfants ? Tu n'as pas fini le sac de croquettes. La facture de l'opération qu'il va falloir payer. Ce choix que je dois faire.
Mes larmes se mettent à couler.
Tu n'es qu'un chien. Un animal.
Je pense à tous ceux qui ne comprendront pas. Parce qu'ils n'ont jamais eu un compagnon comme toi, qu'ils trouvent que les chiens sentent pas bon. Qu'ils font des crottes. Posent des problèmes. Coûtent cher. Finalement à quoi ça sert un animal ? Un fil à la patte.
Tu me regardes.
Tu es mon chien. Mon animal. Je ne peux pas faire ça. Pas aujourd'hui.
Alors je dis :
- Opérez-la.

Bon… Coca (la chienne de la photo)  a été opérée, est rentrée à la maison, heureuse de retrouver son tapis dans l'entrée, la gamelle de croquettes du chat (!)…et elle ronfle, tranquille, à mes pieds. D'après le vétérinaire, elle est repartie pour au moins 4 ou 5 ans !

3 commentaires:

  1. Mince, j'ai pleuré en lisant cet article.
    J'ai pleuré par ce que j'ai pensé à mes amours qui sont partis, malades eux aussi, et que le véto n'a pas pu sauver. J'ai pensé à mon petit de 3 mois 1/3, aux années qui vont passer, et au jour où lui aussi partira. Je pleure par avance de le voir me quitter alors qu'il vient à peine d'arriver à la maison. Par ce que c'est tellement émouvant de vivre avec un animal, tellement d'amour, de moments, de souvenirs...

    En espérant que les 4 ou 5 ans durent longtemps !

    RépondreSupprimer
  2. Et bien, moi, je te comprends. Et meme si à chaque fois qu'on met un pied chez le véto ça coute un bras, j'aurais fait comme toi !! Longue vie a Coca .
    Et les aspirateurs, " c'est pas fait pour les chiens" ? ben si, ha ha ha !! (blague a 2 balles)

    RépondreSupprimer
  3. ne pas comprendre un animal c'est ne pas comprendre les hommes, je vous souhaite un long chemin ensemble à Coca et toi

    RépondreSupprimer

J'aime quand vous me laissez vos commentaires...