mardi 15 décembre 2015

Albane Casals Karady

La dédicace

« On n’instruisait pas les filles alors elle nous cachait dans une pièce sans fenêtre. Un jour elle apporta un livre. - Ce sera le seul, ou ils me tuent. Le livre se fit résistance. Nous l’épelions, sourires brûlants. Le livre hurlait la liberté, nous convoitions ses paysages. Déchiffrant l’univers, il nous affranchissait. Puis leurs lois se durcirent ; le livre nous trahirait. Nous arrachâmes ses pages pour nous les partager. Chacune apprit sa part et la fit disparaître.
Moi, j’émiettai les feuilles puis je les avalai. L’encre des mots m’irrigua comme on ensemence. Réunies bien plus tard nous récitions le livre, il existait encore. Il était la fenêtre et le vent, la voile et l’horizon. Nous étions sa reliure. Lorsqu’ils tuèrent Asma, un chapitre pourtant se tut. J’écris pour ranimer le lien. »

Mes lecteurs se pressaient un exemplaire en main, quand approcha une femme qu’on guidait par le bras. - Ils m’ont brûlé les yeux, je lis avec les doigts mais maman me chantait son chapitre, autrefois. Elle fredonna tout bas. Le livre avait transmis l’espoir.

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