mercredi 19 novembre 2014

Cauchemar en cuisine


Toi j'taime pas… T'es moche, ta gueule me revient pas… 

C'est elle qui m'a raconté ça un jour où je lui demandais comment se passait
son apprentissage. Ces mots, son patron les lui martelait tous les jours.
Elle n'avait pas 18 ans, venait d'avoir son bac et d'intégrer une école de cuisine
en alternance. Elle a lutté toute l'année pour ne pas craquer,
elle ne voulait surtout pas qu'il la voie s'effondrer. C'est elle qui a gagné.

- J'ai été la seule à ne jamais pleurer en cuisine…
Je me demande combien d'oreillers elle a pu tremper le soir chez elle après des services épuisants, des semaines de 70 heures. Combien de fois elle a douté.
Si elle a eu envie de tout plaquer. Tout arrêter.
Elle ne le dira jamais. Elle a sa fierté. Et puis la cuisine elle ne rêvait que de ça.
Lorsqu'elle venait à la maison faire du baby-sitting, je lui laissais des enfants affamés,
un frigo vide et elle transformait ma cuisine en relais gastronomique.
Elle dévorait tous les magazines de cuisine que je rapportais.
J'ai toujours pensé qu'elle avait l'étoffe d'un chef étoilé.

Alors ce matin quand j'ai entendu que des grands chefs venaient de signer le manifeste
"Touche pas à mon commis" pour dénoncer les brimades et les violences perpétrées
dans les cuisines, j'ai évidemment pensé à elle. Et à mes enfants à qui elle a transmis le virus …

Ça m'a carrément fait flipper.

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