dimanche 10 mai 2015

Lettre à ma fille



Ma grande, ma belle, ma courageuse
Vendredi soir, tu m’as appelée en larmes de l’aéroport de Berlin et entre deux sanglots, je t'entendais répéter cette phrase : "… maman, on a raté l’avion.."

Tu hoquetais "ce n'est pas de ma faute, ce n'est pas de ma faute…" et lorsque j'ai compris que vous aviez bel et bien raté votre avion du retour, mon cœur s'est serré pour toi.
J’aurais pu te répondre que ce n’était pas si grave, qu'il y aurait d'autres vols, que tout allait bien se passer mais je savais combien cet avion du retour était important  pour toi.
Samedi matin, tu étais convoquée pour les sélections pour intégrer la section des jeunes sapeurs-pompiers de notre arrondissement. Une matinée de tests, français, maths, parcours sportif et entretien de motivation. One shot, une seule chance et à la clé quatre années de formation. 
C'était ton choix, aucun de tes parents n'était venu te le souffler celui-là. C'était un rêve qui avait germé, un projet que tu avais construit. Au fil des jours où tu avais pris la décision de cet engagement au service des autres (parce qu'il s'agit d'un vrai engagement), je t'ai vue mûrir, prendre conscience des répercussions que ce choix pourraient avoir sur ta vie de collégienne de 12 ans, sur celle des membres de ta famille. Tout cela, manifestement, tu l'avais mesuré et tu savais où tu allais. 

Ma grande, ma belle, ma courageuse, tu ne peux pas imaginer combien j'ai été fière de toi pendant ces trois derniers mois alors que tu t'entrainais pour préparer cet examen. 
Fière de cette lettre où tu exprimais ta motivation et pour laquelle tu avais su trouver, seule, les mots.
Fière de ces pompes que tu as apprises à faire, et là sans plaisanter jamais je n'aurais pensé que tu arriverais à en faire 20 d'affilé. 
Fière de tes réveils matinaux où tu partais courir, en solitaire, alors que tout le monde dormait encore dans la maison parce que, oui, c'était les vacances. 
Je nous revois, toi et moi, le jour de la fête communale, alors que nous regardions défiler les jeunes sapeurs-pompiers, tu t'es tournée vers moi et tu m'as dit : "Je serai peut-être avec eux l'an prochain…" Dans tes yeux brillait un éclat que je n'y avais jamais vu auparavant. Et j'ai saisi alors la valeur de ce passage de ta lettre : "c'est presque un rêve qui commence à devenir réalité…"

Mais c'était sans compter sur cet épisode de vendredi soir, un bus bloqué dans les bouchons berlinois' un avion qui a décollé sans toi... Et samedi tu n'es pas arrivée à temps pour passer la sélection.
Ton rêve a pris fin brutalement. 

C'est pourquoi ma chérie, je ne t'écrirai pas ce soir ni un autre que ce n'est pas grave : un rêve brisé, que ce soit à 12 ans ou à n'importe quel âge, c'est toujours grave et ça fait toujours mal. 
Tu le sais maintenant, tu l'as appris à tes dépends. J'ai juste envie de te dire : j'ai confiance en toi. Ne change pas, poursuis ton chemin, je sais qu'il te mènera loin et bien. Et surtout reste ma grande, ma belle, ma courageuse. 

5 commentaires:

  1. Oh Fabienne, j'ai des frissons pour vous deux! Tes mots me transmettent fortement ce qu'elle a ressenti après un tel espoir, et toi dont tu parles peu ici, je sais pourtant à travers les mots tus, combien tu as dû être courageuse!
    Je t'embrasse fort!

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    1. Merci... Oui, tu sais comme moi combien il est difficile de voir souffrir ses enfants et de ne rien pouvoir pour eux, si ce n'est de les accompagner le mieux possible avec tout notre amour.

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  2. Quelle jolie lettre... Oui, ça a du être très difficile pour ta fille !

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  3. Une expérience forcément formatrice qui aujourd'hui est empreinte de tristesse et de désarroi. Demain, la vie répondra, peut-être, surement, en positif, à ce changement de cap. J'attendrai la réponse avec vous. En attendant, je vous serre très fort dans mes bras. Ta famille est soudée et a toujours une vision vers le haut. En avant !

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    1. Oui, tu as raison et il faut aller en avant. Déjà ce matin, ma courageuse me parlait de la Croix Rouge... j'aime qu'elle puisse ainsi se projeter dans autre chose plutôt que de se laisser abattre !

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