mercredi 29 juillet 2015

Les ateliers d'écriture anticrise de l'été


Pendant les vacances, ma petite chérie m’a demandé d’imaginer pour elle un sujet de rédaction. Je lui ai donc écrit un début de texte, à charge pour elle d’imaginer la suite. Finalement, dans notre tribu estivale, tout le monde s’y est mis et ce qui avait commencé par un devoir de vacances s’est terminé par un jeu concours dont le premier prix était une publication sur mon blog.
Pas facile à départager… voici donc les deux versions (non retouchées) qui sont arrivées ex-aequo.

Le début...
C’était le troisième matin des vacances. Il flottait une drôle d’odeur dans la chambre. Je mis du temps à comprendre qu’il s’agissait des algues vertes. La marée devait être basse.
Tout le monde dormait encore. Je descendis et m’arrêtai dans la cuisine pour prendre un morceau de pain. Je sortis sur la terrasse. Le port était plongé dans une brume épaisse, comme du coton blanc. J’allais descendre sur le bord de mer lorsque mon regard fut stoppé net. Je n’en croyais pas mes yeux. Comment avaient-ils fait ?


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… Au bout du jardin, le petit sentier abrupt qui menait à la plage était devenu méconnaissable. Les enfants avaient préparé en secret, pour aider leur grand-mère, un superbe escalier provisoire fait de pierres plates trouvées ça et là, calées par de petits rondins de bois et tapissées d’aiguilles de pin qui provenaient de ces immenses  arbres sombres qui donnaient à ce jardin breton un petit air méditerranéen.
Ce tapis glissant n’était sans doute pas la meilleure idée, mais ils avaient dû être fiers de leur trouvaille !
Comment avaient-ils fait  en effet pour réaliser ce travail sans que nous nous en rendions compte ? Et nous avions compris ces allées et venues mystérieuses, ces sacs chargés, ces sourires en coins et ces réponses évasives aux questions insistantes maternelles ! Sans doute cet escalier éphémère dura-t-il, comme la rose, l’espace d’un mois de juillet !
Colette, 82 ans

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… Devant moi se déroulait une scène apocalyptique. A l’entrée du port, couché sur le flanc, la coque éventrée, échoué au milieu des bateaux qu’il avait percutés, gisait un immense paquebot qui déversait son infâme cargaison sur la plage : des torrents impétueux d’algues vertes s’écoulaient de sa cale, tel un fleuve  en furie. La moitié de la surface du port était recouverte de cette vague d’immondices, des nuées de mouches vrombissaient autour de ce charnier végétal, tandis qu’une légère bise charriait  les relents de putréfaction vers les terres. L’air semblait chargé d’ammoniac. Je fus saisi d’un terrible haut-le-cœur et mon estomac chavira.
Mon attention fut ensuite attirée par un groupe de courageux baigneurs matinaux, insouciants quelques instants plus tôt mais qui s’empêtraient  désormais dans ce bourbier marin.
Un faible rayon de soleil perça le cocon de brume, et je pus déchiffrer sur la coque le nom du bateau : « Green Sea – Energie bio-marine propre ».
Quelle ironie du sort !
Sur la jetée, un régiment de pompiers et de sauveteurs s’affairait, guidant un incessant ballet de tracteurs. Derrière un cordon de sécurité hâtivement dressé par un commando héliporté de la Marine, une foule grouillante de journalistes se pressait en vue d’un scoop.
Encore une journée sans histoire à Quimiac, soupirai-je, avant de remonter me coucher.

Guillaume, 16 ans

© Photo Peps

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