lundi 27 avril 2015

Face à la mer


Nous sommes arrivés hier.
Quand nous venions ici, que les enfants étaient petits, que j'étais encore mariée, que ma vie n'avait pas été entièrement bouleversée, chacune de nos arrivées se déroulait selon un scénario quasi immuable.
Je garais la voiture, j'ouvrais la portière et je sentais s'engouffrer en moi une grande bouffée d'air marin.
Je me sentais aspirée par l'ivresse iodée et plus rien n'existait d'autre que cet univers aquatique qui se déroulait à perte de vue.

J'étais arrivée en Normandie, je foulais ces plages du débarquement que les marées avaient lavées et rendues plus propres que nature.
Jour après jour, j'arpentais des kilomètres de sable, je pouvais marcher des heures sur le littoral, allant de brèche en brèche, en y puisant des recharges d'énergie incroyables.
Combien de mes rêves ai-je promenés ici ? Combien d'espoirs ai-je noyés dans ces vagues ? Certainement autant qu'il y a de grains de sable sur un mètre carré de cette plage.

Mes enfants aussi ont toujours eu une passion pour ces plages immenses où ils ont fait leur premiers pas, leurs premières brasses, des châteaux de sable et des barrages gigantesques dont la marée finissait toujours par avoir raison. Ils partaient à la crevette, aux coques ou à la pêche au bar.  Ils se sont coupés les pieds sur des coquillages. Ont rempli des seaux de petits galets ou de verres polis. Claqué des dents après des bains glacés et mangé des goûters sablés salés. Qu'importe le vent, le froid, cette plage leur appartenait et leurs vacances étaient normandes.

Et puis, la vie a passé et nous n'étions pas revenus ici depuis près de quatre ans.

Nous sommes arrivés hier.
Curieusement tout a repris comme avant. Immédiatement ou presque.
Mon grand a retrouvé son poste de vigie d'où il domine et observe à loisir son domaine. Il a simplement beaucoup grandi et n'est déjà plus un enfant.
Ma petite chérie, comme d'habitude, a couru dans les vagues en oubliant de remonter le bas de son pantalon et elle a éclaté de rire quand la vague l'a trempée. Elle commence à ressembler à une jeune fille.
Moi j'ai repris le fil d'une de mes balades interrompues. A un moment, j'ai eu le sentiment de marcher sur un fil comme une funambule en équilibre : d'un côté le passé. De l'autre aujourd'hui. Alors pour éviter de tomber, je me suis tournée face à la mer.

Face à la mer. Face à moi-même.

3 commentaires:

  1. Très bel endroit...

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  2. Le temps qui passe trop vite... Très joli billet !

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  3. Tu "brèche" pour une convaincue
    Nelly

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