mercredi 10 septembre 2014

Peau de vache

Entre elle et moi, ce n'est pas vraiment une histoire d'amour. 

Je lui ai demandé vendredi.
Un truc très urgent pour un boulot très urgent.
- Je n'ai pas le temps en ce moment… La semaine prochaine peut-être…
Elle a replongé son nez sur son écran, l'air débordé et peu aimable comme à son habitude. Fin de la conversation.
Moi, j'ai laissé passer le week-end, pensant qu'elle était fatiguée. Semaine éprouvante peut-être ? Avec elle on ne sait jamais.
Mais je n'ai pas aimé son peut-être qui ressemblait  plutôt à un jamais.




Lundi, je lui ai passé un coup de fil rapide, en essayant d'être circonspecte. J'ai énoncé clairement l'objet de ma demande. J'ai mis un sourire dans ma requête, j'avais besoin d'elle, de son service. Elle a mis un terme à mon monologue.
- Je n'ai pas le temps aujourd'hui… Demain peut-être… Je te rappelle !
Elle m'a raccroché au nez. J'ai laissé échapper un …
- Merdum !
Je suis passée à autre chose en attendant demain.

Mardi, je lui ai écrit un petit mail. Insisté sur le caractère très urgent de la demande citée en objet. Terminé par un bien cordialement.
Pacifiste.
J'ai attendu mais elle n'est jamais venue.
Vers 16 h 47, j'ai commencé à m'agacer. Je suis sortie de mon bureau et j'ai remonté le couloir : elle allait forcément y passer.
Je l'ai vue arriver de loin. Elle papotait tranquillement avec un collègue. Ça ne sentait pas le stress à plein nez. Elle avait l'air de bonne humeur.
Elle est passée à côté de moi comme si j'étais transparente.
- Bonsoir…
- Bonsoir…
Elle a poursuivi son chemin. Je l'ai suivie.
- Tu as eu mon mail ?
Elle s'est arrêtée.
- Tu vois là, j'ai mon sac sur l'épaule, ma clé de voiture à la main et mes lunettes de soleil sur le nez. Ça veut dire que je ne suis plus là…
Je suis restée plantée comme une potiche décérébrée au milieu du couloir. Je l'ai entendue ricaner. Il était 16 h 54 et, le temps d'arriver au parking, 17 h consommées.
- Toi demain, tu ne perds rien pour attendre…
J'ai claqué la porte de mon bureau.

Ce matin, j'ai attaqué à peine arrivée. Je n'ai pas appelé, pas écrit. J'ai fait le siège de son bureau, dit bonjour poliment, souri à ceux qui allaient et venaient. J'ai attendu patiemment qu'elle ait fini de boire son café, raccroché son téléphone, papoté avec ses petits collègues, rangé ses papiers et donné ses consignes à une plus chanceuse que moi.
J'ai été gentille. Aimable. Je n'ai pas trépigné.
J'ai pris mon tour dans la file. Mon numéro d'ordre.
Quand elle n'a plus pu faire autrement, je me suis assise et j'ai commencé mon blabla. Elle m'a laissée aller jusqu'au bout. Sans m'interrompre.
Elle a été gentille. Aimable. Elle n'a pas trépigné.
Mais je n'ai pas aimé son regard quand j'ai eu fini. Ni son air navré.
- Désolée… en fait je ne peux rien pour toi… ce n'est pas moi qui m'occupe de ça.
Et elle s'est mise à tapoter sur son clavier.
Je suis sûre qu'elle souriait. J'en suis restée comme deux ronds de flan.
Elle m'a sciée les pattes. Cloué le bec. Mais j'ai quitté son bureau la tête haute.
On a sa dignité quand même.
Elle s'est bien fichue de moi la peau de vache…   

5 commentaires:

  1. C'est clair, elle ne t'aime pas...

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    1. Elle a pourtant l'air sympa sur la photo!

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  2. clin d'oeil ( d'Isa élevée en Normandie) :c'est pas gentil pour les vaches

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  3. C'est vrai c'est pas gentil pour les vaches. Je les trouve plutôt sympathiques, généreuses et sociables, tout le contraire de ta collègue. Tu devrais la qualifier de sale punaise (c'est répugnant et ça pue !).

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  4. C'est vrai ça c'est pas gentil pour les vaches, je les trouve plutôt sympa et généreuses, tout le contraire de ta collègue. Tu peux la qualifier de sale punaise (c'est répugnant et ça pue).

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