mardi 10 septembre 2013

Le temps, encore...

Le supermarché, samedi après-midi.
Je viens de croiser au rayon crémerie ma copine qui pousse un caddy plein jusqu’à la gueule. Moi, je voyage léger.
Nous nous retrouvons à la caisse, et il n’y a pas vraiment le choix - deux caisses en tout et pour tout un samedi après-midi -, je prends place derrière son chariot débordant.
On entend la révolte gronder dans les deux files d’attente.
- Franchement, c’est un scandale…
- … avec tous les chômeurs qu’on a…
- … deux caisses un samedi après-midi…
- … et on s’étonne que la France aille mal… (ça me rappelle quelque chose)
Soudain, entre un cake breton et une barquette de carottes râpées qu’elle dépose sur le tapis roulant, ma copine me fait un signe discret... 
- La caisse numéro 3 va ouvrir…
Je choisis de lui accorder ma confiance, et ni une ni deux, je cède ma place au couple qui patiente en grommelant derrière moi - enfin surtout la madame acariâtre -, et je mets les voiles…
Mais scrutant l’horizon de la ligne de caisses, je ne vois rien venir au numéro 3. Nulle caissière qui poudroie…
Je vais donc devoir repartir au point de départ...
C’est sans compter sur ma copine qui, venant tout juste de terminer de surcharger le tapis roulant d’une douzaine d’œufs bio (adepte du bio, tiens donc...), me fait maintenant un signe m'intimant l'ordre de réintégrer ma place dans la file…
C’est assez culotté. Voire risqué. Mais on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs justement...
Je prends une mine contrite. Affiche un sourire timide de vierge effarouchée. Le regard suppliant.
- … je vous prie de m’excuser…
Trop polie pour être honnête, puisque d’un coup de chariot, je force la file d’attente…
- … cela ne vous ennuie pas si je reprends ma place…
Monsieur me jette un regard bienveillant…
- … je vous en prie, c’est…
Madame acariâtre semble un peu agacée…
- … bien normal...
Et négligemment, je commence à vider mon caddy.
Je perçois comme une hostilité derrière moi... Et si monsieur me sourit discrètement, c'est sans compter madame acariâtre.
- ... mais enfin, la moindre des politesses est de laisser sa place à ceux qui n'ont pas grand chose...
Je regarde le contenu de mon chariot. Mis à part le volume des deux packs d'eau et des 12 rouleaux de papier toilette double épaisseur, je n'ai pas grand chose...
- ... encore faut-il prêter attention à ceux qui nous entourent...
Monsieur a l'air gêné.
- ... mais enfin chérie, on n'est pas à cinq minutes...
Madame acariâtre brandit un cabas (en effet) peu fourni.
-... cinq minutes ?
La voix monte dans les aigus.
- On a bien le temps...
-... parle pour toi...
Madame est au bord de l'explosion. Monsieur semble bien malheureux.
- ... cinq minutes, vois-tu, dans une vie c'est fondamental.

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