lundi 26 janvier 2015

Poupées russes


Je ne sais pas ce qui me prend.
Ce lundi matin est pourtant ordinaire. Je sors de ma douche.
Un coup de sèche-cheveux et l’occasion de râler contre ma coiffeuse qui a trop effilé la coupe. Sur mes petits cheveux fatigués par la saison, le résultat est plus que moyen.
Je me tartine de lait hydratant des pieds au décolleté. C’est mon anticalcaire à moi, indispensable à ma peau été comme toute l’année.
Je me demande en passant sur le haut des cuisses si je n’ai pas un peu grossi. Non, c’est juste le syndrome paranoïaque du gramme superflu.

Je n’oublie pas ma crème pour le visage qui, d’un coup d’un seul, me réveille le teint, enfin c’est l’impression qu’elle donne à travers la buée du miroir. Tout à l’heure dans mon rétroviseur, l’impression sera plus nuancée et le teint beaucoup moins réveillé.
J’enfile mes sous-vêtements que j’essaye toujours, souvent, parfois d’assortir entre eux et à ce qui vient par-dessus… Coquetterie un peu inepte mais basé sur le principe simple du « on ne sait jamais ce qui peut arriver ». Je ne parle pas de rencontre mais de l'éventualité d'un mauvais coup du sort : la honte de se retrouver sur une table d’examen d’hôpital avec une vieille culotte trouée et fatiguée. (A chacun ses angoisses existentielles.)
Brossage des dents ensuite. Il va falloir un de ces jours que je me rachète une brosse à dents électrique. La mienne m’a quittée après quelques années de bons et loyaux services et mes dents sensibles la regrettent encore.
Je me glisse dans une robe, colorée, un peu folklorique, motif isba ou plutôt matriochka*. J'aime cette jolie robe qui ne ressemble à nulle autre. Elle me rappelle que, comme chez les poupées russes, il y a sans aucun doute plusieurs femmes qui s’empilent à l'intérieur de moi.
Un leggins noir, la robe est un peu courte, et l’opaque me convient mieux. D’autant que je n’aime pas la couleur de mes jambes d’hiver.
Le maquillage, léger et discret, un coup de crayon, à peine de mascara, un voile de poudre (merci sœurette). Tiens, j’ai les yeux cernés mais je ne parviens jamais à appliquer l’anti-cerne que ma copine m’a donné. J’ai immédiatement l’impression d’être grimée ou de porter un masque de carnaval.
Une paire de boucles d’oreille, des pendeloques, des breloques juste pour le plaisir de la rime et du mot dont le cloisonné argent et noir rime lui aussi avec un motif de la robe.
Un pschitt d’Escale à Pondichéry. Brume parfumée pour la journée.
Mes boots rouge pour couronner l’ensemble et enfin, accessoire essentiel, le foulard à choisir dans la pile, non dans les piles, puisque je les collectionne, non je les affectionne !
Le foulard d’aujourd’hui est forcément uni : blanc ? Il n’ira pas. Rose fuschia, bof. Le bleu ne colle pas. Le rouge sera de trop avec les boots. Donc je le choisis noir.
Une simple et large écharpe de soie noire.

Je suis devant le grand miroir de ma chambre. Je jette un dernier coup d’œil. Impeccable. Je suis prête et à peine en retard. Une aubaine.
Je m’apprête à nouer l’écharpe autour du cou.
Je ne sais pas ce qui me prend. Je pose le foulard sur ma tête. Je prends les deux pans et je les noue derrière. Juste pour voir.
Je deviens une femme qui porte le voile. Une femme voilée. 
Mon regard est différent. Mon visage aussi. 
Je suis une autre femme. 

Une étrangère me regarde dans le miroir.


*Matriochka : poupées russes.

1 commentaire:

  1. Tout est dans le détail... Comme si on y était ! "Reality Blog"!!

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