lundi 23 mars 2015

Quelques fleurs


J’ai acheté des anémones sur le marché. 

Je cherche le vase qui mettra en valeur leurs longues tiges un peu dégingandées.
J’adore ce vase mauve. Tu me l’as offert pour un de mes anniversaires. 
Nous avions moins de 30 ans.
Il m’a suivie partout où je suis allée. Dans le bonheur, le doute, les larmes, le rire, les lendemains qui (dé)chantent… 
Mais où que je sois, à chaque fois que j’y mets des fleurs, je pense à toi. Toi, mon amie, ma chère amie. Même si nous ne voyons plus souvent, si peu, tu es toujours là, près de moi. 
Nous avons traversé tant d’années ensemble. Tout un monde, notre adolescence, notre jeunesse, nos mariages (un pour toi, deux pour moi), nos enfants (deux chacune), nos idéaux. Nous avons partagé des heures de discussion, tout nous passionnait, nous rapprochait, les études, la psychologie, la politique, les arts, la mode, les voyages, la gastronomie, le monde, l’amour… 
Tant de confidences échangées.
Je t’ai toujours trouvée belle, intelligente, douce, élégante. T’ai-je jamais seulement dit qu’en face de toi j’avais parfois le sentiment d’être un brouillon !
Je reconnais ton parfum entre tous. Toi seule a le droit de porter Quelques fleurs d’Houbigant. Un jour dans le métro, j’ai couru après une femme qui t’avait volé ton parfum. Je l’ai attrapée par le col et quand elle s’est retournée, cette autre que toi, j’ai eu un choc. Tu ne peux pas imaginer comme elle était laide. 
Étrangement, la vie nous a éloignées, toi et moi : la vie et sa géographie, ses points cardinaux, ses chemins de traverse, ses méandres, ses bouchons du samedi, ses péages d’autoroute ; la vie et son chronomètre, les heures et les minutes qui défilent, le temps qui passe, les calendriers avec des zones de couleurs A, B et C, des semaines paires et impaires et un nombre de jours comptés par année. 
N’empêche que… 35 ans après notre première rencontre sur une plage corse (te souviens-tu ?), nous avons toujours 355 jours d’écart, exactement, et nos anniversaires de marsiennes (ou martiennes ?) dix jours de décalage. Et comme le tien vient après le mien, j’ai moins de mal à t’oublier puisque toi tu ne m’oublies jamais ! Comprenne qui pourra…
Alors hier, en guise de carte d’anniversaire, je t’ai envoyé la photo de ton vase avec ces quelques fleurs. Tu m’as répondu par ce message : « Merci beaucoup pour ton joli mot et la photo du bouquet dont je reconnais effectivement le vase. A propos de fleurs, il y a des années aussi (mais pas 20 ans), tu m’avais offert une plante fleurie. Et bien figure-toi qu’elle a refleuri le jour de tes 50 ans, et ce n’est pas une fable… Elle n’avait pas refleuri depuis des années ! »
Un esprit rationnel dirait que cette plante ne fleurit que tous les dix ans, qu’elle a manqué d’engrais, d’eau ou de soleil. Il ignore donc que tu soignes les fleurs mieux que quiconque ?
Mon esprit irrationnel me dit que cette plante a de l’intuition et qu'elle essaye de nous dire tout simplement que non, mon amie, ma chère amie, notre belle amitié n'a jamais été une fable !

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