jeudi 13 novembre 2014

Le petit sac beige


J’allais rentrer chez moi les mains vides.

Il y avait bien l’émotion de cette soirée indescriptible.
Il faut dire que j’avais reçu dix jours auparavant un mail de l’organisation 
qui pouvait donner à croire que j’avais gagné le trophée.
Je ne l’avais pas reçu l’an passé. De là à en déduire…
- Ça semble évident : ils n’envoient ce mail qu’aux lauréats pour s’assurer 
de leur présence à la soirée. 
Je n’avais rien dit à personne, heureusement, mais secrètement, dans ma petite tête 
de gourdiche, je caressais tendrement cette promesse et j'avais le cœur battant.
Quand le gars qui a ouvert l’enveloppe n’a pas annoncé ce qu’il aurait dû si le scénario 
avait été parfait, j’ai senti un immense vide m’envahir. Un truc vertigineux comme 
ce qu’on éprouve dans un ascenseur qui descend trop vite.
Après, j’ai marché, bu, parlé, ri, mangé comme un robot. C’est fou comme 
je sais bien faire ces choses-là parfois.

J’allais rentrer chez moi les mains vides mais le cœur plein de cette déception. 
Elle allait sans doute prendre un malin plaisir à revenir me titiller de façon lancinante, 
dans le genre d’une rage de dents ou des prémices d’une migraine. 
Je la connaissais bien la bougresse. 
Je venais de tomber de mon piédestal tout beau tout neuf. Personne n’en avait rien vu. 
Mais j’avais déjà mal partout. Rien de visible. Rien d’apparent.
- Juste une blessure d’amour propre.
De celles qui ne se détectent pas à l’œil nu. Ma fierté sauve. Ouf.

J'étais donc sur la route du retour chez moi avec des pensées pas forcément glorieuses. 
Alors j'ai cherché le truc positif. 
- Je n'ai pas les mains complètement vides… 
Beh oui, finalement je rapportais un petit sac en coton beige siglé, 
j’en ai des tonnes comme celui-là, avec une pochette en nylon rose bonbon 
remplie de vernis à ongles pailletés très très moches, de gloss nacrés au parfum 
de fraise chimique et deux bouquins sauvés du pilon pour l’occasion. 
Et enfouies, bien au fond, mes illusions perdues.

J’étais en train de me dire tout ça et plus encore quand je me suis demandé 
pourquoi cette voiture arrivait pleins phares en face de moi, qui plus est sur la même file 
que moi mais dans l’autre sens.
J’ai écarquillé grand les yeux. J’ai pensé que j’allais mourir, là sur le champ, 
dans cette robe et cette écharpe que je trouvais particulièrement seyantes. 
Le conducteur doublait un autre véhicule. C’était une vision de cauchemar.
J’ai donné un grand coup de frein. Et je me suis déportée sur la droite. 
Le petit sac beige a basculé et tous son contenu s’est éparpillé par terre au moment 
où la voiture passait à ma hauteur. 

J'ai ouvert en grand ma fenêtre, l'air du dehors s'est engouffré. J'ai frissonné un grand coup. 
Pour la seconde fois de la soirée, j'entendais mon cœur battre à tout rompre. 
Ça faisait un bruit du tonnerre dans l'habitacle. 
C'est fou comme la vie peut être bruyante parfois. 


Quand je suis arrivée chez moi, j'ai remis presque tout ce qui était tombé dans le petit sac beige. 
Je crois que je n'ai rien oublié. Ou presque. 

Je n'ai pas l'intention d'arrêter d'écrire.  

6 commentaires:

  1. Ouf, je suis contente que la voiture t'ai réveillée !!!! oui, continue à écrire ton scénario anticrise, cela nous ravit. sophie

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  2. Pas facile la vie d'artiste... Mais avec la percévérence, qui sait?

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  3. pourquoi veux-tu que ton scenario soit parfait ??????? il est comme la vie fait de plages chaudes douces à fouler , de montagnes escapées où l on s' eccorche mains et genoux jusqu'à saigner , de tempêtes et de feux brulant tout sur leurs passages , de brises chaudes et parfumées , de larmes , de rires, bref de toutes ces imperfections et perfections ( m'en fou si ce mot n'existe pas ) qui font que vivre c'est aimer , c'est souffrir , c'est être ..... Alors si ton scénario n'est pas parfait tant mieux !! Il a le mérite d' être , de vivre , on s'y retrouve souvent , on s'en amuse , il nous réconcilie avec la vie , avec nous mêmes . Il est franc , honnête , rempli d'amour et de poésie !!! Continue d'écrire toujours et longtemps et dis toi bien que ces messieurs dames qui n'ont pas reconnus ton talent doivent avoir hélas une vie bien vide de sens !!!!!!!
    Et mets pas 10 jours avant de reprendre ta plume sinon l'encre va sécher !
    une brune qui t'adore .
    Au fait tu m'as reconnue ?

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    1. J'ai quelques suspicions... Vraie ou fausse brune ? Entre deux brunes, mon cœur balance! Il y a des points communs alors j'hésite ... Pourrais je avoir un indice de plus ? En tout cas merci merci... Oui mon scénario est comme la vie, imparfait mais vivant !

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    2. vraie brune qui porte à merveille ta petite jupe que tu aimais tant . lol

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    3. C'est bien ce que je pensais ! J'en ai une autre qui devrait bien t'aller aussi mais version hiver ...

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