lundi 2 mars 2015

Le tourbillon de la vie


Distraitement je regarde le journal des Régions sur France 3.
« Le musée du Temps à Besançon accueille une expositionoriginale... » Je lève la tête. Je ne savais pas qu’il existait un musée du Temps, et encore moins à Besançon.

Je ne suis allée qu'une seule fois à Besançon, j’avais 17 ans. J’étais invitée pour le nouvel an par une amie de vacances rencontrée en Corse. Comment s’appelait-elle déjà ? C'est ma seule expérience de réveillon dans un restaurant. Menu imposé, boissons imposées, cotillons imposés, convives imposés et sourires forcés. J’ai gardé le souvenir d’une soirée ennuyeuse et finalement bien tristounette pour l’adolescente que j’étais.
Au cœur de l’hiver, la copine d’été était devenue beaucoup moins jolie, moins intéressante, moins heureuse comme si le froid bisontin avait engourdi sa joie de vivre, je ne partageais rien avec ses camarades et mon séjour dans le Doubs avait été une déception.

C’était il y a longtemps. Un long temps.
Le temps… Ce temps qui passe. Je me demande comment il est possible de l’exposer dans un musée.
Je l’imagine figé. Immobilisé. Cloîtré dans une vitrine fermée à clé. Un peu poussiéreux.
Ou prenant la pose (la pause) sur un socle, étiqueté.
Le temps arrêté. Suspendu (« Ô temps suspend ton vol. »). Abandonné aux yeux de curieux désœuvrés. Blasés parfois. Ennuyés aussi. J’entends un brouhaha, des piaillements d'enfants qui courent, s’égaient autour de lui. Le fatiguent un peu davantage.
Interdit de toucher au temps. Pas de photos non plus. Le gardien du temps veille, assis sur une chaise.

Et pourtant, nous sommes à Besançon et l’exposition est là. Ou plutôt elles sont là : des photos. Des femmes. Quatre sœurs, les sœurs Brown, et avec elle le temps immortalisé en noir et blanc.
Pendant 40 ans, le photographe Nicholas Nixon, le mari de l’une d’entre elles (Beverly dite Bebe), a photographié année après année les quatre sœurs. Toujours dans le même ordre, Bebe est la troisième entre Mimi et Laurie, Heather étant la première sur la gauche. Aucun rendez-vous manqué. Aucune absence dans cette longue frise chronologique. 
Sur les murs du musée, la vie de ces quatre femmes se déroule comme un long ruban. Elles sont jeunes, elles rayonnent, elles avancent, elles changent, les peaux se sculptent, les visages se marquent, les souffrances les creusent, la vie les dessine. 

Face à l’écran de ma télévision, je suis étourdie. J’entre dans un dédale d’images fixes que la caméra survole, effleure du regard : je suis prise au piège de cette galerie où défile le temps.
Est-ce un mirage ? Je plonge dans le tourbillon de la vie qui, inexorablement, me ramène au propre temps de ma vie écoulée.

Hier j’avais 17 ans. Dans dix jours, j’en aurai 50.

PS. Mon amie bisontine s’appelait Laurence, j'aimerais bien la revoir.

2 commentaires:

  1. alors, bon anniversaire avec un peu d'avance sur le temps! Le mois de mars est celui qui ouvre la porte au printemps...

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  2. ''faites attention, efforcez vous d'être heureuse.''
    Conseil de votre ainé de 15 ans.
    Mars mois de la guerre, armez vous de bonheur de vivre.

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