mardi 4 novembre 2014

The ghost worker

"Tu fais l'œuf : tout doit glisser sur toi."
Evidemment toute ressemblance avec la vraie vie ne serait que fortuite… bla bla bla bla bla  

Une fois de plus j'ai oublié la règle de base qu’elle m’a inculquée : ne jamais accorder ma confiance à l'un ou à l'autre, à personne ! 

C’est un jour ordinaire dans ma petite entreprise. Réunion de fin de journée. Depuis 20 minutes, je me demande pourquoi on m’a conviée. Et même si je suis assise pile poil en face de lui et que je ne le lâche pas des yeux, mon boss, qui depuis neuf ans fait semblant de ne pas me voir quand il me croise, a réussi un nouvel exploit : ne pas me regarder en face une seule fois.

Je suis transparente. Invisible.
On est là pour parler, entre autre sujet, de mon travail. Cet énorme boulot que personne n’avait vraiment envie de faire mais qui, moi, m’a passionnée. Je suis tombée dedans et comme tout ce que je fais quand j'aime, je me suis donnée à fond.
J'ai fait beaucoup plus que la demande initiale. Elle est là la première erreur.
- Personne ne t’avait demandé de te dépasser !
Mais les résultats sont là. Et ils ne s’attendaient pas à ça. Je perçois dans leur voix une pointe d’admiration.
- Ne commence pas à te faire un film, tête de pioche !
Pauvre fille, je suis indécrottable !
Bon c’est vrai qu’on parle de ce boulot qui a rempli sa mission au-delà de leurs espérances. Sauf que…
Sauf qu’on parle de tout sauf de moi.
On parle d’une autre qui n’est pas là.
On parle d’une autre qui fait toujours tout mieux que moi. A commencer par la sarabande ou la danse du ventre.
Une autre qui tortille le cul là où moi j'agite mes méninges.
Une qu’on croise toujours dans les couloirs courant comme si sa vie et celle de votre petite entreprise en dépendaient. Toujours sur la brèche à brasser l’air, à déplacer des montagnes de choses qui ne servent à rien.Une qu’on entend quand elle parle fort, pas comme moi. Moi qui essaye bien de prendre la parole mais c’est comme si j'étais aphone.
Personne ne m'entend. Personne ne m'écoute. 
Je sors de là avec l’envie de pleurer, de hurler, de me battre, me révolter. Tout envoyer promener.
- Tu ne vas pas recommencer !

Je l'entends me répéter pour la énième fois. 
Tu apprends à te blinder.
Tu cesses d’apporter tes contributions.
Tu gardes les informations pour toi.
Tu cesses de croire que ça changera un jour.
Tu les utilises comme ils t'utilisent. 
Pour eux tu n’existes pas. Tu n’as jamais existé. Tu n’existeras jamais.
Tu fais l’œuf. Tout doit glisser sur toi.  
Tu es une ghost workerUne travailleuse fantôme.

1 commentaire:

  1. Attention, bien choisir son oeuf,surtout pas un dont le N° sur la coquille commence par 3 : poules élevées en cage dans des conditions souvent atroces
    Isa

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